Les élus ont fait payer à la droite la « facture » des réformes locales
La grogne des élus locaux, née avec la réorganisation des services publics, a atteint un point d'orgue avec les réformes fiscale et territoriale.
« Il y a là bien évidemment le signe d'une opposition forte par rapport à une réforme territoriale et à des modes de financement nouveaux qui fragilisent la gestion des collectivités locales », déclarait hier le maire, PS, de Lyon, Gérard Collomb, pour expliquer le vote, dimanche, des grands électeurs. Et Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes, de renchérir en y voyant « le rejet d'un pouvoir qui, [...] non content de se décharger sur les collectivités locales, leur impose un mouvement de recentralisation dont le symbole est la réforme territoriale ».
A gauche, dès dimanche soir, il ne faisait donc guère de doute que ces réformes comptaient pour beaucoup dans la défaite de la majorité présidentielle. Mais à droite aussi, des voix se sont élevées pour dire en substance la même chose, d'Hervé Morin (NC) à Nicolas Dupont-Aignan (DLR) en passant par l'UMP Philippe Richert. « Le climat général autour de la réforme des collectivités a joué », admettait hier le ministre des Collectivités territoriales.
C'est sans doute dès le début du quinquennat que les petits élus locaux ont commencé à être troublés. Avec le remodelage des cartes des différents services publics : casernes, tribunaux, hôpitaux... Souvent menées à la hussarde, ces réorganisations de l'Etat dans les territoires ont fait naître un mécontentement croissant dont le point d'orgue s'est traduit par cette image inhabituelle d'un Premier ministre sifflé dans l'enceinte, pourtant plutôt oecuménique, du congrès des maires de Paris en 2009.
Visée, la réforme de la taxe professionnelle. Mais le projet de loi sur la réforme territoriale voté à la fin de l'année 2010 dans la douleur a carrément braqué nombre d'élus. Le PS a d'emblée déclaré que, s'il arrivait au pouvoir, l'une de ses premières décisions serait d'abroger cette réforme territoriale. La mesure figure dans son projet 2012, qui prévoit notamment d'engager « un acte III de la décentralisation assurant l'autonomie financière et de gestion des collectivités ».
Jean-Pierre Bel, le président du groupe PS au Sénat, promet de renouer avec les élus locaux, s'il est élu au plateau samedi. « D'ici à la présidentielle, nous voulons être une force de proposition, indique-t-il aux « Echos » Nous voulons retisser les liens avec les élus locaux mis à mal par la majorité sortante. Nous souhaitons organiser des états généraux des élus locaux pour voir comment donner un nouveau souffle à la décentralisation. Nous allons aussi revenir à la charge sur le pacte fiscal que nous avions déjà défendu dans une proposition de loi. »