PS: Le nouveau visage de Ségolène Royal
Par Charlotte Chaffanjon 18/09/2010
Ségolène Royal poursuit sur sa lancée. "Unité", prônait-elle à l'université d'été du PS, fin août à La Rochelle. "Unité", applique-t-elle pour sa troisième Fête de la fraternité, samedi, dans l'enceinte d'un centre sportif en plein air à Arcueil, dans le Val-de-Marne. L'autoroute du soleil surplombe la scène sur laquelle défile tout l'après-midi une brochette de personnalités de gauche étonnante et détonante, faite autant d'anciens soutiens de Ségolène Royal que d'ex-adversaires : le président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, le bras droit de Martine Aubry, Claude Bartolone, le secrétaire national PS à la Rénovation Arnaud Montebourg, le député-maire d'Évry Manuel Valls, l'ex-président de Désirs d'avenir Jean-Pierre Mignard, l'homme d'affaires Pierre Bergé... Tous ont eu des mots très durs à l'égard de leur iconoclaste candidate à la présidentielle 2007. Tous sont pourtant là.
Leur présence, Jean-Luc Mélenchon la justifie sur scène : "Il faut vraiment que ce pays aille mal pour que des gens qui se sont tiré la bourre se retrouvent pour trouver une issue par le haut à l'impasse dans laquelle le président a plongé la France." Prise de conscience collective, parti soudainement frappé du sens de la responsabilité ? "Quel socialiste peut ne pas tenir compte de ce qui se passe après cette semaine terrible ?" rétorque Claude Bartolone. "Réforme des retraites qui passe en force, calamiteuse réunion de Bruxelles, affaiblissement du rôle et de l'image de la France... Il faut rassembler", poursuit-il entre les petites tentes blanches disposées sur la pelouse, qui abritent stands de bonbons, de SOS Racisme ou des Jeunes de Désirs d'avenir.
"Un appel à résister"
À 17 heures, Royal, écharpe rose autour du cou, fait son entrée sur scène, acclamée par des partisans de la première heure. Son entourage assure qu'ils sont "3.500"... Le doute est permis, mais les ségolénistes prouvent qu'ils savent toujours donner de la voix. Des "Ségolène présidente !" ponctuent son intervention... D'emblée, celle qui veut "rétablir la République du respect" donne le ton. Elle dénonce "les injustices criantes et les scandales qui tirent la France vers le bas". C'est donc "un appel à résister et à contribuer au redressement de la France" qu'elle lance. Fidèle à son habitude, elle égrène ses succès à la tête de la région Poitou-Charentes, de "l'achat de l'usine fermée de New Fabris pour la transformer en une nouvelle fabrique écologique" à la mise en place de la sécurité sociale professionnelle.
Mais c'est bien le refrain sur l'unité qui est le signe que Royal change. Comme elle l'avait déjà dit à La Rochelle, elle rappelle que "la gauche, en perdant les trois dernières élections présidentielles, a contracté une dette envers les Français, car c'est à cause de ces défaites que la France est entre les mains de l'incompétence et du cynisme".
"Elle se sent plus à l'aise au PS" (Garot)
Alors, sans oublier de saluer le travail du groupe parlementaire PS sur les retraites et d'appeler - Jean-Luc Mélenchon s'en est sans doute ému - à un référendum populaire sur le départ à la retraite à 60 ans, elle entonne : "C'est par notre travail et par notre unité que nous allons incarner une espérance. Disons ensemble aux Français que nous sommes avec eux. Unis nous sommes, unis nous demeurerons."
Ségolène Royal n'est décidément plus vraiment la même... D'ailleurs, elle se rendra le 9 octobre à la convention nationale du PS sur les questions internationales. Tout un symbole pour celle qui n'a jamais caché son aversion pour ce genre d'événement. La parole à l'un de ses fidèles, le maire de Laval Guillaume Garot : "Elle se sent plus à l'aise au sein du PS. Après tout ce qui lui a été fait, elle n'hésite pas à prendre son téléphone, à appeler les socialistes pour les inviter. Elle a dépassé une certaine amertume, elle prend sur elle." Il note au passage que le PS reprend aujourd'hui "les propositions de Royal en 2007", comme sur la sécurité, où il prône "une ligne de fermeté". Finalement, ce qu'il remarque, c'est que "c'est Ségolène Royal qui rassemble aujourd'hui". De là à dire que c'est la qualité première d'un candidat à l'Élysée...