Malgré les annonces très optimistes Grèce : les banques en font le minimum
Les poussières des discours triomphants qui ont suivi l'annonce, jeudi, du nouveau plan de sauvetage de la Grèce, sont retombées. Le décor qui émerge aujourd'hui est radicalement différent de ce qui avait été avancé par les dirigeants européens. Les décisions«courageuses », censées sauver la Grèce et l'euro, sont loin de tenir leurs promesses.
Les premières analyses faites par des interlocuteurs d'horizons très différents aboutissent aux mêmes conclusions. « Le plan pour la Grèce est insuffisant », assure Jean Pisani-Ferry, chef économiste de l'institut Brügel.« La restructuration de la dette grecque n'est pas à un niveau suffisant pour restaurer la solvabilité de la Grèce à long terme », insistel'économiste américain Nouriel Roubini. « L'impact du plan européen sur la dette grecque est limité. (...) Le volume de la dette sera bien supérieur à 100% du PIB pour de nombreuses années encore, et le pays restera confronté à des risques significatifs pour ce qui est de la mise en œuvre des réformes budgétaires et économiques », a justifié l'agence Moody'saprès avoir dégradé une nouvelle fois la note grecque, estimant le risque de défaut à « virtuellement de 100% ».
Mais où sont passées les centaines de milliards d'euros annoncés jeudi soir et qui devaient apporter un soulagement radical à Athènes ? Si le deuxième plan d'aide de 109 milliards d'euros, financés par les autres pays de la zone euro, est assuré, c'est la contribution « volontaire »
© Reutersdes créanciers privés qui reste obscure. Intentionnellement ou non, les communications officielles ont mélangé les chiffres, les stocks bruts de dettes et les efforts réellement consentis, donnant le sentiment d'un soutien massif qui risque finalement de n'être pas du tout à la hauteur des enjeux.
Comme l'avaient demandé les banquiers assis à la table des négociations lors du sommet européen, les banques se voient proposer un menu à la carte dans le cadre de la restructuration de la dette grecque. Quatre formules ont été arrêtées pour les obligations arrivant à échéance d'ici à fin 2012 : les banques peuvent soit échanger leurs titres, soit les rééchelonner contre des nouveaux titres à 30 ans, soit accepter un rachat avec une décote de 20%, soit prendre des titres sur 15 ou 30 ans. Les taux variant dans le temps et selon les formules (voir communiqué qui présente les différentes options).
Cette restructuration à la carte engendre un certain flou sur l'effort réel des créanciers privés. L'institut de finance internationale, qui a représenté le lobby bancaire dans toutes les tractations, avance les chiffres de 54 milliards d'euros entre 2011 et 2014, et de 135 milliards d'euros jusqu'à 2020. Les montants impressionnent : une telle contribution ne peut qu'aider la Grèce. Dans les faits, cela sera beaucoup moins. Ces chiffres sont des stocks bruts de la dette grecque arrivant à échéance d'ici à 2020, pas ceux de la contribution des banquiers.
Selon les estimations de l'Institut de la finance internationale lui-même, publiées dans son communiqué, le rachat avec décote de 20% pourrait se traduire par une perte de 13,5 milliards d'euros pour le système financier. Comparé aux 300 milliards de dettes accumulées par la Grèce, cette remise semble sans portée : c'est moins de 4,5% de son endettement. Une goutte d'eau.
Un endettement réduit de 10 % à 20 %
Pour les banques, l'opération est beaucoup moins douloureuse qu'il n'y paraît. La décote imposée de 20% – un chiffre assez proche de celui retenu pour lesfameux tests de résistance bancaire – est bien plus faible que celle des marchés : la valeur des titres grecs a baissé de près de 50%. En échange d'une dette risquée, les banques recevront des titres plus sûrs, nantis par d'autres titres obligataires ayant la garantie européenne. Une partie des sommes avancées par le fonds européen de stabilité financière servira à la Grèce pour acheter ces titres. En un mot, la Grèce va s'endetter un peu plus pour offrir de nouvelles garanties à ses créanciers.
On comprend le soulagement des banquiers, qui ont su, par ailleurs, éviter une taxation. Dès lundi matin, François Pérol, président de la fédération française de banque et président de la BPCE, assurait sur Europe-1 que l'impact de la Grèce sur les banques françaises serait limité : « pour les clients, ça ne se verra pas, nos réserves vont absorber ces provisions, elles sont là pour ça », a-t-il expliqué. D'après les premières estimations d'analystes bancaires, l'ensemble des provisions sur les titres grecs coûterait 1,4 milliard d'euros aux banques françaises et 843 millions aux banques allemandes.
Parallèlement à l'échange de titres avec une décote, il est prévu par les autorités européennes des opérations de rachat de titres. Celles-ci devraient se traduire par une diminution de 12,6 milliards d'euros de la dette grecque. Là encore, ces chiffres ne semblent pas à la hauteur des besoins de l'économie grecque.
Le Financial Times estime que l'ensemble des mesures ne parviendra qu'à diminuer l'endettement de la Grèce que de 7%. D'autres analystes la chiffrent entre 10% et 20%, selon les modes de calcul retenus et les choix arrêtés par les banquiers.
Quoi qu'il en soit, tous estiment que cette restructuration ne va pas assez loin pour offrir un vrai soulagement à l'économie grecque. Dans ce contexte, tous les gestes européens – des 109 milliards apportés dans le cadre d'un nouveau plan de sauvetage à la baisse des taux d'intérêts ramenés entre 3,5% et 4% – risquent d'être réduits à néant. Les partenaires de la Grèce vont s'endetter sans apporter une aide réelle à Athènes.
Tout en continuant de crouler sous les dettes, l'économie grecque, en pleine récession et avec un chômage de plus de 15%, n'a guère de chance de se relever au vu du programme d'austérité et de privatisations massives imposé. La charge de la dette risque de revenir rapidement insoutenable. Avec ce plan, l'Europe risque, une fois de plus, de n'avoir acheté qu'un peu de temps.