Moody's met la France mais aussi l'Allemagne sous pression

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Moody's n'a pas eu besoin de trois mois pour se faire une idée de la situation de la France. Alors que l'agence de notation avait annoncé à la mi-octobre qu'elle mettait en examen le triple A de la France jusqu'à fin janvier, avant de se prononcer, celle-ci a décidé d'accélérer brusquement le calendrier. Dans une note publiée lundi 21 novembre, Moody's a annoncé qu'une hausse des taux des obligations françaises sur les marchés financiers et des perspectives de croissance économique détériorées risquaient d'avoir des conséquences négatives sur l'économie française.« Des coûts de financement élevés et persistants pourraient accroître les difficultés que le gouvernement français rencontre, conjuguées à une perspective de croissance qui se détériore, avec des implications de crédit négatives » écrit Moody's. En clair, le triple A de la France est en question.

Cette nouvelle mise en garde a accentué la chute des marchés boursiers, croulant déjà sous les mauvaises nouvelles. A l'amplification de la  crise dans la zone de l'euro s'ajoute désormais la nouvelle crise politique et budgétaire aux Etats-Unis, les républicains et les démocrates n'ayant pas trouvé de terrain d'entente sur la réduction des déficits américains. A la mi-séance, Paris  tout comme Francfort perdaient 2,75%.

Par son avertissement, Moody's, selon un engrenage déosrmais bien connu, ne fait que constater ce qui a déjà été acté par les marchés. Standard & Poor's avait suggéré  la même chose par une opportune fausse manœuvre,  il y a quinze jours. En quelques semaines, l'écart  (le spread) entre les taux allemands et les taux français a atteint un niveau historique. Il est désormais de près de 200 points de base ( 2%). Et il ne cesse de s'agrandir au fur et à mesure que la crise de la zone euro s'amplifie.

 

spread entre les taux français et les taux allemandsspread entre les taux français et les taux allemands© bloomberg
Les obligations  allemandes, devenues une des dernières valeurs refuges d'une planète financière en folie, sont à des niveaux historiquement bas. Dans le même temps, les  banques qui sacrifient à toute vitesse tous les titres jugés risqués - la liste s'allonge tous les jours- se défont de toutes les autres obligations publiques de la zone euro. Par effet de boule de neige, la valeur des titres baissent et les rendements augmentent. Les taux belges sont désormais à près de 5%, les taux français sont à 3,53%.

 

Selon les calculs de Moody's, toute hausse de 1% des taux d'intérêt français se traduit par une augmentation de l'ordre de 3 milliards d'euros pour le budget français. « Avec une prévision du gouvernement de croissance du PIB d'à peine 1% en 2012, un taux d'intérêt alourdit rendra plus difficile à atteindre les objectifs de réduction des déficits », explique l'agence de notation.

Le deuxième plan d'austérité présenté par le gouvernement français n'a manifestement pas convaincu l'agence de notation : les 11 milliards d'économie attendus dans le cadre d'un dispositif bricolé ne sont pas à la hauteur de la situation et pourraient même être contre-productifs, à en croire Moody's: « les mesures d'austérité fiscale accroissent une pression fiscale déjà élevée et peuvent compromettre la croissance (...) ce qui peut entraîner la nécessité de plus d'austérité fiscale ». Dans le même temps, les banques françaises font courir un risque accru aux finances publiques, Moody's n'excluant pas un sauvetage de l'Etat pour les sauver.

« Soit une intervention massive de la BCE, soit la catastrophe»

La remise en cause du triple A porterait un coup fatal au fonds de stabilité financière et au mécanisme de sauvetage européen, imaginés par le conseil européen. Car il ne resterait plus que l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande, tous dotés du triple A, pour participer au financement du sauvetage du reste de l’Europe. Autant dire l’Allemagne. Ce qui rend les mesures européennes impossibles.

Le monde financier en a là aussi pris acte. Il considère que le fonds de sauvetage est mort-né. Le fonds d’ailleurs a eu les plus grandes difficultés la semaine dernière pour lever quelque trois milliards d’argent frais sur les marchés.

Constatant que tout ce qui avait été prévu par les dirigeants européens s’écroule, Jacek Rostowski, le ministre des finances polonais – la Pologne assume ce semestre la présidence de l’Union européenne –, a appelé à une réaction d’urgence. « Les dangers de contamination sont aujourd'hui plus grands que jamais, et les sommes dont nous avons besoin pour les stopper ont grandi car nous n'avons pas agi assez rapidement », a-t-il déclaré au Frankfurter. La mise en place du fonds de stabilisation financière FESF a trop tardé pour jouer son rôle de pare-feu, et la BCE doit maintenant agir. « Nous sommes devant un choix horrible. Dans l'ordre des horreurs, l'alternative est la suivante: soit une intervention massive de la BCE, soit la catastrophe », selon lui.

Le président de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), Thomas Mirow, est venu à sa rescousse dans un entretien au Financial Times Deutschland, en demandant des mesures d’urgence de la part de la BCE. Critiquant la position allemande qui refuse toute intervention de la BCE, en souvenir de l’hyperinflation des années 1920, il ajoute : « Même si l'on a eu une fois une mauvaise expérience dans le passé avec une inondation, quand il y a le feu, il faut verser de l'eau pour l'éteindre », a-t-il osé.  Désormais, c’est l’Allemagne qui est sous pression. L’avenir de la zone euro est entre ses mains.

Publicité

Publié dans Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article