Denis Olivennes, Moralisateur (Des « Pouvoirs Médiatiques » Et) Du Capitalisme

Publié le par DA Estérel 83

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Novembre 2010 : Denis Olivennes est toujours le patron duNouvel observateur (où il défend depuis deux ans, non sans courage, et un peu comme dans un essai de Pierre Bourdieu, « la "libre communication des pensées et des opinions (…), l’un des droits les plus précieux de l’homme“, comme dit la Déclaration de 1789 », contre « la concentration des pouvoirs médiatiques entre les mains de quelques groupes industriels, avec la connivence d’intérêt ou la complaisance qu’une telle situation implique parfois, soit vis-à-vis du monde économique, soit vis-à-vis de telle ou telle force politique et plus généralement du pouvoir »).

Le 25 novembre, manifestement pris de communisme, Olivennes dénonce, dans un enlevédito, la « réforme fiscale » d’un« président » qu’il ne hait (pourtant) point - et clame, très justement, qu’il s’agit d’une « réforme de riches », où ledit Sarkozy va « diminuer la taxation de la détention » pour mieux« accroître celle des revenus » (et donc, les « inégalités »), puisqu’il ne va nullement « supprimer l’ensemble des niches, exonérations et autres abattements (...) qui bénéficient aux plus riches », comme le souhaiterait Olivennes, qui est de « gauche », lui, pas comme Sarkozy, et qui d’ailleurs (c’est bien la preuve) t’« emmerde », non mais sans déconner, qui t’es, pour lui faire des leçons de gauche ?

Janvier 2011 : Olivennes, toujours le doigt sur la joue, n’est plus, depuis deux mois, le patron du Nouvel observateur - mais celui d’Europe 1 (qui est la propriété de l’un de ces « quelques groupes industriels » où se concentrent les « pouvoirs médiatiques »).

Et là, devine quoi ?

Le 13 janvierLe Nouvel observateur publie, aux pages 66 à 69 de son numéro 2410 une « enquête exclusive » montrant « à quel point certaines niches fiscales ont été dévoyées par un petit groupe de patrons déjà hyper-privilégiés ».

Plus précisément : une - seule - « niche fiscale discrète et très avantageuse », qui « n’a profité qu’à une douzaine de milliers de contribuables, a coûté bien davantage » encore « à la collectivité en 2009 que le bouclier fiscal. »

Cette martingale est, raconte L’Obs, un « dispositif mis au point en 2003 par Brigitte Girardin, alors ministre de l’Outre-Mer du gouvernement Raffarin, afin de favoriser le développement économique des DOM-TOM ».

Le « principe » en est d’une émouvante simplicité :« Vous investissez 100 dans les DOM-TOM (bâtiment, tourisme, bateaux, énergies renouvelables...). »

Et certes : « C’est un placement à fonds perdus », puisque« vous ne pouvez pas récupérer votre argent ».

Mais.

« Le fisc vous offre une réduction d’impôts de 125 à 140, applicable dès l’année suivante ».

Même : « Si la réduction excède votre impôt dû, le surplus est reportable pendant cinq ans ».

Et ça, n’est-ce pas : c’est, comme le souligne L’Obs,« un mécanisme incroyablement généreux pour les riches contribuables, avec un retour sur investissement de 25 % à 40 %, quasiment sans risque ».

Ainsi, en 2007, narre l’hebdomadaire : Patrick Ouart, « conseiller justice à l’Élysée », met « plus de 120.000 euros dans sept sociétés en nom collectif (SNC) », qui « achètent et louent des équipements à des entreprises ultramarines, investies dans les énergies renouvelables » - secteur où « la réduction d’impôt est encore majorée de 10 %», comme dans un conte de fées laurenceparisotes.

Puis, en 2009, « entré chez LVMH », le gars remet ça, et se fend de 180.000 nouveaux euros, qu’il met « dans douze SNC à vocation solaire ou éolienne ».

Si t’as bien suivi : t’as compris que notre Pat aura déboursé, en deux ans, 300.000 euros.

(Une coquette somme, quand on y pense, hein, l’ami(e) ?

Hein, que t’y penses, quand tu revérifies bien ta monnaie aux caisses de chez Lidl, où tu claques sans compter l’entièreté de ton RSA ?)

Mais avec ça : « Il a obtenu une réduction d’impôt de l’ordre de 400.000 euros, suivant le rendement moyen de ce type d’opération ».

À la santé de qui ?

À la santé du contribuable - nous, donc.

En effet, le « Girardin Industriel » - c’est le poétique nom de cette ravissante niche - a ceci de particulier qu’il se révèle être« effroyablement coûteux pour les finances publiques : en 2009, son coût a atteint 767 millions d’euros, contre “seulement” 679 millions pour le bouclier fiscal ».

Bon.

Me diras-tu.

Mais quel rapport avec Olivennes - sinon que nous avons là, en majesté, l’une de ces niches dont il si bolcheviquement a réclamé le 25 novembre dernier, dans sa dénonciation d’ une injuste« réforme de riches » qu’on les supprime, et vite, ou j’appelle Arlette Laguiller ?

Ben, c’est tout simple, et je pensais que t’aurais deviné : dans la clientèle du « cabinet de conseil en gestion des affaires privées »dont la « spécialité » consiste à « faire fondre les impôts des “happy few” du CAC 40 grâce au Girardin Industriel » (ou de ses partenaires), qui trouve-t-on, d’après L’Obs, parmi des pair(e)s ?

« Denis Olivennes, ex-dirigeant du Nouvel Observateur, aujourd’hui à la tête d’Europe 1 ».

L’homme qui lorsqu’il écrit n’aime ni « la concentration des pouvoirs médiatiques entre les mains de quelques groupes industriels », ni « les niches, exonérations et autres abattements (...) qui bénéficient aux plus riches » - mais qui dans la vraie vie se complaît, dirait-on, dans les endroits mêmes qu’il n’aime pas quand il écrit : ça ferait-y pas un bon sujet, pour le caustique Morandini ?

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Publié dans Medias

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