Le scénario de Royal
Ces temps-ci, les amis de Martine Aubry et de François Hollande n'ont pas de mots méchants contre Ségolène Royal. Les raisons de cette mansuétude ne sont pas compliquées à trouver. La présidente de Poitou-Charentes est distancée par ses deux rivaux, elle n'est donc plus leur rivale. Dès lors, Martine Aubry et François Hollande la ménagent, conscients l'un et l'autre qu'ils auront besoin d'elle et de ses voix au second tour de la primaire.
Pourtant, le scénario d'un duel final Aubry-Hollande en octobre prochain est-il d'ores et déjà gravé dans le marbre? Les experts électoraux de Solferino sont formels: Ségolène Royal, disent-ils, n'a aucune chance de revenir dans le jeu. Son style déroutant aurait définitivement lassé l'électeur de gauche. Trop de paillettes, pas de fond, expliquent-ils.
Ils mettent en avant un signe qui ne tromperait pas: tous les grands élus PS prennent position pour Hollande ou Aubry, et aucun - à l'exception de Jean-Jack Queyranne - ne s'est aventuré à miser une pièce sur la candidate de 2007.
Plus personne n'y croit donc, sauf elle. Elle estime que le rocambolesque feuilleton de la primaire PS n'est pas terminé et que l'on n'a encore rien vu. Pour qu'il en soit ainsi, il faudrait que l'un des deux favoris - Hollande ou Aubry - connaisse un trou d'air et que les lignes bougent. Ce scénario n'est pas invraisemblable.
Dans les mois qui viennent, les électeurs de la primaire vont prendre le temps d'affûter le regard qu'ils portent sur Martine Aubry et François Hollande, deux personnalités qui tentent pour la première fois d'accéder à l'Élysée.
Si Martine Aubry ne parvient pas à manifester davantage d'appétit pour la fonction, l'électeur de gauche pourrait se mettre à douter. Si François Hollande n'arrive pas à se départir de son côté «ancien premier secrétaire», la dynamique dont il bénéficie pourrait s'émousser. Ségolène Royal attend ce moment-là et compte le provoquer en rejouant la petite musique de 2007.
Elle pense disposer d'un argument de poids: elle seule saurait comment battre Nicolas Sarkozy puisque celui-ci l'a battue lors du match précédent. Dans son discours, elle prendra des libertés avec le projet PS, qui sur bien des aspects lui semble assez éloigné des réalités et donne trop de gages à la «gauche bobo».
Si l'alchimie se produit en sa faveur, Solferino se prépare à une nouvelle épreuve. Ségolène Royal a toujours suscité des passions violentes et contradictoires. Surtout au PS.