Main au portefeuille, pied dans la porte
Près de douze millions: c'est le nombre de Français en audience cumulée - l'interview était en effet diffusée à la fois sur TF1 et France 2... - qui ont regardé jeudi soir Nicolas Sarkozy expliquer comment à Bruxelles il nous avait non seulement sauvés mais aussi le monde entier de la «catastrophe». Une rafale de sondages devrait vite nous dire si une majorité d'entre eux ont été convaincus. Ou, au contraire, s'ils rejoignent les critiques de l'opposition qui n'ont vu jeudi qu'un «exercice d'enfumage» du candidat non déclaré à sa réélection.
En attendant ces sondages dont Nicolas Sarkozy nous a dit (et ceci alors même que jamais l'Elysée n'y avait eu autant recours que sous l'actuelle présidence...) à quel point ils lui sont indifférents, il est un point de l'accord qui est passé relativement inaperçu. Un point qui pourtant pourrait bien s'avérer bien plus préoccupant que de savoir si le candidat Sarkozy Nicolas, qui pointait comme jamais derrière le président Nicolas Sarkozy jeudi soir, a réussi en surfant sur la crise à regagner des parts de confiance dans l'opinion. Ce point, évacué assez rapidement par le président, c'est celui de l'aide financière de la Chine à l'Europe.
Même si rien n'est fait, on ne peut en effet se satisfaire de la manière dont Nicolas Sarkozy a cherché à rassurer en expliquant qu'il ne voyait rien à redire au fait que la Chine qui achète du dollar puisse aussi, dès lors où l'Union est son premier client, acheter de l'euro... Certes mais comment ne pas redouter que celui qui vous achète vos dettes ne cherche à vous les faire chèrement payer? Daniel Cohn-Bendit a été le premier - avant François Hollande - à s'inquiéter de cette «aberration chinoise» craignant que l'Europe n'ait choisi par là de «se livrer pieds et poings liés aux pays émergents».
Certains experts commencent déjà à expliquer que la Chine achètera peut-être de la dette européenne mais que non seulement elle ne signera rien qui l'expose directement à la crise mais qu'elle entend bien en tirer un maximum d'avantages. Elle aurait d'ailleurs bien tort de ne pas profiter de l'occasion pour réclamer cette place plus importante au sein de l'OMC qui lui est toujours refusée mais aussi pour faire lever l'embargo sur les armes qu'elle subit depuis les évènements de la place Tiananmen.
Si sur ce dernier point, la France - premier marchand d'armes en Europe... - ne se ferait sans doute pas trop prier, on a le plus grand mal à comprendre comment Nicolas Sarkozy pourrait s'ériger comme il l'a fait jeudi en gardien intransigeant d'échanges commerciaux équilibrés. On aimerait qu'il nous explique comment on peut accepter l'argent des Chinois, leur vendre des armes mais leur interdire désormais (ce qu'on n'a jamais réussi jusqu'alors...) l'entrée de leurs produits au prétexte de dumping social.
Et il n'est pas sûr qu'une deuxième séance de pédagogie sarkozienne nous aide à mieux comprendre.