Les politiques anesthésient le secteur de la santé
Elie Arié 28/09/2010
La politique de santé, menée en France depuis des années, est gérée par des ministres qui ne connaissent rien à la gestion de la santé. Élie Arié prescrit son remède pour sauver notre système de soins.
Ayant eu à aborder les problèmes de santé avec de nombreux hommes politiques, parfois de premier plan, je me suis souvent demandé pourquoi -à quelque bord qu’ils appartiennent- ils ont, dans ce domaine, un comportement si différent de celui qu’ils adoptent dans tous les autres.
Les politiques recherchent le plus de pouvoir possible, c’est même leur raison d’être et ce qui les définit : or en matière de politique de santé, ils fuient le pouvoir comme la peste et ne pensent qu’à refiler la patate chaude. Quand vous cherchez à discuter de santé avec des politiques, ils ne l’abordent que sous l’angle de l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie, proposent des mesures soit d’ augmentation des recettes, soit de baisse des dépenses, soit différentes combinaisons des deux. Et ils repassent ensuite le bébé aux ministres supposés compétents pour le reste, et qui sont très souvent des médecins, c’est-à-dire ceux qui ont la vision la plus fausse du problème : car si les médecins connaissent bien la maladie, ils ne connaissent en général rien à la santé.
Entendons-nous bien : je suis le premier à ressasser que l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie constitue la condition fondamentale de sa survie et la meilleure garantie contre sa privatisation, à rappeler que c’est toujours la droite qui a creusé ses déficits et la gauche qui a rétabli ses équilibres. Mais peut-on en rester là, et se décharger des problèmes politiques sur des « professionnels spécialistes», quasiment apolitiques ? Peut-on dépolitiser la politique de la santé ?
Imagine-t-on, par exemple, que la politique de Défense soit confiée à un ministre qui serait d'office un militaire de carrière, qu’on attirerait son attention sur l’interdiction de dépasser son budget et qu’on rajouterait : « le reste (faut-il une arme nucléaire ? faut-il une armée de métier ou rétablir la conscription ? etc…), ce ne sont pas des problèmes politiques, ce sont des problèmes techniques, on n’y connaît rien. C’est vous le professionnel, c’est vous qui voyez, faites pour le mieux ?». Or, c’est comme ça qu’est traitée la politique de santé.
La politique de santé qui est, comme toutes les autres, une affaire de décisions structurelles et de choix de priorités reposant sur un certain nombre de valeurs, devrait faire l’objet de décisions politiques prises par un ministre qui serait un politique, après avoir pris les avis –de préférence contradictoires- d’une armada d’ « experts » : professionnels de la santé, économistes de la santé, spécialistes de santé publique, etc…, qui ne seraient que des conseillers techniques, mais pas des décideurs politiques.
Je me suis souvent interrogé sur les raisons de cette peur des politiques de s’engager dans la santé, et suis arrivé à cette conclusion : on sait, depuis le rapport Lalonde de 1974 (pas notre écologiste : le ministre de la Santé du Canada !) que l’état de santé d’une population dépend pour 15% environ du système de soins du pays, et pour 85% de multiples facteurs tels que les conditions de travail, le niveau d’éducation, les conditions de logement, l’environnement au sens large du terme, le type d’alimentation, les comportements à risque, etc… ; et que vouloir agir sur la santé, c’est obligatoirement devoir agir dans à peu près tous les domaines de la société. Une fois qu’on commence à tirer sur le fil « santé », c’est toute la pelote de la société qui se déroule ; et que cela n’est possible qu’à un président de la République à la fois omnipuissant et capable de braver simultanément tous les corporatismes et toutes les situations acquises… donc, obligatoirement, suicidaire. Personnage qui n’existe pas.
Les politiques recherchent le plus de pouvoir possible, c’est même leur raison d’être et ce qui les définit : or en matière de politique de santé, ils fuient le pouvoir comme la peste et ne pensent qu’à refiler la patate chaude. Quand vous cherchez à discuter de santé avec des politiques, ils ne l’abordent que sous l’angle de l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie, proposent des mesures soit d’ augmentation des recettes, soit de baisse des dépenses, soit différentes combinaisons des deux. Et ils repassent ensuite le bébé aux ministres supposés compétents pour le reste, et qui sont très souvent des médecins, c’est-à-dire ceux qui ont la vision la plus fausse du problème : car si les médecins connaissent bien la maladie, ils ne connaissent en général rien à la santé.
Entendons-nous bien : je suis le premier à ressasser que l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie constitue la condition fondamentale de sa survie et la meilleure garantie contre sa privatisation, à rappeler que c’est toujours la droite qui a creusé ses déficits et la gauche qui a rétabli ses équilibres. Mais peut-on en rester là, et se décharger des problèmes politiques sur des « professionnels spécialistes», quasiment apolitiques ? Peut-on dépolitiser la politique de la santé ?
Imagine-t-on, par exemple, que la politique de Défense soit confiée à un ministre qui serait d'office un militaire de carrière, qu’on attirerait son attention sur l’interdiction de dépasser son budget et qu’on rajouterait : « le reste (faut-il une arme nucléaire ? faut-il une armée de métier ou rétablir la conscription ? etc…), ce ne sont pas des problèmes politiques, ce sont des problèmes techniques, on n’y connaît rien. C’est vous le professionnel, c’est vous qui voyez, faites pour le mieux ?». Or, c’est comme ça qu’est traitée la politique de santé.
La politique de santé qui est, comme toutes les autres, une affaire de décisions structurelles et de choix de priorités reposant sur un certain nombre de valeurs, devrait faire l’objet de décisions politiques prises par un ministre qui serait un politique, après avoir pris les avis –de préférence contradictoires- d’une armada d’ « experts » : professionnels de la santé, économistes de la santé, spécialistes de santé publique, etc…, qui ne seraient que des conseillers techniques, mais pas des décideurs politiques.
Je me suis souvent interrogé sur les raisons de cette peur des politiques de s’engager dans la santé, et suis arrivé à cette conclusion : on sait, depuis le rapport Lalonde de 1974 (pas notre écologiste : le ministre de la Santé du Canada !) que l’état de santé d’une population dépend pour 15% environ du système de soins du pays, et pour 85% de multiples facteurs tels que les conditions de travail, le niveau d’éducation, les conditions de logement, l’environnement au sens large du terme, le type d’alimentation, les comportements à risque, etc… ; et que vouloir agir sur la santé, c’est obligatoirement devoir agir dans à peu près tous les domaines de la société. Une fois qu’on commence à tirer sur le fil « santé », c’est toute la pelote de la société qui se déroule ; et que cela n’est possible qu’à un président de la République à la fois omnipuissant et capable de braver simultanément tous les corporatismes et toutes les situations acquises… donc, obligatoirement, suicidaire. Personnage qui n’existe pas.
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