Mia électrique : sur la route mi-septembre


Voisine d'Heuliez, l'usine de production de la Mia, voiture électrique, a été inaugurée vendredi. Les premiers modèles circuleront dans quelques jours
La présidente de la Région, Ségolène Royal, et le président de la société, Edwin Kohl, ont dévoilé la Mia version luxe. PHOTO AFP
Tout le monde en parlait, mais on n'en voyait jamais la couleur. Eh bien, c'est fait. Pour l'instant, elle est essentiellement proposée en blanc et en noir. Elle, c'est la Mia, voiture électrique fabriquée en série dans les Deux-Sèvres, quelque part près d'un jardin dit « le Nombril du monde », mais que les mauvais esprits placent anatomiquement ailleurs.
Hier, c'était jour de fête à Cerizay. Accablée depuis de longues années par la lente agonie de son fleuron, l'usine Heuliez, la commune vient de retrouver un peu de son lustre. En ce vendredi 2 septembre, Mia Electric inaugure ses nouveaux locaux et lance très officiellement la phase d'industrialisation de sa citadine entièrement électrique. Clin d'œil du destin : c'est Heuliez qui produit les châssis.
Vers un salon britannique
Sur le parking de l'usine, une centaine de véhicules au trèfle blanc attendent les acheteurs. Un camion en transporte sept en direction de la Grande-Bretagne, où la marque va présenter ses différents modèles au salon Velocity.
S'il est une personne qui ne pouvait manquer ce lancement, c'est bienSégolène Royal. La présidente de Poitou-Charentes s'est, il est vrai, investie comme personne dans ce dossier. Dès janvier 2008, elle lance un appel à projets pour la réalisation d'une voiture électrique à bas coût. Comme à quelque chose malheur est bon, elle est venue au secours d'Heuliez en lui proposant la création d'un prototype qui est présenté au Salon de l'automobile, à Paris, en octobre 2008. Un an plus tard, la Région souscrit au capital de Mia Electric à hauteur de 5 millions d'euros. De l'argent public entrant dans le capital d'une entreprise privée, c'est une première en France.
Ségolène Royal l'a rappelé hier en ces termes : « J'ai la conviction du rôle moteur de la puissance publique pour combattre la désindustrialisation et démontrer que ce n'est pas une fatalité. » Et de répéter que la Région avait versé 80 % des salaires aux ouvriers pour éviter les licenciements. Les aides n'en restent pas là, puisque 12 millions d'euros de fonds de soutien sont prévus en primes plafonnées pour les acheteurs de la voiture « made in Poitou-Charentes ».
Fiches de recrutement
L'autre personnage incontournable de cette renaissance est allemand. Il s'appelle Edwin Kohl et vient d'un tout autre domaine, la distribution pharmaceutique. Il est devenu le président de Mia Electric en juin 2010, quand le tribunal de commerce de Niort a retenu sa société, Conenergy, et Kohl pour reprendre Heuliez électrique. Cette fois, il n'y a pas eu d'entourloupe de la part d'un repreneur beaucoup plus fiable que les précédents candidats.
Dès novembre 2010, les chaînes de montage des préséries sont en place. Pour l'occasion du début de la production, hier, l'industriel est accompagné de ses trois fils, à qui on a offert la veste que portent les employés. « En un an, le chemin parcouru est impressionnant. De 35 personnes, nous sommes passés à 280, et nous avons un objectif de 420 pour la fin de l'année », dit Edwin Kohl. La fiche de recrutement d'une centaine d'opérateurs de production montage était d'ailleurs distribuée aux visiteurs.
Les propos sont suivis d'une salve d'applaudissements. Il y a longtemps qu'on n'avait pas entendu de si bonnes nouvelles dans le coin. « À terme, nous espérons produire une Mia toutes les quatorze minutes. Et le temps presse, car les marchés de Grande-Bretagne, Norvège, Belgique, Suisse, République tchèque, Autriche, Chine, Grèce, Turquie et Allemagne nous tendent les bras. Nous partons à l'assaut du filon », poursuit le président. Avant de dévoiler sa devise : « La modestie ambitieuse ».
1 000 commandes fermes
Alors, justement, où en est-on du carnet de commandes pour ces véhicules qui coûteront entre 15 000 et 20 000 euros, batteries au lithium comprises ? « Nous avons un millier de commandes fermes. Certaines voitures ont été vendues sur plan. La ville de Nice en a déjà quatre et en a commandé 50, dont 39 pour l'auto-partage. Celle de La Rochelle en a 30 en cours de livraison sur les 50 prévues. 40 distributeurs sont déjà opérationnels, et nous sommes en discussion avec une grande enseigne pour la vente aux particuliers », assure le directeur commercial, Jean-Philippe Brun.
Dès la mi-septembre, les trois modèles de la Mia seront commercialisés. De face, dans l'imagerie animale, on la comparerait à un cobaye. Sur le marché, on ne croit pas si bien dire.