Manifestations: «un rite de réparation pour le PS»

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  Par Lénaïg Bredoux & Stéphane Alliès 04/11/2010

 

A chaque défilé contre la réforme des retraites, depuis deux mois, le Parti socialiste s'affiche au bord des cortèges comme les autres partis et mouvements de gauche. Samedi 6 novembre, ce sera encore le cas pour la huitième journée d'action depuis la rentrée. Une façon de réaffirmer leur opposition au projet de Nicolas Sarkozy et de choyer l'image sociale du Parti, voulue par la première secrétaire, Martine Aubry, avec l'élection  présidentielle de 2012 en ligne de mire.

 

Sur la forme, la rupture est nette après plusieurs années de relations parfois très tendues entre le premier parti de gauche et le mouvement social, quand les socialistes subissaient régulièrement, en manifestation, sifflets, quolibets, voire jets de boules de neige (comme François Hollande à Guéret en 2005), après les déceptions de la gauche plurielle et l'appel à voter oui au Traité constitutionnel européen.

 

Aujourd'hui, le député Michel Sapin, proche de François Hollande, nuance l'impression: «Le PS aurait été interdit de manif avec n'importe quel leader du PS, du fait de la proximité avec l'exercice du pouvoir et de l'existence alors de mouvements sociaux bien plus radicaux. Le désir d'alternance d'aujourd'hui conduit à la responsabilité, tandis que les radicalités perdent de leur vigueur avec le temps qui passe.»

 

 

Cette fois, «on a globalement été bien accueillis dans les cortèges, malgré la symphonie à plusieurs tonalités du PS», estime Razzy Hammadi, secrétaire national du PS aux services publics, proche de l'aile gauche du parti et du porte-parole Benoît Hamon. Un sentiment partagé par les autres organisations politiques interrogées: «les gens voulaient que la gauche soit là, et qu'elle soit unie», dit Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste.

 

«Contrairement à d'autres époques, ils n'ont pas été hués, avec un accueil plutôt favorable. Massivement, les gens dans les manifs ont pensé que c'était bien que l'ensemble de la gauche soit présente», ajoute Sandra Demarcq, responsable du NPA, chargé notamment des retraites.

 

Le politologue spécialiste du PS, Rémi Lefebvre, considère que «ce mouvement a fonctionné comme un rite de réparation pour le parti socialiste, par rapport au passif accumulé vis-à-vis des syndicats dans les mobilisations sociales antérieures. Désormais, il peut prendre place en nombre dans des cortèges sans rougir, là où c'était tout juste impossible il y a trois ans.

 

Le parti a réinitialisé son image au sein de la gauche». Frédéric Sawicki, professeur de science politique à l'université Paris-I, voit aussi un léger mieux: «le fait que le PS ne suscite pas d'enthousiasme, ce n'est pas neuf. Mais qu'il ne suscite plus de rejet, c'est énorme. Le PS est en train de regagner malgré tout une position de respectabilité, de satisfaction raisonnable.»

 

Le démarrage avait pourtant été particulièrement chaotique. En janvier, Martine Aubry avait ainsi envisagé d'allonger le départ à la retraite «vers 61 ou 62 ans», avant de se rétracter devant la contestation suscitée par ses propos (lire «A 60, 61, 62 ans? Martine Aubry a-t-elle vraiment battu en retraite?»).

 

Depuis lors, la première secrétaire a tout fait pour rectifier ses propos, multipliant les déclarations pour rappeler son attachement au cap symbolique des 60 ans et s'engageant à revenir sur le projet du gouvernement en cas de victoire lors de la prochaine élection présidentielle. Le PS a aussi participé – même en pointillés, et essentiellement par l'intermédiaire de son aile gauche – au collectif national sur les retraites et aux rassemblements unitaires, multipliant les contacts avec les dirigeants syndicaux.

Mais les socialistes n'ont pas forcément pour autant dissipé les doutes des électeurs. 

 

«Le PS avait compris que les retraites étaient une question centrale et qu'il était impossible d'être absent des mobilisations», juge Martine Billard, députée de Paris et porte-parole du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. «Les gens sont contents que l'ensemble de la gauche soit présent dans le mouvement mais ils n'ont pas forcément confiance pour la suite, notamment sur la question des 60 ans», ajoute-t-elle. «Il y a la forme et le fond, et sur le fond, on n'est pas dupes», abonde Sandra Demarcq (NPA).

 

 

Certaines personnalités du PS ont d'ailleurs fait des déclarations sur l'avenir du régime des retraites bien peu dans la ligne du parti, renforçant la confusion autour de la position officielle. Manuel Valls a ainsi affirmé dans uneinterview à La Tribune, que «l'augmentation des annuités de cotisation est inévitable» et que «nous savons bien que nous ne reviendrons pas tous aux 60 ans». Un argumentaire repris en partie par François Hollande, dans Le Monde: «Chaque fois que la vie s'allonge, il faut allonger la durée de cotisation.»

 

Michel Sapin justifie cette démarcation de François Hollande: «certes, les surenchères à la gauche du parti ont créé de la réaction chez François ou Manuel, mais il ne fallait pas oublier d'être en responsabilité, plutôt que de succomber à la tentation de perdre son identité de socialiste face au mouvement social.» Pour Razzy Hammadi, au contraire, «on a encore clairement été handicapé par le boulet social-libéral, qu'on continue à traîner.

 

C'est un peu le syndrome Domenech, on perd en 2002, on reste dans le formol pendant dix ans, mais ceux qui ont perdu et nous ont laissés dans le formol estiment que ce sont eux qui vont nous faire gagner».

 

Dans le mouvement, «il y a plutôt un attentisme et une non-confiance sur la question des 60 ans» vis-à-vis du PS, avance Martine Billard, et «le doute sur sa crédibilité politique persiste», selon Pierre Laurent. Frédéric Sawicki partage cet avis et estime que «le scepticisme d'une partie importante des électeurs de gauche par rapport au PS et à sa capacité à changer les choses n'a pas disparu (...). Les gens de gauche ne se font pas d'illusions sur le fait que le PS pourrait revenir radicalement sur cette réforme des retraites, argumente-t-il. Le PS est vu comme un moindre mal, moins violent, moins brutal que Sarkozy mais pour qui l'orientation reste qu'il faut faire des sacrifices. On n'attend pas le retour à 1981. On espère juste que le PS sera plus doux.»

 

Le PS tire actuellement bénéfice à la fois de l'ancrage à gauche voulu par Martine Aubry et de la fermeté du président de la République, toujours plus impopulaire. En ne cédant sur rien, «Sarkozy offre un élément de programme fort au PS pour cibler un électorat vu en déshérence politique par rapport à la gauche et lui permet d'apparaître dans la tradition de ses valeurs, de justice sociale et d'équité.

 

Beaucoup s'en satisferont», explique Frédéric Sawicki. Il n'est pas sûr pourtant que cela suffise pour remporter l'élection présidentielle. «A la question de savoir qui va sortir renforcé du mouvement, cela dépendra de la qualité des réponses ensuite apportées aux exigences sociales. Et là, la visibilité dans les cortèges ne suffira pas», avertit Pierre Laurent. «Tout l'enjeu est désormais de pouvoir offrir un débouché politique, et pas seulement électoraliste», confirme Razzy Hammadi.

 

Ce responsable de l'aile gauche du PS veut croire que Martine Aubry tiendra la ligne pour la suite: «contrairement à ce que croient certains chez nous, il y a une attente sociale gigantesque et ce mouvement n'est que l'acte I du débat sur la redistribution des richesses. La question n'est pas de savoir si on est gagnants ou pas, mais de montrer qu'on a compris le sens des messages adressés par les mobilisations.»

 

Pour Rémi Lefebvre, «la question sous-jacente essentielle de ce mouvement, c'est le renforcement des liens syndicaux avec le PS. Quand Aubry dit qu'elle a eu Chérèque et Thibault tous les deux jours au téléphone, cela marque tout de même un changement fort dans ce que pouvaient être leurs relations antérieures». Le politologue, professeur à l'université de Reims, pense que c'est surtout Martine Aubry qui sort gagnante de cette séquence: «Elle a largement su conserver la ligne d'unité affichée à La Rochelle, qui renforce toujours plus sa légitimité. La situation ne servant pas franchement les envies de retour de Strauss-Kahn, Aubry a clairement intérêt à conserver le centre de gravité du parti à gauche, car ça la rend incontournable. Quitte à se recentrer par la suite.»

 

Michel Sapin relativise ce constat à la lecture du passé du PS: «Le parti sort renforcé, et mécaniquement Martine Aubry, qui a parfaitement exercé son rôle, aussi. Mais être renforcée comme première secrétaire n'assure pas automatiquement d'être investie comme candidate à la présidentielle. Le passé montre que c'est plus compliqué que cela...»

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Publié dans PS

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