Quand Eric Woerth déclarait à sa banque vivre avec 112 euros par mois
5 Août 2010 Par
Le 2 janvier 2008, Eric Woerth a besoin d'emprunter 6.500 euros sur huit mois pour sa campagne municipale. La demande est classique de la part d'un candidat. Les conditions de l'emprunt auprès de l'agence du Crédit agricole de Chantilly, que Mediapart a pu consulter, le sont beaucoup moins.
Comme des millions de Français, le ministre doit, pour obtenir un crédit, déclarer ses revenus, ses salaires, ses emprunts en cours, et le montant de ses impôts sur le revenu.
Le salaire d'un ministre est d'environ 14.000 euros brut par mois. Auxquels il faut ajouter les quelque 2.400 euros qu'il touche comme maire d'une ville de 11.000 habitants, Chantilly. Peut-être Eric Woerth a-t-il d'autres revenus, mais une chose est donc sûre: il touche au moins 16.000 euros par mois. Or dans le formulaire d'emprunt, non seulement il se présente comme ingénieur cadre technicien, mais il inscrit 3.000 euros de revenus/salaires. Et ne déclare aucun impôt sur le revenu. Quelqu'un aurait-il pu remplir le formulaire à la place du ministre et se tromper? «Tout emprunteur remplit lui-même son dossier de prêt», répond le Crédit agricole.
Au vu de ses autres emprunts, le Crédit agricole effectue donc un calcul simple, parvenant à la situation suivante: Eric Woerth dispose pour lui-même de 112 euros par mois pour vivre; son endettement bancaire est de 89%. Qui peut valider de telles données? Le prêt lui est toutefois accordé. «Pour tout candidat, nous accordons ce type de prêt en fonction de la capacité du candidat à se faire rembourser ses frais de campagne» (NDLR: il faut pour cela obtenir plus de 5% des suffrages), répond le Crédit agricole.
Certes, mais pourquoi la banque fait-elle comme si les déclarations du ministre étaient exactes? S'interdit-elle de lui demander des explications?«Pas de commentaire à ce sujet», répond le Crédit agricole. Et Eric Woerth? Quel intérêt a-t-il à mentir sur sa situation? A-t-il des revenus à cacher? Est-il soucieux que personne ne connaisse le montant de ses impôts sur le revenu? Le ministre n'a pas donné suite à nos demandes d'explication.
Le contrat signé de la main même d'Eric Woerth est pourtant formel: «Les emprunteurs certifient complets, exacts, sincères et véritables les renseignement fournis pour justifier leur situation financière et patrimoniale portant notamment sur la description de leur endettement, la composition de leur patrimoine, le niveau de leurs ressources et revenus, et reconnaissent avoir été informés qu'en cas de fausses déclarations, ils seront constitués débiteurs de mauvaise foi et seront susceptibles en conséquence, sous réserve de l'appréciation des tribunaux d'être déchus du bénéfice du titre 1 de la loi 89-1010 du 21/12/1989 (NDLR: en réalité 31.12.1989) relatif au règlement des particuliers et des familles.»