LE RETOUR DE LA LOI DU TALION

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre Jacques GUYON 18/09/2010

Mais où s'arrêtera donc le populisme? Jusqu'où notre pays va-t-il s'abîmer? Jusqu'où va-t-on aller dans la suffisance ridicule, la morgue et la démagogie? Après l'épisode des Roms et cette circulaire qui a indigné l'Europe entière, après l'amalgame entre immigrés et délinquants, après les attaques sur la gauche milliardaire et la «France molle», voilà que Brice Hortefeux dans une interview au Figaro Magazine s'en prend violemment aux magistrats.

 

Une attaque qui n'est pas la première mais qui cette fois est d'une telle outrance qu'elle ferait éclater de rire si elle ne pétrifiait pas. Si, de tout temps ou presque, les ministres de l'Intérieur ont joué sur la guerre police-justice afin de caresser les forces de l'ordre dans le sens du poil, cela se faisait jusqu'à présent à fleuret moucheté. Là, c'est carrément au bazooka qu'Hortefeux dégomme les magistrats accusés d'être laxistes et donc, au bout du compte, de saboter la politique de sécurité menée en France depuis huit ans. Faisant comme si les aménagements de peine n'avaient pas été votés alors même qu'il était dans ce même gouvernement, Hortefeux surfe dangereusement sur les cas de récidive récents pour instrumentaliser la souffrance - ô combien légitime - des victimes et prendre à témoin une opinion chauffée à blanc... par ses propres soins.

 

Contre le laxisme prétendu des juges d'application des peines, le ministre de l'Intérieur a une parade: il propose de leur adjoindre, voire de les remplacer, par des jurés populaires élus qui décideront si oui ou non il faut libérer avant terme un condamné. Il ose même dans son élan populiste évoquer l'exemple des tribunaux de la Révolution française pour accréditer l'idée qu'il est temps que le peuple reprenne le pouvoir en direct... Un pouvoir dont il fait comme s'il n'était pas, dans ce cas, un redoutable instrument de régression démocratique et morale. Hier, c'était contre une majorité de Français que le politique s'honorait, en prenant le risque électoral comme l'avait fait Mitterrand lors de sa campagne d'annoncer qu'il abolirait la peine de mort une fois élu.

 

Aujourd'hui, le politique se déshonore en hurlant à mort avec la France des extrêmes. Celle, non pas de la Justice, comme on essaie de nous faire croire mais de la vengeance. Que les prisons soient surpeuplées, que le système pénitentiaire français, un des plus archaïque du monde, soit facteur de récidive, peu importe à Hortefeux. Lui rêve d'un monde avec des shérifs élus rendant la «justice» à chaud! Comme personne ne peut penser qu'il ait parlé sans le feu vert de l'Elysée, cette violente attaque - qui noircit encore plus l'image d'une France qui pourtant continue à cocoricoter qu'elle est la «patrie des droits de l'Homme» - a un seul avantage. Celui de nous éclairer sur un point: si certains voyaient Michèle Alliot-Marie à Matignon, son exécution en place publique leur enlève toute illusion.

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Publié dans Politique

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