Primaire du PS : les candidats à la loupe

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Primaire: on ouvre. Au PS, depuis dimanche et jusqu'au 13 juillet, date de la clôture du dépôt des candidatures, la compétition pré-présidentielle bat son plein. Ils seront entre quatre et six socialistes à se présenter aux suffrages des Français (moyennant un euro minimum et la signature d'un texte d'adhésion aux valeurs de la gauche), en octobre prochain. Martine Aubry vient de se lancer, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal sillonnent depuis six mois le terrain sympathisant, tandis que Manuel Valls, et moins sûrement encore Pierre Moscovici, réfléchissent à ressortir de leur réserve après le retrait de Dominique Strauss-Kahn. Etat des lieux de chaque prétendant, ses forces et ses faiblesses, ses soutiens.

 

  • Aubry, la chef de parti en candidate légitime

 

Le site de Martine Aubry
Le site de Martine Aubry
Pour la première fois depuis 1981, un premier secrétaire du parti est en passe de représenter son parti à la présidentielle (Emmanuelli avait échoué en 1995, face à Jospin, Hollande s'était défilé en 2007). Martine Aubry a donc déclaré sa candidature, depuis sa ville de Lille, qui l'a vue renaître politiquement et qu'elle a longtemps préféré aux couloirs intrigants de Solférino. Une annonce courte et solennelle, qui doit l'installer en candidate naturelle, avançant à son rythme et ne se laissant jamais imposer son calendrier. Candidate in extremis à la tête du parti, elle s'y est peu à peu imposée. Candidate in extremis à la primaire, va-t-elle encore une fois réussir à rendre victorieuse ce que son fidèle lieutenant le député François Lamy nomme «la stratégie de la tortue»?

 

 


– Avantages Pour ses partisans, la cause est entendue: Aubry, c'est la compétence, le travail collectif à la tête du PS qu'elle a su mettre sous sa coupe malgré ses fortes individualités, et l'expérience ministérielle. «Elle est la seule dont on est sûr qu'elle est capable de tenir la barre en temps de crise», veut croire l'un de ses conseillers. Femme de culture, elle conserve de bonnes relations avec les autres partenaires de gauche, notamment avec l'écolo Cécile Duflot ou la communiste Marie-George Buffet, et a bien pris soin de ne jamais dire de mal de Jean-Luc Mélenchon. Enfin, elle a montré à Lille qu'elle pouvait aussi s'allier avec le MoDem. Sur le fond, en tant que chef d'orchestre du projet socialiste (lire notre «crash-test»), elle représente la garantie qu'il n'y aura pas d'hiatus entre le programme du candidat et le travail collectif du PS, qu'elle a animé au travers de conventions et de forums deux années durant. Reste à savoir si elle va s'en démarquer, ce que feront tous ses concurrents?

 

 Inconvénients «Avec Martine, il n'y a pas beaucoup de place pour la surprise, c'est classique de chez classique...» Même l'un de ses proches semble conscient des qualités mais aussi des défauts de la méthode Aubry. A travers elle, c'est un peu Jospin qu'on ressuscite: même façon de concevoir la réflexion du parti, rénovation interne tenant compte du poids des barons socialistes, répulsion à se mettre en avant médiatiquement, attitude ambivalente vis-à-vis de ses soutiens de son aile gauche comme de son aile droite, sans que l'on sache vraiment au final vers où elle penche, entre son «profil social» et son «amitié avec les patrons».

– Soutiens A l'intérieur du parti, elle est clairement celle qui rallie le plus grand nombre de «chefs à plumes» et de députés. Derrière elle, des strauss-kahniens comme Jean-Christophe Cambadélis et Christophe Borgel ; des rocardiens comme Michel Destot, Alain Richard ou Catherine Tasca ; des barons locaux comme Jean-Noël Guérini ; mais aussi des éléphants comme Laurent Fabius, Bertrand Delanoë ou Henri Emmanuelli et l'aile gauche du PS autour de Benoît Hamon. Par l'entremise de ce dernier, Aubry peut enfin compter sur les militants mobilisés des réseaux jeunesses du parti (MJS, Unef, UNL...), afin de mener une campagne active. 

  • Hollande, l'homme d'appareil sans l'appareil

 

Le site de François Hollande
Le site de François Hollande
Le député et président du conseil général de Corrèze est déjà parvenu à réaliser une prouesse à laquelle pas grand-monde ne croyait lors de son entrée en campagne, depuis sa ville de Tulle: crédibiliser sa candidature, alors même qu'il y avait renoncé dans des conditions idéales en 2006. Mais avec le désistement de Strauss-Kahn, il est presque monté trop vite dans les courbes sondagières, au point de se retrouver aujourd'hui en position de challenger beaucoup plus rapidement qu'escompté.



– Avantages «Il est comme habité, il a une foi inébranlable en son destin», avoue mi-bluffé mi-inquiet un de ses proches. En outre, son souhait de personnaliser la campagne, en faisant une tournée de meetings au contact des militants (un exercice qu'il maîtrise comme personne au PS), en parvenant à faire vibrer les gazettes autour de son régime et de sa nouvelle coiffure, ou en maniant l'humour avec talent, tout cela correspond plutôt bien à l'élection présidentielle. Tout comme la solide complicité qu'il entretient avec de nombreux journalistes, au gré de multiples invitations à déjeuner durant ses dix ans à la tête du parti. Enfin, «l'empêchement» de DSK lui ouvre un espace du côté de la social-démocratie de centre gauche, voire du centre, voire du social-libéralisme.

 

– Inconvénients Bien qu'il soit parvenu à s'en détacher en prenant du recul, Hollande reste l'homme de la mort annoncée du PS, gérée à coup de synthèse molle et d'appuis sur les barons locaux, sanctionnée lors du congrès de Reims. D'ailleurs, il continue à recruter des élus autour de lui en leur promettant de ne pas appliquer la règle du non-cumul décidée par le PS en 2009. Aujourd'hui, la stratégie du «candidat normal», imaginée pour se distinguer de Strauss-Kahn, tend à devenir contre-productive. «Il va falloir se séparer de ce truc, ça fait vraiment pas rêver», glisse un proche. Son positionnement comme candidat réaliste ne faisant pas de fausse promesse suffira-t-il à emporter le morceau? Sur le fond, s'il est plutôt parvenu à se faire identifier comme le candidat de la réforme fiscale et voulant s'occuper en priorité de la jeunesse, les propositions concrètes ne sont pas encore pléthore (voir son débat avec Thomas Piketty sur Mediapart). Il souffre enfin et surtout d'un déficit de personnalités dans son entourage.

– Soutiens Hormis de nombreux élus locaux et une majorité de sénateurs, ils ne sont guère parmi ses soutiens à posséder une grande envergure. François Rebsamen connaît bien le parti et a déjà fait une campagne de primaire pour Ségolène Royal. Michel Sapin a déjà été ministre du budget. Peut-être Vincent Peillon et Pierre Moscovici le rejoindront-ils. Mais pour le reste, ce sont surtout ses fidèles de toujours qui l'entourent et le conseillent depuis novembre, comme ils l'épaulaient du temps où il tenait Solférino: Bruno Le Roux, Kader Arif, Stéphane Le Foll, Faouzi Lamdaoui. 

  • Royal, l'aventure c'est l'aventure

 

Le site de Ségolène Royal
Le site de Ségolène Royal
De tous les candidats en lice, elle est la seule à avoir l'expérience d'une présidentielle, et même la seule à avoir celle d'une primaire. Après une traversée du désert assumée comme telle fin 2008/début 2009, après sa défaite vécue comme une injustice lors d'un congrès de Reims entaché de fraudes de toutes parts, Ségolène Royal est finalement bien présente au rendez-vous, contrairement à ce que beaucoup présageaient il y a encore quelques semaines. Restée en embuscade l'année dernière avant de bousculer le calendrier et de se présenter en novembre dernier, elle a relancé sa campagne ce dimanche, dans le marais poitevin, à l'entrée de la dernière ligne droite.



– Avantages Plus que n'importe quel autre politique, Royal est celle qu'il convient de ne jamais enterrer. Forte d'une détermination inébranlable, la présidente de Poitou-Charentes a fait de sa région un laboratoire, certes à échelle très réduite, de sa volonté politique, notamment en matière de démocratie participative et d'environnement (lire notre série d'enquêtes). Bien que les moqueries sur son inconstance demeurent chez nombre de ses camarades, et que la plupart de ses soutiens chez les cadres du PS l'aient quittée, Royal est toujours capable de rebondir. Comme en 2008 quand elle était arrivée en tête du vote des motions au congrès de Reims. Lâchée par l'appareil? Elle n'en a cure, certaine de parvenir à convaincre nombre votants dans un scrutin ouvert à tous les Français, dont elle ne se lasse pas de répéter qu'ils étaient 17 millions à l'avoir choisie au second tour de la présidentielle de 2007. Pour autant, elle a décidé de jouer l'unité du parti cette fois, plutôt que le contournement, en participant aux conventions et forums socialistes. Sa force, estiment ces proches, c'est de pouvoir«parler à un public, notamment chez les jeunes et dans les quartiers populaires». Dimanche, elle a annoncé placer sa campagne sous le signe de «l'ordre social juste». Enfin, ses intuitions et ses «coups politiques» peuvent s'avérer décisifs dans une telle campagne... 

 

– Inconvénients Toutefois, ses intuitions et ses coups peuvent parfois tourner à l'«improvisation» malheureuse (quand elle s'excuse officiellement et à répétition auprès de pays étrangers pour le comportement de Sarkozy, ou qu'elle révise totalement et maladroitement sa stratégie internet pourtant pionnière, ou en soutenant BHL dans une tribune au Monde après sa mésaventure botulienne). Un sentiment d'improvisation qu'elle a reconnu lors de son discours d'Arçais dimanche, assurant avoir «changé». Depuis 2007, son leadership s'est érodé et les sondages qui la portaient alors la situent loin derrière aujourd'hui. Et ses soutiens intellectuels et politiques l'ont peu à peu délaissée, donnant parfois l'impression de manœuvrer dans l'agenda politique dans un esprit commando, dépourvu de moyens financiers. Enfin, son attachement au drapeau français, encore exprimé récemment aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, en déroute plus d'un. Qu'importe, Royal propose, parfois de façon iconoclaste, au gré de l'actualité et des événements.

– Soutiens Parmi les cadres du PS, ils ne sont plus qu'un petit cercle de fidèles, et elle s'est peu à peu départie de tous les barons qui jusqu'ici pouvaient troubler son message modernisateur (les fédérations de l'Hérault et des Bouches-du-Rhône, ou le maire de Lyon Gérard Collomb). Dans le premier cercle, l'on retrouve les anciens mitterrandiens Jean-Louis Bianco ou Dominique Bertinotti, ou les jeunes pousses Najat Vallaud-Belkacem, Delphine Batho ou Guillaume Garot. Enfin, et c'est peut-être le plus important pour la primaire qui s'annonce, Royal peut compter sur son armée militante de Désirs d'avenir, entièrement dévouée et parfaitement configurée pour le travail de conviction sur le terrain. Ils sont aujourd'hui estimés entre 7.000 et 10.000 adhérents à faire dans le «militantisme du bouton de veste»...

  • Montebourg, l'outsider à la gauche du parti

 

Le site d'Arnaud Montebourg
Le site d'Arnaud Montebourg
Souvent taxé de chevalier blanc au parti socialiste, le député et président du conseil général de Saône-et-Loire devrait cette fois-ci parvenir à postuler à la primaire du PS. En 2006, il n'était pas parvenu à obtenir le soutien nécessaire de 35 conseillers nationaux. Cette fois-ci, il devrait atteindre celui de 100 conseillers généraux et régionaux. Lundi soir, il tenait meeting à Paris, au théâtre Dejazet, pour tenter d'enfin perturber l'ordre établi chez les socialistes, huit mois après sa déclaration depuis son fief de Frangy-en-Bresse.

 

 

 

 

 

– Avantages Montebourg est le seul à marquer une ligne idéologique franchement différente des autres candidats, privilégiant la démondialisation et le capitalisme coopératif (et une centaine d'autres idées, publiées dans son livre Des idées et des rêves). Egalement seul parmi les prétendants socialistes à défendre la priorité d'une VIe République, il occupe l'espace de la gauche du PS, laissé libre par le soutien de Benoît Hamon et ses troupes à Martine Aubry. A bientôt 50 ans, l'ancien «jeune lion» franchit enfin le Rubicon pour prolonger la rénovation qu'il défend avec peu de succès en interne depuis dix ans, après avoir échoué dans le PS avec le courant Nouveau parti socialiste aux côtés de Peillon et Hamon de 2002 à 2005, puis soutenu Royal en 2006, puis Aubry en 2008. Ancien noniste au référendum européen, il a récemment côtoyé Jean-Luc Mélenchon lors d'un soutien commun à un candidat jurassien des cantonales.

– Inconvénients Marginalisé au sein du PS, où ses effets de manche jugés moralisateurs (sur l'affaire Woerth quand il demande au parti de saisir la justice, puis lors de sa récente croisade contre Jean-Noël Guérini) agacent. L'ancien avocat puis député héraut du mandat unique, il est aussi devenu depuis un président de conseil général cumulard (maisl'assumant politiquement), ce qui lui vaut les sarcasmes de ses anciens camarades. Aujourd'hui, malgré une certaine estime gagnée auprès de ses camarades (notamment chez des amis de Benoît Hamon), il ne parvient pas pour l'heure à percer le mur de l'indifférence médiatico-sondagière.

– Soutiens Son équipe de campagne résume bien l'originalité de la candidature Montebourg. En directeur de campagne, Aquilino Morelle, ancienne plume de Jospin, énarque atypique respecté et spécialiste de la santé. En porte-parole, Sihem Habchi, présidente de Ni putes ni soumises, dont on se demande comment peuvent tourner les débats sur la laïcité avec Christiane Taubira, la Guyanaise ancienne candidate à la présidentielle de 2002, également dans le staff de Montebourg. L'on retrouve aussi Géraud Guibert, qui anime le pôle écologique du PS, le web-entrepreneur Benoît Thieulin, qui pousse à reproduire les stratégies internet de Barack Obama, l'ancienne ministre de la jeunesse et des sports de Mitterrand, Frédérique Bredin, ou l'architecte Roland Castro. Il a également reçu le soutien d'intellectuels critiques comme Emmanuel Todd, qui a préfacé son dernier petit ouvrage «Votez pour la démondialisation». Il affirme enfin avoir recruté 4.000 «volontaires» et entend mener une campagne très inspirée de celle d'Obama (jusqu'à approuver ses propres messages électoraux)...

  • Valls et Moscovici, quinquas strauss-kahniens en réserve?

 

Le site de Manuel Valls
Le site de Manuel Valls
Comme souvent avec eux, ils ont envie d'y aller, mais peinent à franchir le pas de l'engagement, comme lors du Congrès de Reims, où après avoir affirmé qu'ils déposeraient leurs propres motions, ils s'étaient finalement rangés respectivement derrière Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Tous deux jouent la carte du renouvellement et laissent transparaître leur lassitude de voir leur génération sacrifiée. Tous deux prétendent aussi porter un bout de la croix du strausskahnisme, et ont revu surgir leurs ambitions après l'inculpation de DSK.

 

 

Le site de Pierre Moscovici
Le site de Pierre Moscovici
Pour l'heure, Moscovici, qui réunit autour de 300 personnes aux réunions de son club «Besoin de gauche», hésite entre y aller et se ranger derrière Martine Aubry ou François Hollande, les deux lui ayant proposé d'être leur porte-parole. Le député du Doubs, souvent velléitaire par le passé au moment de passer à l'acte, annoncera sa décision ce mercredi, a-t-il écrit sur son blog. Une indication peut-être, une proche de Moscovici, Michèle Sabban, annonce lundi soir apporter son parrainage à Manuel Valls, ainsi que celui de six autres élus du Val-de-Marne.

 

Le député de l'Essonne et maire d'Evry hésite lui aussi à se lancer, mais cherche encore des parrainages, ciblant 16 signatures de conseillers nationaux, ou 16 paraphes de maires de villes de plus de 10.000 habitants issus de quatre régions différentes. Peut-être conscient de sa difficulté à incarner le «candidat droitier» d'une primaire ouverte aux sympathisants de gauche, il a toutefois fait attention à ne pas insulter l'avenir, en adressant dimanche un brevet de légitimité à Martine Aubry. La même avec laquelle il avait violemment correspondu à l'été 2009, à propos de la mort du PS, avant de poser dans El Pais un sparadrap sur la bouche. En février dernier, il avait toutefois accepté de mener la réflexion du parti sur les institutions. En participant à la primaire, Valls souhaite faire entendre sa voix, notamment sur les questions de sécurité,défendant la lignée de Clemenceau plutôt que celle de Jaurès.

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Publié dans PS

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