Les socialistes ou l'indécision volontaire
31 Août 2010 Par
Elle naviguait en mère peinarde, sur la grand-mare aux éléphants… Après l'université d'été de La Rochelle, le PS de Martine Aubry a imposé le couplet des copains d'abord à l'opinion, décalant de six mois au moins la question du candidat à la présidentielle de 2012, afin d'avancer sur le projet des socialistes. Tout irait donc dans le meilleur des mondes, et pourtant l'on ne peut se résoudre à adhérer totalement à la radieuse mise en scène rochelaise, revenant surtout à présenter l'indécision du moment comme une force pour la suite.
Question leadership, le constat est simple, tel que l'a résumé pour nous Claude Bartolone la semaine dernière: «C'est la co-existence Aubry/DSK qui protège le parti. C'est parce que la question de la candidature est évacuée, que l'on peut s'intéresser au fond et au programme. Si tout va bien, c'est aussi parce qu'on sait que, de toute façon, on aura un bon candidat.»
Du coup, heureusement qu'il y a les outsiders pour ne pas complètement vider la future primaire de son sens, après lui avoir déjà fait perdre de sa substance (la confrontation des idées entre les trois grands leaders – DSK, Aubry, Royal – déjà abandonnée au profit d'un arrangement de coulisses), et alors que la base militante s'est inquiétée ce week-end de sa propre capacité à organiser une telle consultation populaire.
Oui, heureusement qu'il y a ceux pour qui l'affirmation de projet propre n'effraie pas, certains s'engageant pour exister et faire entendre leurs voix (Hollande, Montebourg, Valls), et que d'autres le feront s'ils jugent avoir un espace et une ligne à défendre (Moscovici si Strauss-Kahn n'y va pas, Hamon si Aubry se désiste).
Reste l'interrogation Ségolène Royal, dont les proches ont jugé à La Rochelle qu'elle avait mené «une très bonne séquence, où elle a été omniprésente, revenue au premier plan», mais qui sont conscients de devoir «franchir encore des étapes, l'une après l'autre et sans précipitation», avant qu'elle ne se risque à afficher à nouveau son ambition présidentielle et éventuellement retrouver des soutiens parmi les cadres intermédiaires du parti l'ayant aujourd'hui délaissée. Prochaine «étape»: sa fête de la fraternité, prévue le 18 septembre prochain à Arcueil.
Pour l'heure, c'est donc l'indécision qui règne, et qui semble même être savamment organisée par les entourages, sans que l'on parvienne vraiment à être convaincu que Strauss-Kahn comme Aubry aient franchement envie de se présenter. Objectif: éviter de partir trop tôt, et examiner en temps utile la situation et le contexte politique, afin de choisir le mieux placé.
Alors DSK ne parle pas et laisse les sondages (et les sondeurs) plaider sa cause. Au moins a-t-il réussi à faire disparaître d'un coup toute critique dans son parti, sur l'orientation sociale-libérale qu'il continue d'incarner. Désormais chez les socialistes, il y a ceux qui n'y croient pas et ceux qui ne voient pas le problème d'un directeur du FMI qui va passer tout son premier semestre 2011 à faire cause commune avec Nicolas Sarkozy, pour convaincre le G20 de réguler (au moins un peu) le capitalisme.
Du côté d'Aubry, c'est la «stratégie de la tortue» qui continue (lire notre analyse post-régionale). Légitimée comme chef de parti, rejoindra-t-elle la cohorte des premiers secrétaires socialistes qui ont renoncé à la présidentielle (c'est-à-dire tous, depuis François Mitterrand en 1981)? En tout état de cause, elle confirme jour après jour ne pas être animée du feu sacré présidentialiste. Mais elle ne l'était pas non plus au moment de se présenter au poste de premier secrétaire.
Enfin, ils sont nombreux parmi les cadres et grands élus du parti à confier leur volonté d'«attendre de voir le vainqueur» pour se ranger derrière lui. Et l'on ne compte plus les discussions informelles avec ceux qui imaginent déjà la répartition des rôles dans le futur gouvernement socialiste. Comme si l'unité affichée était surtout le produit de la future vague de recrutement massif dans les ministères et leurs cabinets.
Sur le projet, on ne peut pas reprocher au parti de ne pas travailler. Les ténors et jeunes pousses sont sollicités pour coordonner conventions (International avec Fabius, Egalité réelle avec Hamon) et forums (Education avec Julliard et Monthubert, Institutions avec Valls), le Laboratoire des idées de Christian Paul fournit notes sur notes, la première secrétaire apporte elle-même ses contributions au débat (notamment le Care), le parti se mobilise sans se précipiter pour réagir aux interpellations de la droite sur la sécurité (le 2 octobre avec Urvoas et Rebsamen).
Pourtant, le sentiment d'un programme en point d'équilibre permanent laisse craindre une déclaration d'intentions contentant les divers courants du parti, mais n'arrangeant au fond aucun des potentiels candidats devant porter ce projet devant les électeurs. Comme l'exprime le strauss-kahnien Jean-Jacques Urvoas: «On n'élit pas un porte manteau! Le projet et les propositions sont deux choses différentes. Le parti donne une matrice, permettant de mûrir des propositions du candidat. Si celles de Ségolène passaient mal en 2007, c'est qu'elles n'avaient pas été mûries auparavant par le candidat.»
Pour l'heure, les orientations des conventions sont surtout le produit de discussions au sommet, entre les poids lourds du parti. Les débats militants qui s'ensuivent ne passionnent guère les sections, dont les amendements sont ensuite rediscutés par les mêmes poids lourds, avant l'adoption d'un texte permettant à chacun de pouvoir s'y reconnaître. Si l'effort de synthèse est généralement assez remarquable, on a du mal à comprendre pourquoi ces discussions de poids lourds ne s'expriment pas publiquement, permettant de revitaliser le débat interne et offrant à la société civile et aux «partis frères» de s'immiscer dans la réflexion socialiste. Puisque les rancœurs et les inimitiés n'ont plus lieu d'être, qu'y a-t-il à craindre de tels affrontements sur le fond?
Autre rengaine, indéniable et martelée par les caciques du PS nouveau: les intellectuels reviennent. Mais on a quand même souvent droit aux mêmes que sous Jospin, et ils sont rarement critiques, jeunes ou inattendus. Un membre du cabinet d'Aubry le reconnaît, mais justifie: «On moins reviennent-ils. Auparavant, ils n'étaient même pas invités.» Ce que l'on entend moins, mais que confie un haut dirigeant socialiste, c'est un autre retour, «massif» à l'en croire, celui des hauts fonctionnaires. Parfois même ceux qui avaient rallié la droite après Sarkozy (dans les cabinets d'Eric Besson ou de Jean-Marie Bockel). Et un sociologue, qui lui n'a jamais quitté le compagnonnage du parti, d'exprimer ce qu'ils sont de plus en plus nombreux à redouter: «Cela risque de renforcer un “discours techno”, de plus en plus axé sur la responsabilité et la crédibilité, et de moins en moins dans l'alternative et les idées radicalement nouvelles.»
Des débats auxquels on a pu assister, on aura retenu de vieilles antiennes pas franchement novatrices. Une pincée de croissance verte, une priorité annoncée à l'éducation, de vagues intentions sur l'Europe comme sur la «valeur travail à revaloriser», une République nouvelle annoncée du bout des lèvres, sans que n'en soient jamais réellement précisés les contours… Si ça ne peut pas faire de mal à la France, on se demande encore si ça fera du bien à la gauche.
Dernier pilier du triptyque de l'inquiétude, face à l'incertitude socialiste, le rapport aux alliés. «Personne à gauche ne pourra gagner tout seul», a-t-on entendu dans la bouche de tous les membres de la direction du PS. Mais si la sentence est archi-répétée, on voit surtout se dessiner une «gauche plurielle +», avec des alliés accédant à des fauteuils un brin plus confortables que les strapontins d'antan.
La preuve de la fin de l'hégémonie tant clamée s'exprime essentiellement autour des accords législatifs (uniquement avec les Verts, le PCF ayant dû insister pour obtenir audience à Solférino début septembre). Mais sur le programme, on a davantage écouté à La Rochelle des moqueries sur l'illusion de la sortie du nucléaire, que des appels vibrants à la définition d'un projet partagé.
Pour le reste, ils sont peu nombreux à craindre Eva Joly, et sont beaucoup plus à critiquer au mieux «une erreur de casting», au pire «une candidature qui ne tiendra pas la distance». Quant à Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Besancenot, dont il faut reconnaître qu'ils ne goûtent guère l'idée d'un quelconque partenariat avec le PS, aucune invitation ne leur a été faite. De même qu'il n'y avait aucune délégation communiste (ni même radicale ou chevènementiste) présente lors du discours de clôture de Martine Aubry.
Pourtant, si personne à gauche ne pourra gagner tout seul, il faudra bien tenter de gagner avec au moins l'un de ses représentants de «l'autre gauche». A moins de miser sur la même résolution de l'équation que pour le MoDem, et escompter être suffisamment fort pour gagner à deux (avec les écolos), en misant sur le seul rejet de Nicolas Sarkozy pour s'assurer d'une victoire qui serait déjà jouée.
Ce serait méconnaître la force de l'adversaire, mais aussi les messages de l'électorat de ces dernières années. Et ce serait se laisser piéger par les charmes de l'indécision, qui n'ont jusqu'ici jamais fait une stratégie.
* * *
L'impression dominante de ces journées de La Rochelle est qu'il est urgent d'attendre 2011. Une impression de déjà vu en 2006 avec les résultats que l'on sait.
La seule chose positive est l'élaboration d'un "projet" socialiste qui est en cours, mais il faudrait ne pas attendre janvier 2012 pour le présenter aux Français.
Un projet et un programme, ca a besoin de mûrir dans l'esprit de nos concitoyens, il faut du temps pour imposer des idées nouvelles. Ne faisons pas l'erreur de présenter un catalogue de contre-réformes anti-sarkozystes.
Certes, depuis quelques mois Sarkozy fait tout pour aider la gauche à revenir aux affaires, mais attention, il peut aussi avec beaucoup de cynisme et de mauvaise foi faire porter le chapeau de son échec à la gauche - dite rétrograde et sans idées - qui a sans cesse été un osbtacle à ses réformes... même si c'est pure imagination, avec ses bons relais médiatiques, Le Figaro, TF1, Europe 1, BFM/RMC et autres... il en a les moyens
Jean Pierre PERNAUD et ses confrères passent tout de même plus souvent à la TV que la totalité des responsables de la gauche réunis
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