Le retrait de Borloo laisse le centre-droit perdu dans la nature

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

La claque. Sympathisants, militants et élus proches de Jean-Louis Borloo ont du mal à avaler la pilule. «On est dépité. On est orphelin de candidat», déclare Véronique Lartigue, l'amie de trente ans, qui avait retroussé ses manches début septembre pour relancer l'association de soutien «O comme Oxygène».

«Je ne trouve pas ça génial, ni sur le fond, ni sur la forme», ajoute-t-elle. Jean-Louis Borloo a choisi le plateau du 20h de TF1 pour annoncer à ses troupes et potentiels électeurs qu'il ne se lancerait pas dans la bataille. «Je n'aurais pas fait comme ça», ponctue l'avocate. Pas sur TF1. Pas non plus sans prévenir les siens. Car personne – ou presque – n'était au courant.

 

Jean-Louis Borloo, plateau du 20h de TF1, 2 octobre 2011Jean-Louis Borloo, plateau du 20h de TF1, 2 octobre 2011© TF1
Certains sentaient bien que sa détermination faiblissait depuis quelques jours: «La semaine dernière on s'est réunis avec lui entre députés radicaux, on a parlé du basculement du Sénat, on voyait bien qu'il se posait des questions. Il disait: je ne veux pas être le diviseur», rapporte Michel Zumkeller, député radical du Territoire de Belfort.

 

Mais personne n'avait vu le coup venir. Et ils digèrent mal d'avoir été tenus à l'écart. Sur Twitter, le "community manager" du Parti radical, Jonathan Blum (@jonblum), écrivait : «Qu'est-ce que vous voulez que je dise... Je suis cocufié.» Un tweet largement repris... avant d'être retiré par son auteur.

Dans la même veine, un député radical – qui préfère ne pas donner son nom «parce qu'on est déjà suffisamment dans la mouise» –, disait ceci à Mediapart, quelques heures après l'annonce de Borloo sur TF1: «Il nous plante un poignard dans le dos. On y a cru, on s'est bien fait avoir. La moindre des choses aurait été de nous prévenir.» Amertume exprimée par Dominique Paillé, dans un entretien au JDD«L'aventure présidentielle est aussi une aventure collective, je respecte sa décision personnelle, mais j'aurais aimé qu'au moins ceux qui étaient autour de lui aient été convenablement informés.»

Tout autant tenu à l'écart, Jean-Christophe Lagarde, président exécutif du Nouveau Centre, laisse entrevoir ce que sera la suite des événements pour les centristes: «Je respecte la décision de Jean-Louis Borloo, mais pour moi, là, il vient de se retirer de la vie politique. Il ne peut plus être le leader de cette famille.»

Jean-Louis Borloo peut-il encore diriger le Parti radical? Un congrès a été annoncé pour début 2012 par Laurent Hénart, le secrétaire général du Parti radical, mais ce n'est, pour l'instant, pas à l'ordre du jour: «Nous n'en avons pas parlé. Jean-Louis n'a pas dit ce qu'il voulait faire. Il est théoriquement élu président jusqu'à l'automne 2012», répond le député de Meurthe-et-Moselle. «En planifiant ce congrès, j'ai simplement voulu rappeler que le Parti radical était démocratique, qu'on décidait ensemble de ce qu'on faisait pour la présidentielle, si vous voyez ce que je veux dire.»

Lui non plus n'a pas été prévenu officiellement. Au téléphone, silence gêné, puis réponse tout en nuances: «Hélas, il faut un peu de retenue dans ces cas-là, sinon ça casse votre communication.»

Une candidature de moins, une chance de plus

De son côté, l'UMP ne boude pas son plaisir. Et derrière les déclarations louant «le sens des responsabilités de Jean-Louis Borloo», c'est le soulagement qui se dessine. Nadine Morano se réjouit même de voir «que (sa) famille politique, avec toutes ses sensibilités, (allait) maintenant se mettre en ordre de bataille pour gagner la présidentielle derrière»Nicolas Sarkozy. Christian Estrosi parle d'un «ami responsable et intelligent qui doit retrouver toute sa place dans la majorité».

On en revient donc toujours aux alliances (que Mediapart a déjà évoqué ici). Jean-Louis Borloo a-t-il négocié un ministère avec Nicolas Sarkozy? Des investitures pour les législatives? Dans son entourage, on se défend d'un rapprochement avec l'UMP. «On n'a pas fait l'Ares pour des deals, mais pour recomposer une famille qui a éclaté en 2007», rétorque Jean-Christophe Lagarde.

Pourtant, Hervé de Charette, député du Maine-et-Loire, l'un des seuls à avoir discuté ces derniers jours avec Borloo de son retrait, sous-entend l'exact contraire: «On va voir. Vu la conjoncture, on va voir.» Autrement dit, dans l'optique des législatives à venir, les centristes n'ont aucun intérêt à se couper totalement de l'UMP, ce qu'ils n'ont d'ailleurs jamais fait. Les députés du Nouveau Centre savent qu'ils doivent leur siège aux accords passés avec l'UMP en 2007, pour qu'il n'y ait pas de candidat de la majorité présidentielle face à eux. Quant aux élus radicaux, la plupart n'ont pas encore quitté le groupe UMP de l'Assemblée et restent très réticents à le faire (lire ici notre précédent article).

Outre Nicolas Sarkozy, la non-candidature de Borloo en réjouit un autre: Hervé Morin, dont l'appétit politique est depuis longtemps affiché. Sa première réaction a été un message sur Twitter dans lequel il écrit que «(sa) détermination n'a jamais été aussi forte». Message appuyé par Yvan Lachaud, président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée: il estime que les centristes devront désigner un candidat à la présidentielle, malgré le retrait de Jean-Louis Borloo, pour que «leurs idées soient entendues au printemps 2012».

Mais pour beaucoup, ce candidat n'est certainement pas Hervé Morin: «Je lui souhaite bon courage. Après un an et demi de candidature, quand on est toujours scotché à 1%, difficile d'incarner l'espoir», tranche Jean-Christophe Lagarde.

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Publié dans UMP

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