Quand le silence devient de plomb

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010  Jacques Guyon

 

 

Alors que se tiendront aujourd'hui à travers tout le pays de nombreuses manifestations, rassemblements, concerts, veillées aux bougies pour témoigner qu'un an après l'enlèvement des deux journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier en Afghanistan, les Français ne les oublient pas, les parents de Stéphane Taponier ont décidé hier, pour leur part, de sortir de leur silence. Pour faire pression, disent-ils. 

Ce choix de rompre avec une réserve qu'ils s'étaient imposée - et qu'on leur avait sans aucun doute fortement recommandée en haut-lieu - témoigne évidemment de la terrifiante angoisse accumulée par ces parents pendant toutes ces semaines et qui a fini par déborder, rompant les digues d'une réserve trop longtemps observée. Cette rupture du silence résonne comme un appel au secours pathétique adressé aux autorités françaises. Pour que celles-ci fassent plus pour leur fils et son compagnon enlevés du côté de Kaboul ? Sans doute. Mais en partie seulement tant personne ne peut mettre en doute les efforts développés par la France pour ramener vivants au pays les deux journalistes français. 

Ce qui est réclamé aujourd'hui par ces parents qui n'en peuvent plus d'attendre c'est avant tout (et on le comprend bien en lisant la longue interview qu'ils ont accordée à l'AFP) que le gouvernement français accorde plus d'attention à leur douleur. Ce qu'ils réclament c'est de la considération. Si aujourd'hui, ils veulent bien oublier les paroles blessantes et totalement déplacées prononcées juste après l'enlèvement par le secrétaire général de l'Elysée sur les risques «insensés» qu'auraient pris leur progéniture, ils aimeraient au moins ne pas être considérés comme «des numéros» quand on daigne les recevoir au Quai d'Orsay ou à l'Elysée. 

S'ils préfèrent ne plus évoquer ce haut gradé parlant cyniquement du coût jugé exorbitant des recherches menées par l'armée française, ils disent que c'est dur d'avoir attendu en vain un coup de téléphone de Bernard Kouchner à son retour de Kaboul. Et que si Alain Juppé ne leur a pas non plus donné un coup de fil depuis qu'il est revenu d'Afghanistan, «il a l'air plus consciencieux»... Ils disent que s'ils comprennent la règle du «confidentiel défense» entretenu par les hommes de la DGSE, ils ont du mal à comprendre que ce culte du secret s'applique également à eux et qu'on ne leur donne pas plus de détails concrets sur le sort de leur fils et de son compagnon d'infortune. 

Ils disent aussi avoir de plus en plus de mal à supporter ces ministres qui se succèdent pour annoncer une libération imminente qu'eux attendent toujours. Ils disent tout simplement qu'ils n'en peuvent plus. Comment ne pas les entendre ? Comment ne pas les comprendre ? Et donc les soutenir.

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Publié dans Nation

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