Martine Aubry ou la tacleuse de bac à sable
Richard Trois
Vous l'avez sans doute déjà lu. Au questionnement de Ségolène Royal sur l'abstention, phénoménale, Martine Aubry a répondu par un méchant tacle.
Comme quelqu'un qui se sentirait directement visé, on se demande bien pourquoi, Martine Aubry a lancé à l'attention de l'ex-candidate à la présidentielle, selon Europe 1 : "avec le même statu quo, en 2007, Ségolène aurait été élue. Elle a eu 47%, moi ce soir, j'ai eu 53%", citant le résultat de toute la gauche.
Passons vite sur le ridicule de la situation, celle qui consiste à comparer une élection nationale à 80% de participation, la présidentielle de 2007, à 2016 élections locales à 45% de participation en moyenne, les cantonales d'hier.
Passons vite mais rappelons quand même qu'à chaque fois que Martine Aubry est un peu poussée dans ses retranchements ou doit improviser, elle livre une bonne grosse gaffe pour être gentil, voire une belle bêtise si l'on veut l'être moins (et gentil on a de moins en moins envie de l'être avec elle à vrai dire) : la gaffe de la retraite à 60 ans, l'aveu du pacte de Marrakech, celui de la triche du congrès de Reims (c'est pas moi, c'est Fabius), etc ...
Si l'on doit s'arrêter à cette petite phrase, c'est qu'il y a matière à s'interroger sur les raisons profondes qui ont amené ce « tacle » de bac à sable venant une nouvelle fois de Martine Aubry.
L'abstention « premier parti de France » déclarait Ségolène Royal. Et c'est le moins que l'on puisse dire quand on voit que dans le Val-de-Marne l'abstention dépasse les 75%, ou qu'à Lille-Sud-Ouest dans le fief de Martine Aubry, l'abstention dépasse les 67% ...
Au lieu de répondre sur le fond de la question liée à cette abstention phénoménale, Martine Aubry répond par une attaque. Une attitude d'agression qui signe un aveu celui de l'incapacité à mobiliser, l'inaptitude à parler à l'électorat populaire. On sent Martine Aubry comme prise dans un piège. Elle sait qu'elle ne sait pas faire mais chez ces gens madame, monsieur, on n'avoue pas, on ne reconnaît pas d'erreur, quand on est coincé, on tacle.
Quitte à se ridiculiser ...
Un peu comme le tacle débile Jospin sur l'âge de Chirac, pendant la campagne présidentielle de 2002. Les chiens ne font pas des chats et les Jospinistes n'enfantent pas des Mitterrandiens.
Ce tacle cache le malaise de cette « victoire » en trompe-l'oeil des cantonales.
Cette comparaison est aussi révélatrice de ce qui travaille au corps, jour et nuit, Martine Aubry. Son illégitimité à la tête du parti. Face à une Ségolène Royal forte de sa désignation comme candidate du PS à 60% en 2006, de sa qualification au second tour de la présidentielle malgré les attaques de son propre camp et de son arrivée en tête des motions au congrès de Reims alors qu'on la croyait liquidée, Martine Aubry traine comme un boulet sa « nomination » par un quarteron d'apparatchiks réunis dans le riad de DSK à Marrakech.
Alors Martine Aubry se cherche un table de chasse avec ces cantonales. Et clame haut et fort un hypothétique 53% obtenu à force d'additions et malgré une abstention record de 55%. On le lui aurait peut être bien volontiers accordé, si elle avait été capable d'imposer les termes du débat politique, si elle n'avait pas laissé le terrain libre aux Copé, Guéant et autres Sarkozy qui choisissent le terrain de jeu et si Martine Aubry n'avait pas en permanence joué la stratégie du silence, rasant les murs médiatiques pour préserver ce qu'elle croit être sa pelote sondagière.
Le cinéma de l'humilité devant les caméras aura en tout cas été de courte durée.
Humble, il y a pourtant de quoi l'être particulièrement quand on constate les scores du Front National dans le Nord-Pas-de-Calais sytématiquement entre 30% et 45%. Humble, il pourtant de quoi l'être quand on voit que la stratégie de Martine Aubry aboutit à ce que le Front National gagne des reports de voix venant de la gauche comme l'on démontré LeMonde.fr et MediaPart.
Aussitôt les caméras parties et malgré les chiffres, il aura suffit d'une question pour que Martine Aubry se lâche.
En tout cas, on sait maintenant comment faire sortir Martine Aubry de ses gonds.
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