LA DIAGONALE DES FOUS
Jacques GUYON 25/09/2010
Il est des jours où l'on a envie de crier «aux fous». Même si souvent les fous ne sont pas ceux que l'on croit. Ou ceux qui en ont le plus l'air. Ainsi qu'est-ce qui est le plus fou ? Qu'une femme, accusée d'avoir fait exécuter son mari, soit exécutée alors qu'elle souffre d'un profond retard mental ou bien que le gouverneur de Virginie ait laissé jeudi soir le bourreau de la prison de Greensville lui injecter une dose mortelle dans les veines ? Qu'est-ce qui est le plus dément ? Cette femme au coefficient intellectuel largement au-dessous de la normale et dont les aveux ont toujours été contestés par les militants abolitionnistes aux Etats-Unis ou la Cour suprême américaine qui a laissé exécuter Teresa Lewis alors qu'en 2002 cette même cour avait pourtant décidé d'interdire qu'on mette à mort des personnes mentalement déficientes ?
N'est-il pas complètement insensé de penser que les deux assassins aient eux échappé à la peine capitale et que malgré les protestations de l'Union européenne et la campagne de presse aux Etats-Unis un gouverneur ait choisi de faire de Teresa Lewis la première femme exécutée en Virginie depuis 1912 ?
Où est la logique ? Demandez donc à Mahmoud Ahmadinejad... Le président iranien qui n'en finit pas de faire scandale en profitant de la tribune que lui offre l'assemblée générale de l'ONU à New York, ne vient-il pas de trouver dans cette affaire une nouvelle preuve de la duplicité du grand Satan ? Jouant sur le registre de l'indignation, Ahmadinejad n'a pas hésité à comparer le cas de Teresa et celui de Sakineh, cette mère de famille iranienne de 43 ans condamnée à la lapidation dans une affaire d'adultère ! Fou, cet Ahmadinejad ? Pas tant que ça.
Au pays des échecs, on peut être un dictateur écrasant les aspirations démocratiques de tout un peuple tout en maîtrisant parfaitement la diagonale du fou... A l'inverse d'un Kadhafi qui s'enferme de plus en plus dans sa bulle mégalomaniaque, aucune des provocations du président iranien n'est due à l'improvisation. Bon petit soldat du «fascisme vert», il sait mieux que tout autre alimenter le complexe de victimisation et la soif de revanche des masses contre l'Occident présenté comme le grand ordonnateur à travers les siècles de tous les maux des musulmans opprimés.
Et ce délire-là fonctionne ! Ainsi, qui, en dehors des délégations des Etats-Unis et de l'UE, a quitté la salle de conférence de l'ONU en signe de protestation minimum quand il a osé jeudi déclarer que les attentats du 11 septembre étaient dus à «quelques éléments à l'intérieur du gouvernement américain» qui les avaient «orchestrés pour inverser le déclin de l'économie américaine et son emprise sur le Moyen-Orient de manière à sauver le régime sioniste» ? La réponse est dans la question.