Maxime Tandonnet, la plume trempée dans l'extrême droite de Nicolas Sarkozy
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Jusqu'au discours de Grenoble, le 30 juillet dernier, personne n'avait entendu parler de Maxime Tandonnet, conseiller immigration de Nicolas Sarkozy depuis plus de cinq ans. Ce haut fonctionnaire de 52 ans, très «techno», vivait presque caché (en comparaison d'autres éminences élyséennes): pas un portrait dans les journaux, pas de passages télé.
Puis cet été, il a rédigé cette allocution présidentielle qui distinguait «les Français d'origine étrangère» du reste de la Nation, établissait un lien entre la délinquance et «cinquante ans années d'immigration insuffisamment régulée», décrétait sans ambages «l'échec de l'intégration»... Là, son téléphone a commencé de sonner.
«J'ai découvert qu'il bossait à l'Elysée, qu'il avait pondu ce discours sur la déchéance de nationalité!, s'étrangle Arieh Adida, élu PS de Saint-Maurice (Val-de-Marne), où Maxime Tandonnet siège depuis 2008. Lui si poli, si discret!» Dans sa promo de l'ENA, Maxime Tandonnet a laissé le souvenir d'un «type un peu gris», «timide» mais «sympathique».
Il rêvait de diplomatie et du quai d'Orsay; à sa sortie en 1992, il s'est retrouvé sous-préfet. «A l'époque, il était plutôt centriste», se remémore un ancien camarade, proche des socialistes.
Comment a-t-il atterri, treize ans plus tard, chez Nicolas Sarkozy? Qu'a-t-il pu faire, dire ou écrire, pour que le responsable d'une association de défense des droits des étrangers lâche aujourd'hui, sous couvert d'anonymat, cette phrase terrible à son sujet: «Il me fait penser à René Bousquet (secrétaire général de la police sous Vichy!), un type très bien élevé, charmant...»
Maxime Tandonnet, en tout cas, a toujours affirmé son rejet du Front national:«Je ne supporte pas l'inégalité des races, l'emploi du mot "détail" (à propos des chambres à gaz), l'idée du "rôle social" de la Gestapo...» Depuis trois mois, bien des curieux ont fouillé son passé - ce serait tellement plus simple, pour la gauche, s'il avait fricoté avec des groupuscules d'extrême droite... Chou blanc.
«Simplement», Maxime Tandonnet n'en démord pas: immigration et insécurité sont corrélées - comme dans l'intitulé de son poste à l'Elysée, où Nicolas Sarkozy l'a recruté comme «conseiller intérieur et immigration». Ainsi, quand on lui propose de revenir par téléphone sur le discours de Grenoble, non seulement il assume, mais enfonce le clou:
«Quand on vit la réalité des policiers ou des travailleurs sociaux, sur le terrain, on s'aperçoit que la plupart des délinquants sont d'origine étrangère, relativement récente.»
On bloque sur cette quantification, à laquelle Nicolas Sarkozy ne s'est jamais risqué: plus de 50% des délinquants d'origine étrangère?! Plusieurs jours après l'interview, alors que Mediapart lui soumet les citations retenues pour son portrait, Maxime Tandonnet demande à corriger cette assertion, pour coller davantage à sa «pensée», qu'il reformule ainsi: «Beaucoup d'actes de délinquance sont commis par des personnes d'origine étrangère dans les cités sensibles ghettoïsées» «La plupart» se transforme en «beaucoup»; «les délinquants» deviennent «les actes de délinquance». Un sacré replâtrage...
Dès lors, où résident ses divergences avec un Jean-Marie Le Pen? Maxime Tandonnet, lui, n'explique jamais cette «réalité» par des raisons ethniques, mais strictement sociologiques: «Pendant 40 ans, on a fait rentrer des centaines de milliers de gens, sans s'intéresser à ce qu'ils devenaient, dans ces cités ghettos, sans volonté politique réelle de les intégrer.» Il prend d'ailleurs soin d'ajouter «que les victimes sont souvent d'origine étrangère aussi...».
En cinq ans, la liste est longue des idées qu'il a instillées chez Nicolas Sarkozy: le slogan de «l'immigration choisie», plutôt que «subie» (en 2005); le concept d'un «ministère de l'immigration et de l'unité nationale»(transformé pendant la campagne présidentielle en «ministère de l'immigration et de l'identité nationale», sous la pression de Patrick Buisson, éminence grise du Président venue de l'extrême droite); ou encore l'argumentaire étayant l'instauration de tests ADN dans le cadre du regroupement familial (en 2007).
A l'Elysée, Maxime Tandonnet a aussi perdu des batailles internes, comme lorsque Henri Guaino, plume officielle du chef de l'Etat, a réussi à promouvoir le «métissage» dans une tribune signée par Nicolas Sarkozy dans Le Monde, fin 2009. Ce terme là, le conseiller «immigration» l'abhorre.
En 2003, le haut fonctionnaire dénonçait même le «métissianisme», ce «culte»pratiqué par les bien-pensants: «Le principe du métissage est destiné à banaliser, rendre acceptable une société multiethnique (...). Il sert en vérité d'habillage idéologique à une réalité préoccupante pour notre pays: sa tribalisation croissante (...), résultat des migrations incontrôlées d'hier et d'aujourd'hui.»
Encore récemment, sur Radio courtoisie, Maxime Tandonnet lâchait: «J'ai l'impression qu'il y a dans l'idéologie dominante, une sorte de racisme inversé qui consiste à dire, en gros, que les Européens de souche, comme vous disiez, n'ont pas d'avenir...»
Interrogé sur le sujet par Mediapart, il nuance, se recale sur les positions du chef de l'Etat: «Le métissage culturel, au sens ou l'entend le président de la République dans certains discours, est une bonne chose; mais la mise en avant du métissage en tant que couleur de peau, je n'aime pas trop. Quand on parle de métissage racial, ça me rappelle certains discours d'extrême droite des années 1930-40, où le croisement des races était présenté comme le moyen de fonder une race supérieure...»
Dans son dernier essai (Immigration, sortir du chaos, paru en 2006), Maxime Tandonnet suggère que la France se fixe un «seuil» annuel à ne pas dépasser: environ 80.000 immigrés (définitifs) par an. «Je ne parle pas du tout d'un "seuil de tolérance", a-t-il précisé sur France Culture récemment, prudent. Mais, même en utilisant un autre mot, il faut avoir à l'esprit qu'on ne peut pas accueillir tout le monde d'un seul coup.»
Depuis le début des années 2000, il préconise ainsi le rétablissement du contrôle aux frontières de l'Union européenne, la suppression des visas dans les pays qui refusent de reprendre les migrants expulsés par l'Hexagone, la suppression définitive des régularisations collectives... Pour ce qui est des cas individuels, c'est autre chose. «Il passe pas mal de coups de fil pour des régularisations à titre exceptionnel, témoigne un interlocuteur qui a traité ses requêtes dans une préfecture. Son bouquin de 2006 m'a horrifié, qui expliquait les émeutes de 2005 par l'immigration, mais je dois dire qu'il a un cœur d'or...»
Maxime Tandonnet confirme ces interventions en ligne directe depuis l'Elysée, expliquant par exemple qu'il a fait délivrer des papiers à un Sri Lankais, handicapé par une balle perdue lors d'une opération de police... «Chez Maxime, c'est uniquement la plume qui est décomplexée», résume un UMP qui l'a côtoyé.
Au départ, ce haut fonctionnaire s'était plutôt trouvé des affinités avec Jean-Pierre Chevènement. «C'est lui qui a fait ma carrière (place Beauvau)», glisse Maxime Tandonnet, promu Inspecteur général de l'administration grâce au ministre de Lionel Jospin (en 2000). Très vite, cependant, il a bifurqué vers les souverainistes de droite, Charles Pasqua puis Philippe de Villiers, séduits par son combat contre la «sous-estimation» de certaines statistiques publiques sur l'immigration.
«Je me souviens de son courage, lance son ami Paul-Marie Coûteaux (ancien député européen et directeur de L'Indépendance, la revue des gaullistes souverainistes). En 2002-2003, je le croisais chez Philippe de Villiers et il nous alimentait en chiffres depuis l'intérieur du ministère, des chiffres que sa hiérarchie n'aurait pas forcément voulu nous donner...» Des chiffres qu'il est arrivé à Jean-Marie Le Pen de citer.
En 2004, Maxime Tandonnet a ainsi guerroyé urbi et orbi contre les données publiées par le patron de l'INED (l'Institut national des études démographiques), François Héran, qui évaluait seulement à 13.000 par an le nombre d'étrangers entrant sur le territoire français illégalement. «Il est anormal que la direction de l'INED ait pu détourner l'institution à des fins idéologiques, pour démontrer que l'immigration ne pose aucun problème», accuse encore aujourd'hui Maxime Tandonnet.
Mais Patrick Weil, historien de l'immigration et directeur de recherche au CNRS, cloue au pilori l'«expertise» du conseiller élyséen: «Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire qui s'est un peu spécialisé sur les questions d'immigration, comme un amateur. Il n'y connaît pas grand-chose, il est connu pour faire plein d'erreurs. Il fait partie de ceux qui exagèrent tout et s'alimentent de leurs propres fantasmes.»
En 2003, invité de l'université d'été du MPF (le parti de Philippe de Villiers), Maxime Tandonnet provoquait des frissons en annonçant: «En 2050, le tiers de la moitié de la population de la France sera constitué des migrants actuels et de leurs descendants»...
Questionné sur sa proximité passée avec Philippe de Villiers, l'intéressé tient à la relativiser. Isabelle Muller, la chargée de communication du président du conseil général de Vendée, se souvient tout de même que «Maxime Tandonnet a conseillé de Villiers au moment du référendum sur le traité européen de 2005, qu'il participait aux réunions hebdomadaires».
Un proche du patron du MPF à l'époque résume ainsi les positions défendues par le haut fonctionnaire: «Disons qu'il était à l'aile gauche du villiérisme. Alors que certains parlaient de fermer les vannes et d'expulser tous les étrangers, il proposait un moratoire sur les entrées. Quand de Villiers s'est aventuré sur le terrain de "l'immigration zéro" et de "l'islamisation de la France", Tandonnet lui a déconseillé.»
En juin 2005, au lendemain du référendum, le haut fonctionnaire a finalement rejoint le cabinet de Nicolas Sarkozy place Beauvau - «Il m'a semblé qu'il incarnait une dynamique, qu'il sortait le pays de sa léthargie», explique Maxime Tandonnet. Compte tenu de ses nouvelles fonctions, il a coupé le cordon. «Il a quitté de Villiers sur la pointe des pieds, raconte un ancien proche du président du MPF. Philippe continuait de l'appeler, avant une émission télé, mais Tandonnet a fini par ne plus décrocher...» Après mai 2005, le conseiller de Nicolas Sarkozy assure ne plus avoir revu, une seule fois, Philippe de Villiers - sauf au lendemain de la tempête Xynthia.
«Ce parcours confirme que Nicolas Sarkozy s'entoure de gens très très à droite!», résume Stéphane Maugendre, président du Gisti (association d'aide aux immigrés). La version du discours de Grenoble initialement fournie par Maxime Tandonnet a d'ailleurs été retouchée, durcie, sous l'influence notamment de Patrick Buisson, le nez collé sur les sondages et la cote du Président dans l'électorat Front national.