Pendant la crise, Martine est en voyage...
Les critiques formulées en interne sur les absences répétées et prolongées de Martine Aubry de Solférino seraient-elles plus justifiées que jamais ?
Absente, la Première secrétaire l’est déjà largement sur le fond. Sur la question de la réforme des retraites, par exemple, qu’elle esquive depuis de très nombreux jours maintenant. Et les explications de son entourage (« Notre travail d’opposants deviendra précis quand un texte sera à l’étude au Parlement ») ne suffiront peut-être pas à rassurer les gens de gauche.
Absente, la patronne du premier parti d’opposition l’a été aussi physiquement, en pleine crise grecque. Partie le 30 avril, elle n’est rentrée de son voyage en Chine que dimanche. Dix jours loin de la France, en plein scénario catastrophe pour l’Europe, c’est long tout de même ! Le roitelet de l’Elysée, lui, ne se serait pas permis pareille erreur. Nicolas Sarkozy, lui, a annulé son voyage à Moscou, même si le peuple grec ne s’en portent pas mieux pour autant…
Mais même une fois présente physiquement en France, Martine Aubry reste absente sur le fond. Certes, hier, à l’issue de son entretien avec François Fillon, la Première secrétaire a clairement regretté que ce dernier n’ait envisagé qu’une mesure pour éviter à la France de connaître le même sort que la Grèce : le gel des dépenses publiques. Une prise de position bienvenue de la part de la Première secrétaire, d’autant que certains socialistes, profitant peut-être de son absence pour cadrer les discours, ont commencé à mettre leur pas dans ceux de « Tonton la rigueur Fillon » et à se poser en nettoyeurs zélés des écuries d’Augias.
Mais qu’a-t-elle à proposer en retour ? Taxer les bénéfices des banques et faire sauter le bouclier fiscal. Très bien. Rien à redire. Mais pour quoi faire ? Distribuer une prime de 200 euros pour 16 millions de ménages les plus modestes et « un grand programme d'emplois jeunes nouvelle formule pour donner une chance à ces jeunes d'avoir un travail, d'avoir un salaire et donc de pouvoir consommer ». Des mesures qui peuvent aider ceux qui souffrent le plus de la crise, mais qui relèvent davantage du soulagement que de l'alternative que l'on attend à gauche. Des mesures, surtout qui fleurent bon les années Jospin et le rafistolage quand la période nécessite sans doute créativité et hardiesse. Et présence, aussi, donc.
Encore que certains au PS ne trouvent rien à redire aux absences de Martine Aubry. Avec un cynisme que les Français sauront apprécier.Ce sont les strauss-kahniens. Ainsi, un des conseillers de l’exilé de Washington confie voir dans ces absences une véritable chance pour son poulain : « La crise remet l’économie au centre du jeu. Ça disqualifie derechef ceux qui n’ont rien à dire sur le sujet. C’est ce que montre les différentes études d’opinion. Martine Aubry [a été]absente [pendant] plusieurs jours et elle le paye cash dans les sondages ». Ironie de l’histoire : si Martine Aubry enchaîne les voyages (avant la Chine, c’était l’Inde en pleine éruption volcanique islandaise !), c’est probablement pour se doter de cette stature internationale qui lui fait tant défaut... dans ces mêmes enquêtes d’opinion !
Mercredi 12 Mai 2010
Gérald Andrieu - Marianne