Le Web, miroir déformant de la contestation populaire?

Publié le par DA Estérel 83

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Nouvel épisode de notre série sur le peuple dans les médias. Les émissions de libre antenne ouvrent le débat tant à la radio que sur le Web. Si ces internautes ne représentent qu’eux-mêmes, ils portent néamoins une parole que l’on n’entend plus forcément ailleurs.


Les médias, ce ne sont pas que de grands éditorialistes et des interviews sous les dorures de la République, parfois on y parle des tracas de la vie quotidienne. Surtout dans les médias destinés à un public plutôt populaire. En triant et en lisant les commentaires, on ressent parfaitement le décalage entre les préoccupations du public, ou du moins d’un certain public, et les discours des élites censées les représenter. Sur la page Facebook de l’émission de Jean-Jacques Bourdin, un internaute résume parfaitement la situation : « Les gens sont à mille lieux des préoccupations PS/UMP/FN. Ils ont bien trop de problèmes à gérer dans le quotidien, il y a un malaise général et c'est parce que la base est pourrie, les gens ne se sentent ni en sécurité ni rassurés, on sait que tout peut arriver. Alors les politiques ils sont bien gentils mais dans le quotidien il n’y a personne et c'est là qu'on attend du concret : travail, pouvoir d'achat, santé, logement ».

C’est souvent grâce à ce genre d’émission et à leurs débats sur le Web que les problèmes politiques évoqués à l’Assemblée, dans des rapports obscures, s’incarnent dans des personnes, des exemples concrets. Par exemple, l’évolution du prix du pain est certes le résultat d’une spéculation sur le cours des matières premières, elle est aussi le fruit des expériences quotidiennes des consommateurs de base : « Qui mange quotidiennement de la baguette de nos jours ? Les nantis sans doute ? Il faudrait voir à ne pas nous raconter de salade car la baguette n'est plus un produit de consommation courante : demandez à un smicard ce qu'il en pense! », raconte un autre internaute sur la page de Bourdin. Une boulangère tient toutefois à nuancer : «Pour avoir tenu une boulangerie il y a quelques années je peux dire que ce n'est pas le boulanger qui profite le plus de ces augmentations mais les meuniers et autres intermédiaires ».
ACTEUR ET PAS CONSOMMATEUR DE L'INFO
Ces discussions sont une façon de voir que l’auditeur a aussi une opinion à défendre, des expériences à partager, il ne fait pas que boire la bonne parole de Duhamel ou d’autres éditorialistes de service. Il veut et sait aussi interagir avec les journalistes. Car le but de ces émissions est de permettre à chacun de s’exprimer que ce soit à la radio ou sur le Web, quel que soit son diplôme ou ses réseaux. Le but est d’en faire des acteurs et non de simples consommateurs de l’information.

Autre exemple, dans le cadre de la matinale de Bourdin, RMC a lancé début avril un débat sur les prix de l’énergie, les internautes étaient invités à participer via un forum.   On y lit surtout de fortes récriminations à l’égard d’EDF qui n’est plus perçue comme une entreprise de service public. « Lorsque EDF et GDF étaient des sociétés d'Etat, les prix étaient raisonnables puis on nous a dressé contre "les employés nantis" de ces entreprises qui garantissaient un service irréprochable afin de mieux les privatiser pour gaver des actionnaires au détriment du service public » raconte, par exemple, Jief69. « Un grand pays démocratique se doit de faire maîtriser par l'Etat la production et la distribution de l'énergie électrique et du gaz. La nationalisation de ces énergies est vitale » ajoute Drareg.

LE WEB N'A PAS INVENTÉ LE RACISME
Même exemple avec l’émission « Les auditeurs ont la parole » de RTL qui s’appuie sur un blog appelant à la participation des auditeurs. On compte notamment de nombreuses réactions au sujet de la prime de 1000 euros promise par Nicolas Sarkozy. Les débats pointent surtout l’inégalité de la mesure. « Et les toutes petites entreprises, vous savez, celles qui n'ont que deux ou trois employés pour "faire tourner la boutique" et qui n'ont que le SMIC, ceux-là vont faire "tintin", comme d'habitude » dit Peupeusse. Même avis de Nathanaëlle : « Les fonctionnaires ont de la chance : ils ont l'indice bloqué pendant deux ans et n'auront pas de prime en fonction des dividendes... puisqu'il n'y en a pas ». « Les autres citoyens, les petits retraités , les chômeurs, ils passent "à la trappe". Pourquoi pas un blocage des prix mais sur une période courte, dès l'instant que cela concerne tous les citoyens et non pas une minorité ? » réclame de son côté Toscamo.

Bien évidemment, ces internautes ne représentent qu’eux mêmes, il serait vain d’y voir un thermomètre fidèle de ce que pense la population dans son ensemble. Il y a toujours des commentaires plus que limites mais ce n’est pas le Web qui a inventé le racisme ou la violence verbale. Dans ces espaces de commentaires, le Web ne fait que relayer, sûrement de manière amplifiée, les dérapages qui existent déjà au quotidien dans la société. Un miroir déformant en quelque sorte. Et à l’heure où l’opinion n’existe dans l’esprit de bien de dirigeants politiques qu’à travers les statistiques des sondages, c’est sans doute là qu’on peut y lire une certaine contestation populaire, sans doute exagérée, mais qui a le mérite d’exister. Mais pas encore celui d’être écoutée en haut lieu.
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Publié dans Medias

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