DÉLINQUANCE: LA ROCHELLE RÉPOND À L'APPEL DE ROYAL

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre-copie-1 Ismaël KARROUM  01/09/2010

 

Ségolène Royal veut tester l'encadrement militaire des délinquants en Poitou-Charentes. Le maire de La Rochelle est prêt à accueillir un tel centre. La demande a été faite au ministre de la Défense.

Demander aux militaires d'encadrer les jeunes délinquants. La présidente de la Région, Ségolène Royal, y tient. «Quand je propose cet encadrement, ce n'est pas pour polémiquer, c'est juste que je trouve que c'est une bonne idée», soulignait-elle vendredi après-midi à l'ouverture de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle. Les sifflets qui se sont élevés de la salle n'ont pas freiné les ardeurs de l'ex-candidate à la présidentielle 2007.

La caserne du 519e régiment du train de La Rochelle en vue

 Hier, Ségolène Royal en a remis une couche sur les ondes de France Inter, allant jusqu'à proposer un test en Poitou-Charentes. «J'en ai discuté avec le député maire de La Rochelle, Maxime Bono. Nous allons faire ensemble une demande au ministre de la Défense pour expérimenter dans ma région l'encadrement militaire des délinquants», a-t-elle annoncé.

Ségolène Royal a cosigné dès hier, avec Maxime Bono, une lettre destinée à Hervé Morin, le ministre de la Défense. «Nous souhaitons en région Poitou-Charentes vous proposer de lancer une expérimentation sur l'encadrement militaire des délinquants», écrivent-ils.

Joint hier après-midi, Maxime Bono, le maire de La Rochelle, détaille son plan de bataille. S'il n'a pas tout prévu, il a au moins un site en vue: le 519e régiment du train de La Rochelle, promis à la fermeture au 1er juillet 2011 dans le cadre de la réforme de la carte militaire.

«Moi, j'ai un site qui va être abandonné par l'armée et pas totalement réinvesti. Parmi les militaires du 519e, il y en a sûrement qui sont attachés à La Rochelle, qui ont envie d'y rester. Ces hommes ont des compétences fortes, techniques, mais aussi d'encadrement. Si on considère qu'on a un problème dans le pays avec certains jeunes qui commettent des actes de délinquance, nous pourrions utiliser ces compétences pour les remettre dans le droit chemin, leur redonner des repères», argumente Maxime Bono, qui prend pour exemple les centres «Défense deuxième chance». Et le maire rochelais, fidèle soutien de Ségolène Royal au sein de la caserne PS, d'assurer: «S'il se révèle que l'idée ne fonctionne pas, on pourra mettre un terme au test. Mais pourquoi passer à côté de quelque chose qui pourrait avoir des résultats.»

 Baisses d'effectifs dans l'armée

 Effet d'annonce pour exister en cette fin d'été? Spécialiste des questions de défense à l'Assemblée nationale, le député socialiste angoumoisin Jean-Claude Viollet assure: «Je ne ferai pas ce procès à Ségolène Royal car elle portait déjà, et difficilement au sein du PS, cette proposition en 2007.» Sur le fond, le député charentais voit plutôt d'un bon oeil la proposition de Ségolène Royal. Surtout qu'il a travaillé sur les centres «Défense deuxième chance». ces centres proposaient un accompagnement militaire aux jeunes en rupture. «J'ai même travaillé pour en accueillir un à Angoulême», se remémore-t-il.

«C'était un projet de Michèle Alliot-Marie et je l'ai défendu, car c'était un projet juste. Il y a de formidables compétences dans les armées. Ces centres ont bien fonctionné. Nous avons même validé d'excellents résultats, des 80 % de taux de retour à l'emploi. Le problème, c'est que tout s'est effiloché, car nous n'avons jamais réussi à leur obtenir des lignes budgétaires claires. On a fonctionné avec des bouts d'aide au logement, des contrats d'insertion. C'est dommage, car le dispositif est positif», décrit Jean-Claude Viollet.

Autant dire que s'il trouve l'idée «plutôt bonne», le député charentais craint que la proposition ne se heurte en fait aux réalités budgétaires de la Défense. «L'armée doit faire face à une réforme en profondeur qui va en changer le périmètre d'ici à 2014. Cette réforme s'accompagne de contraintes budgétaires très fortes, de baisses d'effectifs.» Sous-entendu: il ne semble pas que l'encadrement des jeunes délinquants soit une priorité d'avenir pour une armée française en mutation.

«Le financement est à imaginer. C'est peut-être à la chancellerie de prendre en charge le salaire des militaires qui encadreraient de jeunes délinquants», précise Maxime Bono.

Alors même que le PS n'a toujours pas trouvé royale cette idée, Maxime Bono et Ségolène Royal souhaitent obtenir un rendez-vous auprès d'Hervé Morin, le ministre de la Défense. «Déjà, j'espère qu'il répondra à notre courrier et que nous pourrons en discuter», argue Maxime Bono.

 Vingt centres de défense en France

Le plus proche se trouve à Bordeaux, dans l'enceinte de la caserne Faucher. Depuis 2005, vingt centres «Défense deuxième chance» ont été créés en France. Contrairement au dispositif imaginé par Ségolène Royal, les centres «Défense deuxième chance» ne s'adressent pas aux jeunes délinquants. Leur priorité: encadrer et offrir un nouveau départ à des jeunes en rupture, souffrant d'échec scolaire, cumulant les difficultés.

Chapeautés par l'Établissement public d'insertion de la Défense (Epide), ces centres interviennent sur l'insertion sociale et professionnelle lors de parcours d'encadrement d'une durée de huit à vingt-quatre mois.

À l'origine, les centres avaient pour objectif d'accueillir 20 000 jeunes par an. On est loin du compte, alors même que le site internet de l'Epide indique: «Les journées d'appel de préparation pour la défense permettent d'identifier chaque année environ 60 000 jeunes en difficulté sur 800 000.»

 

 

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Publié dans Nation

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