Performance sur ordonnance

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Le sujet «secteur optionnel» sera discuté ultérieurement. Après 2012 ? On peut l'envisager d'autant que l'accord donne déjà pas mal de grain à moudre aux médecins.

 

L'infinie longueur des rounds de négociations n'est pas l'apanage des grands sommets européens. C'est ainsi qu'après pourtant des mois et des mois de discussions, il aura fallu un marathon de dix-huit heures pour que les principaux syndicats de médecins et l'Assurance maladie signent à 4 heures hier matin le protocole d'accord qui va régir les relations entre les praticiens et la Sécu durant les cinq prochaines années. Et encore aura-t-il fallu que soit mis entre parenthèses l'instauration d'un «secteur optionnel» censé pourtant régler le problème des dépassements d'honoraires.

Ce projet ultra-sensible dont nous vous avions dit à cette même place mardi à quel point il pouvait encore contribuer à développer une médecine à deux vitesses, avait été jugé «désastreux» par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir. Pour les médecins spécialistes, l'offre de la Sécu n'allait pas assez loin. Les patients de leur côté craignaient à l'inverse que ce «secteur optionnel» n'entraîne l'explosion du prix des consultations et du même coup ne fasse flamber les cotisations aux complémentaires santé. Déjà remisé en 2009 ce sujet sera donc débattu ultérieurement... Après 2012 ? On peut l'envisager d'autant que le protocole d'accord donne déjà pas mal de grain à moudre aux médecins.

C'est ainsi que de nouvelles consultations remboursables sont introduites comme le dépistage du mélanome par les dermatologues (46 euros) ou la consultation à domicile du médecin traitant chez un patient atteint d'Alzheimer (66 euros). D'autres encore sont majorées comme celles des pédiatres. Les généralistes devraient également apprécier l'effort consenti pour tenter de faire reculer les «déserts médicaux» qui gagnent du terrain dans notre pays. Alors qu'un temps, il avait été question de manier le bâton en instaurant des quotas d'installation, la Sécu a finalement opté pour la carotte.

C'est ainsi qu'une aide à l'investissement de 5.000 euros par an sera proposée aux médecins s'installant dans un cabinet de groupe d'une zone déficitaire. Il est également prévu de récompenser les médecins intailles en zone dense dès lors que ceux-ci consentiraient à donner des coups de mains ponctuels à leurs collègues plus isolés. Tout ceci va évidemment avoir un coût. Et annonce donc des contreparties curieusement intitulées «primes à la performance». Ces primes doivent récompenser ce que la Sécu estime être des comportements... vertueux.

C'est ainsi que pour arrondir ses fins de mois, le médecin pourra accumuler des points en prescrivant un volume donné de médicaments génériques ou encore en atteignant un taux précis de patientes de plus de cinquante ans participant au dépistage du cancer du sein. Reste maintenant à voir si cet accord saura redonner un vrai souffle à notre système de santé. Et si le gagnant-gagnant qu'on nous prédit le sera d'abord pour le patient.

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Publié dans Santé

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