Le procès Chirac fait pschitt...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Trop forts les avocats de Jacques Chirac ! Après avoir déminé une à une toutes les affaires qui ont émaillé ses deux mandats à l'Élysée, voici qu'ils viennent de permettre l'enterrement quasi certain du seul procès visant leur prestigieux client. Ils s'en défendent - c'est un métier - avec le culot qui fait leur réputation: l'initiative de la fameuse question prioritaire de constitutionnalité émane de l'avocat d'un comparse et Jacques Chirac «regrette de ne pas pouvoir s'exprimer devant les juges». 

Sauf à vouloir prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, qui peut avaler un bobard aussi gros ? La réalité est plus prosaïque: la possibilité de voir Chirac répondre devant les juges des emplois fictifs de la mairie de Paris est infinitésimale. En juin, si la Cour de cassation n'a pas refilé le dossier au Conseil constitutionnel (dont Jacques Chirac est membre de droit), l'audience «de fixation» programmée devrait décider à la fois des affaires venant en jugement et d'un calendrier. Or, Me Jean Veil, un des conseils de l'ancien Président, a déjà fait savoir que compte tenu de «l'écho politique important» de ce procès il est «inenvisageable» qu'il se tienne «en période électorale». Jacques Chirac serait alors jugé au plus tôt... au second semestre 2012. 

Comme il l'avait lancé en juillet 2001 de ses billets d'avion payés en liquide, l'ancien président pourrait aujourd'hui affirmer que son procès «fait pschitt...». Après l'accord de dédommagement passé avec la mairie de Paris et la demande de relaxe promise par le parquet, la messe semblait déjà dite. Nombre de bonnes âmes estimaient même déplacée, voire inutile, la comparution d'un Chirac vieilli et fatigué, si longtemps après les faits. Ces arguments étaient certes recevables qui interrogent néanmoins sur l'impunité pénale du chef de l'État pendant son mandat. L'enterrement de fait en catimini du procès Chirac plante un clou supplémentaire dans le cercueil de la chimère d'une République irréprochable où chacun des justiciables serait traité sur un niveau d'égalité parfaite. 

Cet épilogue judiciaire qui n'ose même pas dire son nom est un carburant précieux pour le fonds de commerce du Front National: le rejet des élites et d'une république des «copains et des coquins» davantage préoccupée par son confort et la perpétuation de ses passe-droits que par l'intérêt général. Grâce aux lois successives sur le financement des partis, la vie politique s'est incontestablement moralisée ces dernières années rendant, entre autres, pratiquement impossible un usage des emplois fictifs. Mais la seule chose qui émerge aujourd'hui, c'est que Chirac échappe au procès qui lui était promis.

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Publié dans Politique

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