Mélenchon: «Avec DSK, la gauche ira dans le mur en 2012»

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-copie-1Gérald Andrieu - Marianne | Jeudi 26 Août 2010 

 

Sécurité, mouvement social, sondages, présidentielle, avant la mobilisation du 7 septembre, le patron du Parti de gauche revient sur tous les sujets de la rentrée politique. Toujours mordant avec le chef de l'Etat. Plus conciliant que par le passé avec ses partenaires du Front de gauche...
Qu'ils s'en aillent tous, c'est le titre que devrait porter le livre sur lequel Jean-Luc Mélenchon a planché cet été. Lui revient avec en ligne de mire la mobilisation du 7 septembre. Avant ça, le Parti de gauche se réunira à Grenoble, ce week-end, pour son «remue-méninges». PourMarianne2, l'ancien sénateur PS revient sur les annonces de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, les derniers sondages parus dans la presse et son offre de candidature pour la présidentielle à ses partenaires du Front de gauche. Leurs tergiversations semblent le désespérer, alors même que les candidatures de l'actuel directeur général du FMI et d'Eva Joly pour Europe écologie (si elles se confirment) offre un espace à « la gauche de la gauche ».

CHER NOUVEL OBSERVATEUR...
Marianne : Pour le Parti de gauche, la rentrée sera éminemment sociale ?

Jean-Luc Mélenchon : Le 7 septembre est au centre de tout : toutes les cartes vont être rebattues. Aujourd’hui, l’ensemble des moteurs du sarkozysme sont éteints. Il nous avait promis un mai 1968 à l’envers. Il allait nous faire aimer l’Etat light. Il voulait même nous faire aimer les riches ! Tout ça est loupé. Cet été, il a même grillé la cartouche sécuritaire. Il n’est arrivé à rien et ses mesures n’ont déclenché que du mépris, même à droite. 

Je ne suis pas de ceux qui disent que tout est fait, mais le tandem que la CFDT et la CGT ont décidé de jouer est un puissant facteur de mobilisation. Disons-le : le scénario est idéal. Le 7 septembre, nous serons dans la rue pendant qu’à l’Assemblée nationale débuteront les débats sur les retraites et que le Sénat parlera sécurité-immigration. Quelle rebond  restera-t-il ensuite à Sarkozy ? Un remaniement nous dit-on ? Nous allons faire de ce changement de gouvernement, l’enterrement de ce quinquennat. 


Libération  vous a oublié dans son dernier sondage. Le Nouvel Observateur, lui, ne vous oublie pas, mais le score dont il vous crédite par rapport à Olivier Besancenot est très bas (4% à 5%) ? 

Le Nouvel Observateur n’oublie jamais ses vieux amis ! Mitterrand, des années après la sortie du Coup d’Etat permanent restait amer : « Vous imaginez ça ? L’Observateur n’y a même pas consacré une ligne… » Et moi aussi, de toute faiblesse, je devrais faire une force ! Mais le sondage est assez logique : Olivier Besancenot a été candidat deux fois. C’est un garçon constant dans ses engagements et apprécié par la jeunesse, ce que je salue. Il n’a pas d’allié donc pas de chamailleries à subir ! Est-ce que cela signifie que dans le camp de « l’autre gauche », l’idée d’une avant-garde révolutionnaire l’emporterait sur l’idée qui est la mienne d’un front unitaire prêt à gouverner ? Peut-être. Mais je ne le crois pas. Non pour moi le problème avec ce sondage, c’est l’évolution du Parti socialiste. Si DSK en est le candidat, la gauche ira dans le mur. Sur les retraites par exemple. Le PS ne peut pas rester dans l’ambiguïté. Il en va de même pour tous les autres sujets. Accompagnement du système ou rupture ? Il ne tranche pas. Mais le pays n’attend pas un lifting. Aujourd’hui, le PS  est dans une sorte de logique moralisante et compassionnelle. Sa théorie du care, c’est de la métaphysique. 


Quel regard portez-vous sur le débat sur la sécurité que l’on voit poindre à gauche ?

Un débat ? Vous avez vu un débat ? À part peut-être Chevènement, personne ne dit rien de cohérent sur la sécurité. Nous avons juste réussi à éviter le piège tendu par Nicolas Sarkozy qui consistait à réduire, comme toujours, le débat à : Qui est pour l’ordre ? Qui est laxiste ? Ce débat-là est stupide. 

De son côté, Sarkozy, lui, a battu des records d’ignominie avec son projet sur la déchéance nationale. Une décision très grave qui ne passe pas, y compris à droite. J’ai conscience de la relation ambiguë que peuvent entretenir les Français à l’égard des camps de nomades, mais malgré cela on ne peut pas dire qu’il ait obtenu un surcroît de sympathie cet été. 


Vos camarades communistes semblent toujours avoir du mal avec votre candidature à la présidentielle ? 

Je reconnais avoir pris une douche froide fin juin. Comme je reconnais l’inconfort de la situation dans laquelle je les ai plongés. Aujourd’hui, nos organisations politiques doivent prendre leurs responsabilités. Nos partis politiques, sans se défausser sur personne d’autre. Si nous ne sommes pas capables de nous décider, on peut dire : « Rideau, c’est fini ». 

Ce qui me mine, c’est qu’à chaque nouvelle échéance, ça tintinnabule, ça conciliabule pendant des jours et, au final, à chaque fois, nous nous rassemblons. Donc on perd du temps et de la crédibilité. Parce que tout le monde a conscience qu’ensemble nous avançons. Isolés, nous perdons tout intérêt et je me compte dans ce « nous ». Dès que « l’autre gauche » est rassemblée, ça fonctionne. On l’a vu aux régionales dans le Limousin puis en Corrèze récemment. La Corrèze ! Chez Hollande ! Alors, même si le sondage du Nouvel obs’ me laisse perplexe, je ne me dis pas : « Tu te trompes ». Je suis certain de mon affaire. Le PS aura pour seul argument le vote utile. Avec Europe écologie, ils seront sur une ligne de centre-gauche. Je suis sûr qu’un boulevard s’offre à nous et que nous saurons l’emprunter. 

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Publié dans Elections

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