Nicolas Sarkozy dénonce une "agitation que les Français regardent avec stupéfaction "
28/08/2010
De La Rochelle, Ségolène Royal a voulu torpiller le déplacement de Nicolas Sarkozy : "Assez de visites, assez des mises en scène. On a besoin d'actes", a lancé l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle face à des producteurs de lait.
A l'autre bout du pays, Nicolas Sarkozy avait en effet repris vendredi 27 août ses visites en province. Le chef de l'UMP, qui a divisé la France pendant tout l'été sur la délinquance et les Roms, a voulu se présenter en président rassembleur. Et pour la sixième fois de l'année, il avait choisi une exploitation agricole. Pas une ferme laitière, alors que le cours du lait fait du yo-yo. Pas un grand céréalier non plus, alors que leurs subventions ont été réduites. Non, une bergerie de 450 têtes, perdue dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Un peu crispé lorsqu'il s'est agi de toucher les moutons, M. Sarkozy s'est franchement détendu en goûtant fromages, truffes, pains et tapenade. On était là au coeur d'une France modeste, travailleuse mais sereine. Presque entre amis puisque ces éleveurs de montagne ont connu une hausse de leurs aides, donc de leurs revenus. Avec de belles images garanties à la clé. Aussi le chef de l'Etat s'est-il plu à opposer le tumulte médiatique parisien à la vraie France, les débats socialistes de La Rochelle à son action.
"J'ai été heureux de parler avec mes compatriotes des vrais problèmes de la vie quotidienne", s'est-il réjoui à l'issue d'une table ronde avec une cinquantaine de ruraux. Celui qui a exhorté ses troupes à "cliver" sur la sécurité a dénoncé une "agitation que les Français regardent avec stupéfaction et dans laquelle ils ne se reconnaissent nullement. La France est un pays d'équilibre et de bon sens, pas un pays de démesure et d'excès".
M. Sarkozy a donc égrené les problèmes des agriculteurs, un de ces trois axes de reconquête depuis l'échec des régionales 2010, avec les médecins libéraux et les classes populaires victimes de l'insécurité.
Le dispositif est rodé, les agriculteurs posent des questions. M. Sarkozy répond, flanqué de ses ministres Bruno Le Maire (agriculture) et Michel Mercier (aménagement du territoire), souvent félicités, appelés par leur prénom mais condamnés au mutisme.
Vendredi, on a parlé de tout. Du loup, accusé par les bergers " de vider nos vallées ". Le chef de l'Etat, qui refuse une dérogation générale à la protection de cet animal, comme en Grèce ou en Espagne, souhaite que le préfet donne des autorisations de tirs ponctuels, en cas de dégâts exceptionnels.
Même couplet sur la "déprise" agricole, qui doit être combattue par une taxe lorsque des terres deviennent constructibles. M. Sarkozy a d'ailleurs dénoncé le "sectarisme" qui prévaut en France, puisque aucune voix socialiste au Parlement n'a voté cette taxe décidée pendant l'hiver. Consensuel, le chef de l'Etat a aussi prôné la concorde avec les grands distributeurs. Un représentant de Carrefour était opportunément présent ; des accords ont été signés, mais la filière n'est pas capable de fournir les volumes nécessaires. Aux opérations coup de poing, M. Sarkozy préfère le dialogue. "Montrez ce que vous savez faire. Les agriculteurs, ce sont des gens qui bâtissent, qui construisent. Ce ne sont pas des casseurs", a expliqué le chef de l'Etat.
Enfin, on a abordé les problèmes d'installation des jeunes agriculteurs. Nicolas Sarkozy veut là tenir un langage de vérité : "Connaissez-vous une activité où l'on donne 55 000 euros par actif qui s'installe ?"
D'une manière générale, le président, qui ne veut pas couper les aides à cette catégorie socioprofessionnelle ancrée à droite, a ajouté que toutes leurs aides financières sont sanctuarisées. Des arbitrages sur les niches budgétaires doivent être pris d'ici au 15 septembre
Arnaud Leparmentier Noyers-sur-Jabron (Alpes-de-Haute-Provence), envoyé spécial
Article paru dans l'édition du 29.08.10.