Le plan de com' de Sarkozy brouillé par son ex-ministre Morin

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

Nicolas Sarkozy avait millimétré sa communication pour son dernier bilan avant l'élection présidentielle de 2012. D'abord avec un «plan com» de couple très rodé. Pendant plus d'une semaine, Carla Bruni s'est étalée dans les médias, laissant planer le doute par rapport à une éventuelle grossesse, déclarant dans un entretien auParisien qu'elle n'était plus «du tout, du tout de gauche» mais bien «ultra sarkozyste», et allant jusqu'à accompagner son mari sur le tarmac de l'aéroport d'Orly devant les cercueils des victimes françaises de l'attentat de Marrakech.

Pendant ce temps-là, le chef de l'Etat vantait son bilan dans un large entretien à L'Express (son quatrième accordé à la presse écrite depuis son élection). Un entretien dont il a été visiblement très content puisqu'il figurait sur la page d'accueil du site de l'UMP, aux côtés d'un document résumant «quatre ans d'action».

Une dizaine de ministres et ténors de l'UMP ont, en parallèle, assuré le service après-vente en défilant dans les matinales des plateaux télé et radio, le 6 mai. François Fillon a quant à lui réuni, la veille, un séminaire gouvernemental, consacré en partie aux quatre ans de pouvoir de la majorité. «Nous avons été à la hauteur malgré la crise, nous avons réformé les retraites, nous allons réformer la dépendance»a-t-il martelé. Vendredi soir, il défendra à nouveau le bilan présidentiel devant 600 militants UMP, à Toul.

 

 

Mais l'un des anciens membres du gouvernement est venu perturber ce concert des louanges de la majorité. Jamais à court d'idées en matière de communication (on se souvient de ses vœux 2011 aux Français en direct de sa cuisine), Hervé Morin a choisi le jour des quatre ans de l'élection de Nicolas Sarkozy pour annoncer la sortie d'un livre brûlot contre celui-ci. Oubliant un peu vite qu'il fut son ministre de la défense pendant trois ans et demi (lire notre portrait) et qu'il l'avait rejoint in extremis durant l'entre-deux-tours de la présidentielle de 2007 pour s'assurer un groupe de députés et un maroquin.

 

 

L'annonce avait été programmée vendredi matin dans Le Figaro, qui titre:«Le réquisitoire acide de Morin contre les années Sarkozy». Dans ce livre intitulé Arrêtez de mépriser les Français, à paraître chez Flammarion le 11 mai, le président du Nouveau Centre fait l'inventaire du quinquennat et évoque un «grand gâchis». Ces trois années passées au gouvernement lui ont, dit-il, «souvent donné le tournis». Tout y passe: le style présidentiel («brutal»), l'ouverture («un alibi»), les débats autour de la laïcité et de l'islam (une «instrumentalisation de la religion» «insupportable et détestable»), le bouclier fiscal («énorme erreur politique»), etc.

– Le style présidentiel. Nicolas Sarkozy «n'a jamais réussi à se glisser dans l'amidon de sa fonction», estime Morin. «Il a construit une représentation du pouvoir à son image: brutale, outrée, parfois indécente.» «Nous sommes mal à l'aise lorsqu'il tape dix fois sur l'épaule de Barack Obama pour montrer qu'ils sont "copains"», écrit-il, évoquant un «petit garçon capricieux». Il lui oppose le style de son premier ministre dont «la pondération (...), le pesé de (l')expression rendent plus criant le manque de maîtrise de Nicolas Sarkozy». Il prône «le rétablissement de la sobriété à la tête de l'Etat» pour «restaurer la confiance entre le pouvoir et les Français».

 Sa politique. Une «stratégie du derviche tourneur» menée par un homme qui «manque de vision à long terme», et «fait tout et son contraire»«Un président qui confond volontarisme et annonce permanente», mettant en place «un tournis qui empêche les partenaires sociaux et l'opinion de se fixer, donc de se mobiliser contre une mesure».

 La stratégie d'ouverture. «Un alibi», «la salade qui décore le fond de l'assiette». Il raconte ainsi qu'il est «encore gêné en repensant à la manière dont le président "jouait" avec Rama Yade et Rachida Dati de leur diversité. Il les mettait en concurrence dans un curieux jeu».

 Les initiatives en matière de religion et de laïcité. Une«instrumentalisation de la religion pour tenter de reconquérir un électorat est insupportable et détestable». «Tous les dangereux débats exhumés ces derniers mois, ces stigmatisations répétées de boucs émissaires, ces convocations d'inutiles nostalgies.»

 Le bouclier fiscal. Une «énorme erreur politique (...) un vrai échec et, pour la majorité, une machine à baffes».

 Les promesses faites aux centristes non tenues. «Nicolas Sarkozy nous garantit notre autonomie politique. Il nous répète qu'il n'a "jamais été favorable au parti unique", qu'il souhaite que nous soyons "d'abord et avant tout" nous-mêmes. Ce que nous n'avions pas perçu, c'est que pour lui, en aucun cas, il ne s'agissait d'alliance, mais simplement d'ouverture.»

 

 

Hervé Morin en profite au passage pour régler des comptes, racontant comment, à chaque entrevue en tête-à-tête avec le premier ministre, il avait«droit à un quart d'heure de réflexions critiques (sur le chef de l'Etat). Une forme de thérapie pour soigner sa sciatique». Et l'ancien lieutenant de François Bayrou de rapporter cette anecdote du 14 juillet 2010. Lors du défilé, Nicolas Sarkozy se félicitait, selon lui, d'une «ambiance formidable», «sans cri de contestation», mais avec «beaucoup d'acclamations». François Fillon aurait alors confié à son ministre de la défense: «Tu as vu, il a tellement perdu le sens des réalités qu'il en a oublié que ceux qui sont admis le long des barricades (...) ont été filtrés.»

 

«La majorité ne doit pas tomber dans le “tout sauf Sarkozy”»

 

 

Réplique cinglante en face, dans la bouche de Valérie Pécresse, sur Europe1, vendredi:«Si Hervé Morin a des idées alternatives, une vision alternative pour la France, qu’il la montre!»

Peu importe, le président du Nouveau Centre compte bien distiller sa petite musique tout le week-end. Samedi, il s'exprimera dans les colonnes duParisien et sur quelques chaînes d'info à l'occasion du conseil national du Nouveau Centre – qui doit valider son adhésion à la «confédération des centres» construite avec Jean-Louis Borloo; dimanche, il sera l'invité de «Dimanche soir politique» sur France Inter et I>télé. 

Hervé Morin serait-il devenu anti-sarkozyste? Jean-Christophe Lagarde, le numéro deux du Nouveau Centre, se refuse à tout commentaire. Laurent Hénart, le secrétaire général du parti radical, estime pour sa part qu'«on ne doit pas, dans la majorité, tomber dans le tout sauf Sarkozy». «Hervé Morin peut avoir son point de vue, ce n'est pas un ouvrage collectif!», dit-il à Mediapart, sans cacher sa gêne par rapport à certains propos de son collègue centriste, notamment sur la «personne» du chef de l'Etat.

Pour autant, le numéro deux du parti radical n'est pas en désaccord total sur le fond. Le bouclier fiscal, une «erreur», un «échec», comme le prétend Morin? «Une erreur, non, parce qu'on a tous (dans la majorité) voulu le tenter et on l'a voté. Mais un échec, oui. Avec quatre ans de recul, on peut dire qu'il n'a pas produit l'effet escompté: il n'y a pas eu de retour des capitaux français, ils ont continuer à partir au même rythme.»

Et «l'instrumentalisation de la religion» évoquée par Hervé Morin? «Il y a eu des moments de confusion, de flottement entre la sphère publique et la sphère privée. Ce sont toujours les musulmans qui en ont payé le prix. Ils ont eu l'impression qu'on en faisait des Français à part. A chaque fois, nous (Ndlr: le parti radical) l'avons dénoncé. Nous avons dit que le débat sur l'islam n'était pas opportun.» Le rythme et la cohérence des réformes?«Beaucoup de nos engagements ont été mis en œuvre. Mais la centralisation des décisions et des arbitrages sur le même homme donne cette impression», que le gouvernement ne va pas jusqu'au bout des réformes.

Ce plan de com' d'Hervé Morin, qui brouille celui du chef de l'Etat, ne trompe en tout cas personne: le patron du Nouveau Centre est en campagne pour faire la promotion de la future «confédération des centres», dont le but affiché est d'aboutir à une candidature centriste en 2012. «Un devoir et une exigence», assure l'ancien ministre de la défense.

Le Nouveau Centre sera le premier à valider son entrée, le 7 mai, dans cette confédération, suivi par le Parti radical de Jean-Louis Borloo (les 14 et 15 mai), la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel (28 mai) et l’Alliance centriste de Jean Arthuis (2 juillet). «Avant la fin du mois de mai, la confédération sera sur les rails», a promis Hervé Morin. Retour en 1978, année de création de l'UDF. Car l’objectif est bien de revenir à deux partis à droite, comme autrefois avec le RPR et l’UDF.

Mais à une UDF sans François Bayrou. Le président du MoDem refuse de participer à une confédération des centres qui n'aurait «de centre que le nom». Il l'a redit, vendredi, dans Le Figaro Magazine, estimant que le futur parti centriste n'était qu'un «groupuscule de plus». «Ils ne tirent aucun bilan critique de leur participation au gouvernement», explique à Mediapart Jean-Luc Bennahmias, vice-président du MoDem, qui affirme «ne croire en rien à cette fausse recomposition du centre»«Ils ne sont indépendants en rien par rapport à tous leurs votes au Parlement. Comment peut-on croire une seconde en une deuxième candidature à droite qui empêcherait Sarkozy d'être au second tour?», interroge-t-il.«Combien de leurs députés disent qu'ils ne siégeront plus avec l'UMP? Ils font simplement monter les enchères par rapport aux sénatoriales et aux législatives.»

Laurent Hénart, lui, veut croire en «une candidature républicaine, écologique, sociale de Borloo», «non pas centriste mais centrale, entre le PS et l'UMP». Et il balaye le problème des élections intermédiaires d'un revers de la main: «Si on veut garder le Sénat, on a besoin de tout le monde», prévient-il. Même chose pour les législatives, selon lui: «Combien de circonscriptions où l'UMP est talonnée par le FN et ne peut pas se payer le luxe d'une primaire? L'UMP n'est pas en position d'être seule.»

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