Primaires socialistes : en finir avec la pipolisation de la politique
Elie Arié
« Le Français a la tête politique », disait Karl Marx : à l’époque où il est plus important, pour un candidat à une élection, de passer chez Drucker qu’à « Mots Croisés » et d’avoir sa photo à la « une » de Gala que du Monde, on peut en douter.
Tous les sondages le prouvent : le fossé entre l’opinion publique et la « classe politique » ne cesse de s’élargir, (d’ailleurs, certains politiques cherchent à intégrer ce phénomène dans leur stratégie électoraliste et à le retourner en leur faveur : Le Pen et son « établissement », Ségolène Royal et sa « démocratie participative », Mélenchon et son « Qu’ils s’en aillent tous ! ») ; et les primaires du PS illustrent aussi les conséquences de ce fossé grandissant.
Les primaires sont une invention démagogique qu'Aubry a dû accepter sous la pression de ceux qui voulaient de la «rénovation» (peu importe laquelle : ça fait partie des mots magiques), qui ne feront que personnaliser et dépolitiser encore davantage la vie politique française, qui l'est déjà assez par l'élection du président de la République au suffrage universel (on vote davantage pour une personne que pour des idées ou un projet, les conseillers en com' ont pris le pas sur les conseillers politiques) ; elles n'auront pour effet que de permettre à certains, qui se croient promis à un destin national (Valls, Montebourg, Moscovici, etc.) de se faire un peu mieux connaître pour 2017 et de faire passer l'idée selon laquelle ils seront, eux aussi, un jour, présidentiables : une sorte de première communion préparant leur béatification ultérieure (mais de leur vivant...).
Elles exposent, par contre, le PS au ridicule si trop peu de « sympathisants de gauche » viennent y participer, et risquent ainsi d’avoir l’effet inverse que celui d’ « entraînement » escompté.
Les primaires ne devraient avoir, en théorie, aucune influence sur le projet du PS, qui, rappelons-le, d'après son calendrier, aura été préalablement défini, et que le candidat désigné, quel qu'il soit, devrait s'engager à défendre ; on sait qu’en réalité il n’en sera rien, et que c’est le candidat désigné qui définira les grandes lignes du vrai projet de la campagne électorale : la laborieuse élaboration préalable d’un « projet du PS » sera un exercice artificiel de langue de bois et de consensus mou entre les différents courants, faisant l’impasse sur tout ce qui fâche et destiné à être oublié aussitôt après les primaires.
Il nous faut revenir à une démocratie non pas people mais politique, comme dans toutes les grandes démocraties européennes, dans lesquels c'est le chef du parti qui a remporté les élections qui devient automatiquement chef de l'exécutif, et où celles-ci se jouent sur les programmes de chaque parti, et non les slogans simplistes des candidats (il n’y a pas de solutions simples à des problèmes complexes), à leur brushing, ou à l’image que nous nous faisons de leur personnalité, résultante complexe de celles, contradictoires, que cherchent à donner d’eux leurs conseillers en com' et ceux de leurs adversaires, et, en général, sans aucun rapport avec leur personnalité réelle (souvenons-nous du « Chirac inculte » ou du « Mitterrand socialiste »).
Car un des rôles des partis consiste à sélectionner le personnel politique ; or, les primaires, et même la désignation du candidat par les militants, permettent l’émergence de candidats nulllissimes comme Royal, qui n’ont jamais réussi à s’ imposer dans leur parti* (où chacun connaît bien leurs qualités et leurs limites réelles), faute d’être politiquement assez solides et assez structurés, qui tentent donc de le contourner en s’adressant à « la base » grâce à leur image, et qui ne peuvent que conduire leur parti à la défaite.
Mais qui aura le courage de revenir sur l'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel direct, cause première de la monarchisation de la Présidence de la République et de la pauvreté de notre débat politique qui se focalise sur les personnes (virons « Sarkozy » contre « réélisons Sarkozy »)?
Paradoxalement, la réhabilitation du débat politique ne peut passer, en France, dans un premier temps, que par une accentuation de l’éloignement de l’opinion et de la « classe politique » :
-chef de l’exécutif désigné par le parti vainqueur des élections législatives,
-législatives sur un scrutin de liste national de façon à couper tout lien entre un candidat et son lieu d’origine,
-interdiction du cumul de toute fonction nationale avec une fonction locale.
Ce n’est qu’ainsi qu’on passera du débat des personnes au débat d’idées, et de la pipolisation au retour du politique.
* * *
* (astérisque posée par votre serviteur)
E.Arié n'a jamais été un partisan de Ségolène ROYAL, mais cà on le savait déjà, et il n'y va pas avec le dos de la cuillère dans sa formulation, mais on peut lui reconnaître des analyses politiques de bon sens... mais pas systématiquement pertinentes.
Dans sa définition "...chef de l’exécutif désigné par le parti vainqueur des élections législatives...", qui a rompu ce postulat si ce n'est François HOLLANDE en 2006/7 en organisant des primaires au PS alors que son rôle narurel était d'être LE candidat du PS ?
Par ailleurs, l'inversion du calendrier électoral voulu par JOSPIN a été une faute politique énorme qui pèse encore sur la vie politique nationale et qui a largement profité à la droite.
Ségolène ROYAL nullissime dans son parti ? Il faudrait que Mr Arié sorte un peu de Paris et au passage, malgré les tripatouillages du camp AUBRY au congrès de Reims en 2008, elle fait quasiment du 50/50 à l'arrivée... effectivement c'est nullissime
