Questions légitimes et surenchères
Le drame de Chambon-sur-Lignon interpelle les individus et l'opinion à un double titre: d'abord l'horreur de voir une adolescente violée et massacrée par un autre jeune de son internat. Ensuite la stupéfaction d'apprendre que le meurtrier présumé était sous le coup d'une mise en examen pour un viol commis en 2010, en liberté provisoire, et admis en internat au collège-lycée Cévenol sans que l'administration de l'établissement soit informée des antécédents judiciaires de ce jeune de 17 ans.
On ne peut a priori que partager la «sidération» du directeur de cet internat ouvert et mixte face aux questions posées par le parcours à l'issue fatale de cet élève dont il ignorait tout du passé criminel. Chercher l'erreur en préjugeant que la trouver est le moyen le plus sûr d'éviter ce type de récidive aggravée, est plus que légitime. C'est indispensable, tout en sachant que «l'erreur est humaine», comme l'a relevé avec beaucoup de dignité la mère de la jeune Agnès.
Le président du tribunal des enfants de Bobigny Jean-Pierre Rozenscveig est sans nul doute sincère lorsqu'il affirme qu'un «juge ne prend jamais de risque» dans le rendu d'une décision. Sauf que le domaine de l'évaluation de la dangerosité est très loin de relever de sciences exactes. La justice pensait s'être entourée de toutes les précautions avec un suivi serré du jeune violeur: obligation de soins, examens réguliers et expertises de psychiatres et éducateurs avaient tous conclu à l'absence de dangerosité de l'adolescent.
Ce qui n'explique en rien l'incroyable lacune qui a conduit à laisser dans l'ignorance totale les responsables de l'établissement où le présumé meurtrier passait ses jours et ses nuits. Des enseignements doivent évidemment être tirés sur la communication indispensable entre les services de probation en charge des mineurs et les autres administrations amenées à les avoir sous leur autorité.
Mais ces efforts n'engendreront pas, comme par un coup de baguette magique, le risque «zéro» de récidive. Pas plus que le rétablissement de la peine de mort «pour les meurtriers d'enfants» réclamée par Marine Le Pen avec un sens de l'à-propos et de la surenchère sur le malheur des autres digne des outrances de son père. Ni l'empilement de lois contre la récidive. Aucun fait divers isolé, aussi horrible et choquant soit-il, ne vaut d'en tirer des leçons politiques générales et surtout pas dans le registre de la polémique.
En ce sens, l'assassinat de la jeune Agnès est tragique, insoutenable, mais en aucune sorte exemplaire d'un laxisme forcément coupable, voire délibéré