Le PS a des raisons de croire à la prise du Sénat

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

ean-Pierre Bel y croit. Le président du groupe socialiste au Sénat a déjà le regard tourné vers septembre. Non pas vers les primaires du PS – ce proche de François Hollande préfère adopter une distance parlementaire pour l'heure –, mais bien vers les prochaines élections sénatoriales. Et il a convié jeudi matin une vingtaine de journalistes pour le proclamer haut et fort: la Haute Assemblée peut basculer à gauche.

Ce ne sont pas tant les cantons gagnés par la gauche qui le pousse à penser cela, les grands électeurs issus des départements ne représentant, aux côtés des élus régionaux, qu'à peine 10% du corps électoral. En revanche, l'interprétation des résultats de ce scrutin cantonal lui fait espérer la victoire. L'élu ariégois tient ainsi à souligner l'évolution sociologique des élus des petites communes. «C'était des terres traditionnellement conservatrices. Mais aujourd'hui, insiste-t-il, celui qui devient maire n'est plus tout à fait le même, et l'on compte beaucoup de retraités de la fonction publique, d'anciens instituteurs, qui sont plus ouverts au changement.»

Selon Bel, le chemin est dégagé, quoi qu'en dise Martine Aubry qui se refuse à pronostiquer une possible victoire. («Elle est dans son rôle: si jamais on perdait après qu'elle a annoncé le contraire, ce serait vécu par les médias comme une défaite, alors que ça resterait un exploit.») Car si «la question essentielle reste de savoir si Sarkozy peut regagner d'ici septembre la confiance des élus locaux», le mécontentement de ces derniers ne «devrait pas se calmer avec les conséquences de la réforme territoriale, la suppression de la taxe professionnelle et la carte des intercommunalités…».

Actuellement, sur 343 sénateurs, la gauche en détient 152. Le groupe socialiste, où l'on retrouve les élus Verts (qui ont négocié avec le PS entre onze et douze candidatures éligibles pour le scrutin de septembre), compte 115 membres, le groupe PCF/PG/MRC 24 membres et 13 des 18 élus du groupe radical sont classés à gauche (les autres sont «valoisiens»). Lors du prochain renouvellement, 170 sièges seront en jeu et la majorité sera à 175 (sur 348). 

Aux sceptiques qui lui «ressortent la règle à calculer rationnelle», Bel rappelle «que lors des dernières sénatoriales de 2008, la même calculette nous prédisait 12 élus et on en a eu 23 qu'on n'aurait jamais espérés dans nos rêves les plus fous». Or cette année, le renouvellement du Sénat se fait pour la moitié des sièges, contre un tiers en 2008, ce qui accroît, toujours selon le socialiste, les chances de surprises. «Si nous restons dans un schéma traditionnel, il nous manquera cinq à six sénateurs, juge-t-il. Mais si on rejoue la surprise de 2008, on peut en avoir cinq à sept d'avance.»

Il n'y a pas besoin de le pousser beaucoup pour qu'il imagine à voix haute les détails d'un scénario idéal: «Si nous sommes capables de maîtriser la période et de ne pas apparaître comme “anxiogène” vis-à-vis des grands électeurs avec nos primaires, on peut profiter de la division à droite, qui promet d'être forte dans de nombreux départements où elle est ultra-majoritaire.» Et d'évoquer quelques exemples: «En 2008, nous avons obtenu un sénateur dans l'Ain: c'était pourtant inimaginable jusqu'alors! Cette fois-ci, outre les Pyrénées-Atlantiques et le Jura, où nous venons de prendre les conseils généraux, il est possible de gagner un peu partout. Je pense ainsi à la Haute-Loire, où on se dirige vers de nombreuses dissidences à l'UMP.»

Si Jean-Pierre Bel veut miser sur un basculement à gauche du Sénat, c'est aussi par rapport aux conséquences qu'un tel événement pourrait avoir sur la vie politique française. «Pour la première fois dans l'histoire, les sénatoriales vont percer le mur de l'indifférence médiatique. Et Nicolas Sarkozy pourrait être le premier président de droite à réussir l'exploit de perdre le “temple du conservatisme”. Imaginez l'impact que cela peut avoir!» S'il n'ose le dire, certains de ses conseillers n'hésitent pas à rêver alors de «début de la fin» pour le chef de l'Etat, permettant de fournir à ses troupes l'événement suffisamment grave pour remettre en cause sa légitimité à être seul en piste pour 2012. Et Bel de promettre alors d'occuper les six derniers mois de la présidence Sarkozy à faire du Sénat «un gardien des libertés individuelles», qui ne se coucherait plus «devant le fait du Prince»et qui multiplierait les commissions d'enquête.

Impossible de savoir en revanche s'il postule d'ores et déjà à la présidence d'un Sénat pour la première fois à gauche, même s'il s'est déjà présenté deux fois «au Plateau», sans espoir d'être élu. Les autres noms qui circulent sont ceux de François Rebsamen ou de Catherine Tasca.

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Publié dans PS

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