Réponse à Jean François Copé: Avec des « amis » pareils…

Publié le par DA Estérel 83

 

03 AVRIL 2011

« Mon « cher ami »,

J’ai tardé à vous répondre car je n’avais pas compris que votre  courrier pouvait s’adresser à moi.  

Je nous imaginais seulement républicains, français, et indifférents à nos religions supposées ou à nos origines respectives, vous me rappelez que pour vous, je serai toujours « l’autre ».

Je me suis finalement résolue à prendre ma plume, moins en qualité de musulmane désignée que de simple humaniste. J’espère sincèrement que la franchise de ma réponse ne vous incitera pas à disqualifier notre prétendue « amitié » parce que je serais désormais de ces « imprécateurs » et « polémistes » que vous honnissez pour leurs « procès d’intention », « manipulations », « insultes » et autres « intimidations ».

Je suis à la fois perplexe, inquiète et immensément choquée par votre manière de vous adresser à moi depuis quelques temps, et singulièrement depuis que vous avez décidé de m’imposer, ainsi qu’à ceux qui sont sensés être mes congénères, un débat sur ma religion supposée (qui ne regarde que moi), et mon rapport à la République laïque. J’avais certes pris l’habitude d’être rudement traitée comme responsable socialiste, mais vous pouvez désormais compter aussi sur ma stupéfaction révoltée, en tant que citoyenne française, en dépit du ton faussement fraternel de votre missive.

Qu’est-ce qui a bien pu vous faire penser que je puisse accepter sans protester que vous m’infligiez ainsi, comme à une enfant, votre leçon sur la laïcité, l’esprit de la loi de 1905, la France et la République ? Croyez-vous que je sois française sans savoir tout cela aussi bien que vous, et cela ne vous a-t-il pas effleuré l’esprit que je puisse contester votre débat en raison même de mon attachement aux valeurs laïques et républicaines ?

Mais pour qui donc me prenez-vous ? Pour qui vous prenez-vous pour me parler ainsi ? Vous n’espériez pas, n’est-ce pas, que je me rende à des arguments d’une telle indigence, d’une telle indélicatesse et d’une telle morgue ? Un « ami » moins compréhensif, et certainement moins clément que moi pourrait même s’offusquer de lire dans votre lettre une forme de menace à peine voilée : être d’accord avec vous, ou se voir exclu du champ républicain.

Comprenez-vous que la condescendance et la supériorité morale qui suintent à chaque mot de votre lettre puissent démentir, dans mon esprit et dans mon cœur, les assurances de fraternité que vous tentez si démagogiquement d’exprimer par ailleurs ?

Comprenez-vous que ce ton de propriétaire agacé envers son locataire indélicat ne saurait convenir au Secrétaire Général d’un parti républicain s’adressant à son « ami musulman » pour l’inciter à dialoguer avec lui sur l’intégration de sa « communauté » dans la République, et la menace qu’elle représenterait dans l’esprit de trop de Français ?

Comprenez-vous qu’un « ami » digne de ce nom ne m’accuserait pas de faire le jeu du Front National ou des islamistes pour le seul motif que j’oserais ne pas partager son avis sur l’opportunité d’un tel débat ?

Après le fiasco de celui sur l’identité nationale et une si longue série d’inqualifiables dérapages verbaux de la part de certains des élus du parti que vous dirigez, j’attendais que vous m’adressiez, sinon des excuses, du moins des explications empreintes de modestie. J’attendais de vous, à tout le moins, que vous acceptiez de me parler d’égal à égal.

J’aurais aimé vous répondre de même, soyez-en sûr, car même si nous ne partageons pas les mêmes opinions politiques, je sais que de la défense de valeurs communes dépend une part de l’avenir de notre pays, or me voici à mon tour contrainte de vous exprimer quelques remontrances : sachez que rien, mon cher « ami », ne vous autorise à vous considérer a priori plus français, plus républicain ou plus laïque que moi en raison de ma seule appartenance religieuse supposée.

Veuillez donc accepter un conseil « d’ami » : ne tardez pas trop à organiser un débat sur le racisme, la xénophobie, la discrimination et l’intolérance en France. Je suis certain que vous en êtes un fin connaisseur.

Najat Vallaud-Belkacem. »

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Publié dans D.A.

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