Réforme des retraites, la machine à fabriquer des chômeurs

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  01 Octobre 2010 Par 

 

C'est une des bombes à retardement du projet de loi sur les retraites. Un aspect du texte que le gouvernement ne met guère en avant, alors que le pays s'apprête à connaître sa sixième journée de mobilisation contre la réforme. Combien de nouveaux chômeurs l'allongement de deux ans des âges légaux de départ à la retraite va-t-il créer? A cette question pourtant simple, personne n'a vraiment la réponse. L'exécutif se garde bien de toute estimation.

 

L'étude d'impact fournie aux députés lors de l'examen à l'Assemblée n'en dit pas un mot. Silence sur toute la ligne. Etonnant, alors qu'il s'agit d'un point essentiel de la réforme.

Petit rappel: le texte voté à l'Assemblée et examiné au Sénat à partir du 5 octobre comprend deux dispositions phare, sur lesquelles repose une bonne partie du financement.

 

Le recul progressif de l'âge légal, celui à partir duquel on a le droit de partir à la retraite, de 60 à 62 ans en 2018, à raison de quatre mois par an.

 

À partir de 2016, le recul de l'âge du taux plein, celui auquel la décote s'annule, de 65 à 67 ans, avec plein effet en 2023.

 

Le gouvernement veut croire que ce recul des âges légaux va stimuler l'emploi des seniors, car il va reculer d'autant l'«horizon en emploi», poussant les entreprises à investir davantage sur leurs salariés âgés.

 

Rien n'est moins sûr: le taux d'emploi des plus de 55 ans est faible en France, et s'écroule sur la tranche 60-64 ans (17%, un des plus bas taux en Europe). Or, la réforme ne prévoit qu'une exonération de charges pour toute embauche d'un plus de 55 ans et le recours accru au tutorat, mesures jugées insuffisantes par de nombreux spécialistes. De toute évidence, si la réforme change le comportement des entreprises (ce qui reste à démontrer), cette évolution prendra beaucoup de temps, car l'image exécrable des seniors dans l'entreprise est un problème de fond, lié à la prégnance depuis des décennies d'une culture de la préretraite dans le public comme dans le privé.

 

A court terme, en attendant cette grande révolution culturelle, «une hausse rapide de l'âge légal aura comme seule conséquence de transformer un "jeune" retraité en "vieux chômeur"», explique le think tank progressisteTerra Nova dans un rapport publié en mai (voir sous l'onglet Prolonger) .

 

L'état actuel du marché du travail, pas réjouissant, fait craindre une recrudescence du chômage des seniors avec la réforme. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, on quitte en moyenne le marché du travail à 58,5 ans, un âge qui n'augmente pas depuis plusieurs années. En revanche, on liquide sa retraite à 61,5 ans dans le privé (il s'agit là encore d'une moyenne calculée par l'OCDE). Entre les deux? «Un ensemble de dispositifs d'attente de la retraite: chômage, maladie de longue durée, invalidité, préretraites d'entreprise ou publiques, comme dans le cas de l'amiante...», analyse Olivier Ferrand, l'animateur de Terra Nova.

 

A 60 ans, une majorité des Français ne travaillent déjà plus. Une étude de la Drees montre par exemple que plus de la moitié de la génération née en 1938 (qui a eu 60 ans en 1998) avait cessé toute activité professionnelle à cet âge. Le nombre de personnes inactives à 60 ans est tout à fait considérable: la moitié de la génération 1938, cela représente plus de 200.000 personnes, si l'on se réfère à la pyramide des âges de la population française...

 

Or ces centaines de milliers de personnes inactives à 60 ans ne vont pas miraculeusement trouver du travail avec la réforme des retraites. Au contraire: ne pouvant faire valoir leur droit à la retraite avant 62 ans, elles vont rester plus longtemps en inactivité, expliquait le secrétariat général du Conseil d'orientation des retraites (COR) dans un dossier technique publié en mai 2010, resté assez inaperçu:

«Pour les personnes qui ne sont pas en emploi juste avant la liquidation de la retraite, [...] le report de la liquidation se traduit alors par une période de non-emploi plus longue avant la liquidation.» «L'augmentation de l'âge d'ouverture des droits à la retraite conduit à une hausse des personnes en non-emploi, insiste le COR. Ce qui a un coût (indemnités chômage versées par l'Unedic notamment) qu'il conviendrait de prendre en compte pour avoir une estimation de l'effet de la mesure sur les finances publiques dans leur ensemble.»

 

Ce vœu est resté sans suite. Jamais le gouvernement ne s'est aventuré sur ce terrain. Le 10 septembre, sur France 2, François Fillon a admis du bout des lèvres qu'«il restera des travailleurs âgés qui sont au chômage et doivent être aidés». Sans plus de précision. Il avait annoncé ce soir-là une nouvelle allocation pour certains chômeurs n'ayant pas encore atteint l'âge légal mais disposant déjà de tous leurs trimestres. Elle devrait peu ou prou remplacer l'Allocation équivalent-retraite (AER) qui existe déjà.

 

Pour le reste, le premier ministre avait renvoyé aux patronats et aux syndicats qui gèrent ensemble l'assurance-chômage (Unedic) le soin de s'occuper de l'intendance, expliquant que les nouvelles règles d'indemnisation des chômeurs allaient «devoir intégrer» le traitement social de la réforme. «(M. Fillon) reconnaît qu'il y aura plus de chômeurs seniors et qu'il va falloir adapter le système d'assurance chômage. C'est quasiment une provocation», lui avait alors répondu François Chérèque.

 

La situation est d'autant plus alarmante que du côté de l'assurance-chômage, les marges de manœuvre financières sont quasi inexistantes: le déficit cumulé de l'Unedic, aggravé par la crise, devrait atteindre 13 milliards d'euros en 2011. Vu la croissance molle qui se profile dans les années à venir, il ne devrait pas se résorber avant longtemps. L'organisme a déjà calculé que la réforme pourrait lui coûter cher. Selon une note révélée par La Tribune (version intégrale sous l'onglet Prolonger) , le recul de l'âge légal de 60 à 62 ans pourrait commencer à peser sur les comptes dès 2015, et coûter entre 440 et 530 millions d'euros par an à l'assurance-chômage en 2018, en fonction de la situation de l'emploi des seniors. Le double de ce que rapportera le recul de l'âge légal en cotisations supplémentaires!

 

Or, à l'approche de la négociation de la nouvelle convention d'assurance-chômage (elle doit débuter dans les prochaines semaines), le patronat réclame déjà «des mesures d'économie» et un «plafonnement» des indemnités chômage. «La négociation s'annonce très sport», estime Laurent Berger, de la CFDT... «Encore une fois, ce sont les demandeurs d'emploi âgés qui vont payer la note. Leurs droits risquent d'être restreints», craint Maurad Rabhi, responsable du secteur emploi à la CGT.

 

Mais ce n'est pas tout. Car le recul de la deuxième borne d'âge, le taux plein, de 65 à 67 ans, va elle aussi coûter cher aux comptes sociaux. Dès novembre 2009, Pôle emploi avait calculé que cet allongement empêchera au moins 18.000 personnes au chômage de basculer à la retraite à l'horizon 2023. Beaucoup de femmes et de personnes aux carrières heurtées, qui devront rester au chômage voire aux minima sociaux deux ans de plus. Là encore, c'est l'assurance-chômage ou l'Etat qui devront payer. Avec un risque d'appauvrissement des personnes concernées, dont certaines seront en fin de droits et toucheront donc les minima sociaux: «Or le RSA (460 euros, ndlr) est très inférieur au minimum-vieillesse (708 euros)», constate Olivier Ferrand.

Parce qu'elle remplit le magot des caisses de retraites tout en pesant sur les comptes de l'assurance-chômage ou des minima sociaux, Olivier Ferrand estime que la réforme consiste en un immense «jeu de bonneteau». Problème: faute d'étude et d'estimations sérieuses, personne n'est aujourd'hui en mesure d'évaluer l'ampleur de l'arnaque. Etrange pour une réforme en passe d'être votée par le Parlement, et de plus en plus contestée par la rue...

 

                                              * * *

Pour reprendre ce que disait SARKOZY lors de sa campagne électorale et surtout par la suite une fois élu Président de la République ".. je n'ai pas été mandaté par les français pour modifier l'âge de départ à la retraite à 60 ans."

En bon élève de CHIRAC, il a suivi le précepte "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent".

La loi actuellement en discussion au Sénat et adopté par les godillot de l'UMP en est la preuve. 

Les vrais patrons de Sarkozy, les invités du Fouquet's et le MEDEF ont réussi a imposer cette "réforme" *

L'article de Médiapart ci-dessus est clair sur le sujet de la retraite a 62 ans: des chomeurs en plus.

Mais la "réforme"* à venir et pour laquelle là aussi il n' pas été mandaté sera a n'en pas douter la modification de l'indemnisation du chômage. Mme PARISOT saura trouver les arguments en ce sens.

On dépouillera un peu plus les victimes du chômage au nom de la rigueur budgétaire.

SARKOZY depuis son accession au "trône" a multiplié les déficits afin de pouvoir dire au français au moment voulu: il faut réduire le déficit du pays, il y aura "du sang et des larmes" (pas pour les assujétis au bouclier fiscal).

A quand la privatisation de la sécurité sociale au nom de cette même politique de rigueur pour le plus grand bonheur des groupes d'assurances privées menée par AXA ?

 


* REFORME: Une réforme économique est une réforme des politiques économiques publiques ou des règlementations qui vise à améliorer le fonctionnement économique d’un pays : diminuer le taux de chômage, accroître le revenu par tête et le PIB par habitant, réduire les inégalités de revenu, etc. (Wikipédia)


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Publié dans Retraite

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