Mathieu Potte-Bonneville: «La triple impasse du sarkozysme»
17 Septembre 2010 Par
Comment comprendre le tour pris par la politique sarkozyste à l'été 2010, en réaction, notamment, à l'affaire Bettencourt ? S'agit-il d'un véritable virage ou d'une simple accélération ? Directeur de programme au Collège international de philosophie, membre du comité de rédaction de Vacarme et du collectif Cette France-là, le philosophe Mathieu Potte-Bonneville décrypte cette séquence politique.
Depuis le début de l'été, et notamment le démarrage de l'affaire Bettencourt-Woerth, le pouvoir traverse une phase pour le moins bousculée. Comment analysez-vous ses réactions, et notamment l'accentuation de son discours sécuritaire et xénophobe ?
Le sentiment de bousculade que vous évoquez est pour le moins ambigu. D'un côté, il laisse l'impression chez les promoteurs de cette politique d'une forme d'impréparation, de surenchère voire de cacophonie qui confinent à la panique – en atteste, à mon sens, la circulaire adressée au début du mois d'août aux préfets, et qui est au cœur du conflit actuel avec les instances européennes : la rédaction de ce texte me semble d'une imprudence et d'une brutalité très éloignées de la minutie avec laquelle, jusque-là, les mesures prises à l'encontre des immigrés prenaient soin d'anticiper sur les reproches de stigmatisation de masse qui pourraient leur être opposés.
Mais d'un autre côté, cette précipitation suscite dans l'opinion une forme de tétanisation dont nous avons appris, durant les premiers mois de la présidence Sarkozy, qu'elle faisait partie de l'arsenal déployé par le pouvoir : faire pousser, chaque jour, de hauts cris étouffés, dès le lendemain, par l'annonce d'une nouvelle mesure ; obliger la presse à courir derrière le surgissement de chaque nouveau problème ; en bref affoler l'agenda – ce que les socialistes avaient, semble-t-il, perçu cet été en tâchant maladroitement de ne pas répondre tout de suite au discours de Grenoble.
Cela ne veut pas forcément dire que le pouvoir feint d'être désorienté, là où ses mouvements s'inscriraient dans une stratégie mûrement concertée ; tout se passe plutôt comme s'il tâchait de miser sur sa propre capacité d'improvisation pour tenter, mais en l'absence cette fois de tout scénario clair, de contraindre les Français immergés dans cette accélération à une forme de perte de repères.
On pourrait donc, de ce point de vue, parler d'une nouvelle phase dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy ?
Cette réédition suggère une interprétation : si l'acteur paraît, cette fois, jouer la même pièce sans texte, c'est que le texte sur lequel il s'était auparavant appuyé est devenu impraticable.
Songeons, en effet, à trois des principales ressources que Nicolas Sarkozy avait mobilisées pour assurer son élection et orchestrer le début de sa mandature : premièrement, sa propre omniprésence et sa capacité à incarner à lui seul tous les rôles dans la conduite d'une politique ; deuxièmement, l'effacement des frontières entre vie publique et privée, et la tentative pour donner aux aléas de sa vie conjugale une importance égale au programme qu'il entendait conduire pour le pays ; troisièmement, la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, pierre d'angle de la rupture dont il avait fait le leitmotiv de sa campagne.
De ces trois côtés, l'impasse est patente. La posture omniprésidentielle s'est heurtée, discrètement d'abord puis de manière de plus en plus voyante, à une inquiétude croissante de l'opinion vis-à-vis des remparts institutionnels et du sort réservé aux contre-pouvoirs, et l'on sent percer – y compris dans une partie de la droite libérale, sénatoriale notamment, sensible à l'héritage de Montesquieu – le souci qu'à l'exhibition de la volonté fasse contrepoint une République où le pouvoir arrête le pouvoir.
L'effacement de la limite entre public et privé a trouvé, en l'affaire Woerth-Bettencourt, un cruel point final : étrangement, on a peu remarqué (précisément parce que nous sommes soumis à une forme de dictature de la mémoire courte) combien la mise au jour de ces relations de proximité conjugale, sociale, financière et politique rendait impossible le type de mise en scène de soi qui avait prévalu au début du quinquennat, obligeant désormais nos gouvernants à se replacer dans une posture strictement politique, toute interrogation sur la vie privée ne pouvant plus s'opérer que sous le signe du soupçon.
Enfin, le débat sur l'identité nationale, dont frappait déjà l'absence de nouveauté (il s'agissait somme toute de reprendre, à la virgule près, des motifs qui avaient fait leur temps d'avoir innervé le discours pré-électoral, ce qui laisse songeur quant à la capacité de ce pouvoir à se renouveler), a été unanimement considéré comme un échec.
La prise de conscience de cette impasse par le pouvoir, même s'il ne s'agit certainement pas pour lui de reconnaître publiquement son échec, expliquerait l'ouverture de cette nouvelle séquence ?
C'est en effet sur le fond de cette triple impasse qu'il faut, à mon avis, interpréter la séquence actuelle, et la façon surtout dont les thèmes de l'immigration et de la délinquance ont été explicitement mis en relation : ce croisement, évidemment risqué pour un pouvoir jusque-là soucieux de se disculper de toute accusation de xénophobie, permet de réorienter l'action présidentielle en tâchant d'échapper à ces voies de recours épuisées.
D'abord, parce que l'invocation de la sécurité est un argument classique pour opposer, à la revendication de diviser les pouvoirs, la nécessité d'une action publique recentrée autour d'une autorité forte, là où les démocraties sont volontiers suspectes d'impuissance vis-à-vis de ce qui les menace (la campagne de communication à laquelle nous assistons ces jours-ci autour du renforcement des risques liés au terrorisme en fournit une illustration supplémentaire : quelle que soit la réalité de ce risque, les acteurs mêmes de la lutte antiterroriste semblent plutôt perplexes quant à l'opportunité de lui donner un écho public).
En d'autres termes, à la figure d'une omniprésidence extensive, succède celle plus traditionnelle d'une souveraineté illimitée, mais resserrée sur sa dimension régalienne. Dans le même temps, s'efface du paysage le risque de voir évoqués les liens privés entre le pouvoir et ses soutiens – ce n'est pas seulement qu'une affaire chasse l'autre, et que les campements roms font oublier les terrains de Chantilly ; il s'agit surtout de changer de registre, de rendre en quelque sorte à l'Etat sa majuscule en se positionnant sur le terrain du maintien de l'ordre, terrain où la distinction est la plus nette entre l'Etat et la société.
Comme on dit, le président a remis son costume de ministre de l'intérieur – et un ministre de l'intérieur, c'est bien connu, n'a pas de vie privée... Enfin, la référence à la nation se voit par là décrochée de la dimension culturelle où le débat sur l'identité avait voulu l'inscrire, ce qui laisse d'ailleurs relativement sans prise ceux qui voudraient contester la politique actuelle au nom de la culture rom : il s'agit maintenant, pour l'Etat, de parer la menace que des étrangers font peser sur les biens et les personnes des nationaux, et de défendre (à travers la déchéance de nationalité) l'Etat et ses représentants contre ceux qui veulent attenter à son autorité.
Il est assez frappant, au passage, que l'arbitrage rendu à propos de la déchéance de nationalité ait exclu d'étendre cette mesure aux cas de polygamie, non seulement, à mon avis, pour des raisons techniques (l'expulsion de roms susceptibles de revenir est, à cet égard, une aberration administrative tout aussi grande) mais parce que la hantise des polygames appartient encore au registre précédent, identitaire et culturel ; de même, je fais le pari que si le débat sur la burqa refait un tour de piste, on verra rapidement pointer l'argument du terrorisme. Retour, en somme, de l'Etat-nation (ce qui rend pour moi, je le note au passage, assez malencontreux le choix du slogan « touche pas à ma Nation » pour la pétition initiée par Libération et SOS-racisme).
Mais tout cela est-il franchement nouveau, ne peut-on pas y voir une caractéristique plus générale du sarkozysme : l'association entre des politiques publiques déjà mise en œuvre par la droite avant son élection et un style de gouvernement en revanche différent, plus personnel et autoritaire ?
Dans le très beau livre qu'ils viennent de faire paraître, Pourquoi désobéir en démocratie ?, Albert Ogien et Sandra Laugier proposent une analyse intéressante de la polarité autour de laquelle s'organisent les formes de gouvernement contemporain. Insistant sur l'avènement de ce qu'ils nomment une « numérisation du politique », savoir une façon de conduire l'action publique assujettie à la quantification, à l'analyse statistique et prédictive (politique du chiffre et du résultat que nous avons appris à connaître), ils notent aussi: «L'introduction d'une logique du résultat et de la performance s'accompagne, de façon systématique, de l'affirmation insistante de l'idée selon laquelle pour que l'action publique soit efficace, les institutions d'Etat doivent être dirigées par un vrai patron », et ajoutent : « Cette idée est étayée par une imagerie héroïque » (A. Ogien et S. Laugier, Pourquoi désobéir en démocratie ?, La Découverte, 2010. p. 145).
Il y a là un apparent paradoxe, ou tout au moins une tension entre la modernité anonyme de dispositifs dont l'arithmétique est censée fonder le caractère raisonnable, et l'archaïsme ou la brutalité d'un culte du chef dont le pouvoir se mesure à la capacité d'instaurer des clivages, là où l'analyse, la statistique tendraient à lisser et intégrer les aspérités du social. Toutefois, d'une part ce couplage rend raison d'une grande part de la politique d'immigration actuelle – les analyses menées par le collectif Cette France-là ont bien montré que, si le fait d'atteindre annuellement les quotas de reconduite à la frontière était constamment mis en avant, c'est aussi que ces prévisions étaient les seules que l'on puisse être assuré de tenir, permettant ainsi de donner une illustration éclatante de l'efficacité du chef de l'Etat.
D'autre part – et c'est cela qui nous intéresse aujourd'hui –, cette polarité autorise des interprétations différentes, selon que l'on fait porter l'accent sur l'un ou l'autre de ses termes. Tantôt (et ce fut le cas durant la première partie de cette mandature) on insiste sur le fait que le pouvoir du “chef” se subordonne en quelque sorte aux contraintes que font peser sur lui les conditions nécessaires à obtenir des résultats, les engagements politiques ne constituant alors que la traduction volontariste de ces données inscrites dans le réel et indifférentes à toute position partisane ou idéologique (ce fut un leitmotiv de campagne : « Cela, ce n'est pas une idée de gauche ou de droite... »).
Tantôt, c'est l'inverse : la fixation d'objectifs chiffrés, la production même de données quantifiées sont priées de se soumettre à l'expression de la volonté souveraine et des partages qu'elle opère, quitte à entrer dans une arithmétique proprement délirante, ce qu'a clairement illustré l'annonce par Brice Hortefeux d'une augmentation de 259% des actes de délinquance commis par des Roumains durant les dix-huit derniers mois (Laurent Muchielli a clairementdémontré l'inanité de ce chiffre). La saisissante déclaration de Pierre Lellouche, l'hiver dernier, anticipait clairement sur cette tendance ; en visite à Bucarest le 11 février, il a affirmé : «La plupart des difficultés que nous rencontrons au niveau de la criminalité et de la délinquance en France sont liées, à 90%, à des gens qui détiennent un passeport roumain.»
Comme me le faisait remarquer le sociologue Fabien Jobard, il s'agit là de quantifier non la criminalité et la délinquance, mais bien leur rapport avec les « difficultés », ce qui est imparable autant qu'invérifiable ; et on pourra méditer un instant sur cette réalité mathématique nouvelle que constitue ce « 90 % de la plupart ». Ce qu'il faut comprendre, c'est que le rôle du chiffre, ici, change de fonction et d'allure ; il ne surplombe plus l'action publique comme son cadre, mais devient l'expression d'une menace d'abord intuitivement perçue, au travers de laquelle le sentiment présidentiel rejoint comme d'un trait l'exaspération supposée de ses concitoyens. Nous n'avons là, donc, ni une stricte continuité, ni une franche rupture, mais une manière pour le sarkozysme de pivoter sur son axe.
Comment analyser l'élément nouveau que constitue la stigmatisation d'un groupe, les Roms ? Procède-t-elle de cette politique déjà ancienne qui consiste à accoler immigration à identité nationale ?
Sans doute les Roms ont-ils été très tôt enrôlés dans la mise en place de la politique du chiffre initiée par le ministère de l'immigration : en 2009 déjà, la Halde notait dans l'une de ses délibérations que 8470 Roumains avaient étés rapatriés l'année précédente, soulignant qu'ils constituaient près du tiers des reconduites à la frontière, et notant que ces expulsions étaient notablement plus nombreuses que lorsque ces personnes n'étaient pas ressortissantes de la communauté européenne (cité par Cette France-là, tome 2, 2010, p. 318). Il n'en reste pas moins qu'ils constituaient jusqu'ici une sorte de réserve, permettant simplement d'améliorer les statistiques, et aussi abondamment sollicitée que peu mise en avant dans la communication du ministère.
Aussi la décision de brandir le « problème rom » (dont Pierre Lellouche regrettait dans un entretien sur France Inter qu'il ne figure pas comme tel dans les traités européens !) n'est-elle pas négligeable. Outre qu'elle fait fond sur un climat d'hostilité sensible dans de nombreux pays d'Europe (on se souvient des émeutes aux allures de pogrom qui ont eu lieu en 2008 en Italie), elle me paraît suggérer deux hypothèses d'interprétation principales.
Premièrement, ce choix atteste d'une crise assez profonde dans la politique d'immigration menée par le ministère ; jusque-là, celui-ci était surtout soucieux de présenter ses mesures répressives comme le revers nécessaire d'une promotion de « l'immigration choisie », et d'attester par là de sa capacité à restaurer le prestige de la volonté politique. D'immigration choisie, il n'est plus guère question, à la fois du fait de la portion congrue réservée à ce thème dans les actions effectives du ministère, et des priorités nouvelles que la crise financière et économique l'a contraint à afficher, interdisant toute tentation d'expliquer que l'on compte, à terme, favoriser une quelconque immigration de travail.
Quant à la mise en scène de la volonté politique, elle bute en quelque sorte sur sa propre réitération. Là où le choix d'une politique énergique laissait à penser, au départ, que l'on allait enfin trancher avec l'impuissance passée, le retour perpétuel de mesures toujours plus restrictives jette une ombre étrange sur l'action précédente du ministère : cela laisse soupçonner que rien de ce que l'on avait entrepris jusque-là ne suffisait vraiment, et se demander du coup si ce que l'on s'apprête à faire pourra un jour suffire. Au-delà d'une certaine lassitude de l'opinion, on assiste à ce qu'il faudrait nommer, pour parodier Marx, une baisse tendancielle du taux de profit politique : l'énergie investie pour restreindre encore les droits des étrangers s'accroît en proportion inverse du bénéfice électoral de ces mesures, au risque de voir l'exhibition de la puissance se retourner à brève échéance en constat d'impuissance (pour le plus grand profit du Front national).
A cet égard, le choix de mettre en avant les Roms peut être lu non seulement comme la conquête d'un territoire encore relativement vierge, sorte de nouvelle frontière de la phobie migratoire, mais comme une façon de déplacer cette dialectique de la puissance et de l'impuissance ; car s'il est difficile d'expulser les Roms, ce n'est pas parce que la politique française se heurterait à ses propres limites internes ; c'est bien plutôt que l'on s'affronte au statut de ressortissants européens de ces derniers, de sorte qu'il y a là un défi où le gouvernement français peut dire s'affronter à des obstacles qui ne lui incombent pas.
J'ajoute que le couplage entre immigration et délinquance trouve ici un nouveau motif : à l'heure où le bilan de la présidence Sarkozy sur les questions de sécurité ne peut plus, lui non plus, se défausser sur le laxisme de ses prédécesseurs, mais se voit contraint d'être jugé à sa propre action continuée, il est extrêmement précieux que les délinquants puissent être dits venir de l'étranger, et interrompre ainsi cette sorte de confrontation de soi à soi qui menace l'exercice sarkozyen du pouvoir.
Et quelle serait l'autre piste possible d'interprétation de l'usage de la question rom ?
Elle renvoie précisément à l'Europe, et à la confrontation à laquelle cette question donne lieu aujourd'hui au sein de l'Union. Il faut ici être très prudent. Je ne veux certes pas dire que cet affrontement ait été prévu – il y a même tout lieu de penser que le gouvernement tablait à la fois sur les multiples restrictions que l'Union européenne a déjà mises à la liberté de circulation, sur la bienveillance de ses voisins et sur une certaine pusillanimité de la Commission européenne.
Mais comme je le disais en commençant, l'exercice du pouvoir déploie aujourd'hui une grande énergie à tenter de tirer profit de ses propres égarements et vicissitudes (pour reprendre une formule de Michel Foucault que j'aime beaucoup, il mène « un perpétuel travail de la norme dans l'anomie »). Or, si l'on admet l'hypothèse que je soulevais tout à l'heure, si nous assistons bien à un rapatriement massif sur une défense de l'Etat-nation où la préservation de l'identité culturelle compte moins que l'affirmation de la souveraineté face à ce qui la menace, alors il faut bien reconnaître que cette rhétorique a un horizon naturel – la guerre – et un obstacle historique – l'Europe, en tant qu'elle interdit de se ressourcer en cherchant querelle aux nations voisines.
L'Afghanistan est loin, et le terrorisme incertain : quel adversaire collectif, alors, trouver sur le sol européen ? Que le gouvernement soit passé d'une politique envers les étrangers qui contournait jusqu'ici leur assignation communautaire, à la stigmatisation en masse d'un groupe ethnique précis, doit porter à méditer ceci : les Roms constituent aujourd'hui, en Europe, la seule nation qui ait osé tout à la fois se poser comme telle, se revendiquer extérieure au jeu historique des puissances européennes, et en appeler à l'Europe comme instance supra-nationale apte à dénouer enfin les rapports entre nation et Etat.
Il faut relire ce qu'il y a dix ans, Emil Scuka, secrétaire général de l'Union internationale des Roms, répondait dans Libération aux questions de Marc Semo : « A la différence des autres, la nation rom n'est pas limitée à un territoire. Il n'est donc pas question d'un Etat avec des frontières bien précises, mais d'une nation non territoriale qui en même temps représente notre identité spécifique. (...) La reconnaissance de la nation rom peut être vue de deux manières. D'une part, on peut dire que l'Europe elle-même est en train de devenir une réalité supranationale. Une citoyenneté européenne commune est en train de s'affirmer, en même temps que se maintient l'appartenance à telle ou telle nation. On se sent déjà toujours plus européen français ou européen allemand... alors pourquoi pas européen rom? Nationalité et citoyenneté ne doivent pas nécessairement coïncider. » (« Nous voulons la reconnaissance d'une nation rom non territoriale », Libération, 25 juillet 2000.)
Qu'au moment où le pouvoir semble avoir tout intérêt à recycler la thématique épuisée de l'identité, via une invocation de la nation identifiée à l'action d'un chef d'Etat soucieux de sécuriser son territoire, il choisisse de s'en prendre à une communauté dont le propre est de faire éclater ce triangle, ne peut manquer d'interpeller et d'inquiéter. Cela leste d'enjeux très graves les remous que suscite cette politique dans les instances européennes, et depuis peu dans les relations franco-allemandes, par exemple : dans ces turbulences, tout autant que l'histoire du sort fait aux minorités ou le motif parfois ressassé de la guerre civile, se laisse percevoir comme un lointain écho de l'histoire des guerres en Europe, et comme une mise en cause de la promesse politique de paix dont l'Union européenne est, originairement, porteuse.