"Le gouvernement est en pleine opération de communication"

Publié le par DA Estérel 83

LeMONDE

 

 

Nathalie Kosciusko-Morizet et Claude Guéant à Roissy, jeudi 22 décembre.

 

Utiliser la police pour remplacer des grévistes ? C'est inédit en France, de mémoire de syndicaliste. "Autant que je me souvienne, je n'ai jamais vu ni entendu parler de policiers envoyés pour occuper la place de grévistes", affirme ainsi Jean Grosset, de l'UNSA. Ce sont pourtant bien des policiers qui effectuent, depuis jeudi 22 décembre, le contrôle d'une partie des passagers dans l'aéroport de Roissy.

"Lors des grandes grèves des années 1950 dans les transports, on a bien utilisé l'armée pour transporter les passagers, mais pas les forces de l'ordre", précise M. Grosset. En 1988, lors d'une grève à la RATP qui avait entraîné un blocage complet des RER A et B, les militaires avaient aussi été réquisitionnés pour transporter les passagers en camion, mais… pas pour conduire les métros.

L'armée a également été régulièrement sollicitée lors des grandes grèves d'éboueurs dans les années 1970. Et encore en novembre 2010 à Marseille, quand la sécurité civile, constituée de militaires, était venue dégager les rues de la ville, à la grande colère des grévistes. Mais là encore, aucun policier et aucun CRS n'avaient remplacé les grévistes.

LA CFDT A DÉCIDÉ DE DÉPOSER UN RÉFÉRÉ-LIBERTÉ

La situation présente sans précédent irrite les syndicats. "Le gouvernement a choisi le camp des employeurs. Il l'illustre encore ce matin en ayant recours aux forces de police", a affirmé Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT sur France Inter. Selon lui, ce recours n'est "pas légitime et n'est pas durable".

La CFDT a décidé de déposer un référé-liberté devant le tribunal administratif de Montreuil pour "atteinte au droit de grève". Vendredi, le tribunal a rejeté cette requête en estimant cette mesure ne constituait "pas une atteinte au droit de grève".

 

La grève des agents de sûreté des aéroports est entrée dans son septième jour, jeudi 22 décembre.

La grève des agents de sûreté des aéroports est entrée dans son septième jour, jeudi 22 décembre.AP/Christophe Ena

 

Le juge des référés a "fondé sa décision sur le fait que le remplacement d'agents grévistes par des fonctionnaires de l'Etat, dont les missions sont d'assurer la sécurité des biens et des personnes, ne constitue pas une atteinte au droit de grève dans la mesure où aucune réquisition [de personnels grévistes] n'est demandée", explique le tribunal. "Il convient aussi d'assurer la continuité du service public de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle", ajoute le tribunal.

"Le ministère de l'intérieur n'a pas le droit d'envoyer des policiers remplacer des grévistes", défend Gilles Desbordes, secrétaire général de la fédération des services de la CFDT. "S'il veut assurer un service minimum, précise le syndicaliste, il n'a le droit que de procéder à des réquisitions, et seulement si la situation sécuritaire l'impose. Or, je ne pense pas que faire décoller tous les avions rentre dans ces conditions."

Une analyse réfutée par le ministère. "Les entreprises qui opèrent les contrôles sont des délégataires de service public dans le cadre de missions de sécurité obligatoire pour lesquelles la France ades engagements internationaux. Dès lors, les officiers de police, sous la responsabilité desquels sont d'ailleurs placés les agents de contrôle du privé, peuvent les suppléer. Il ne s'agit pas de casser la grève, mais seulement d'assurer la continuité du service public", plaide-t-on Place Beauvau, en s'appuyant sur le code des transports : "aucun acte administratif supplémentaire n'est nécessaire".

Reste que les contraintes de sécurité ne permettent aux forces de l'ordre que deréaliser les opérations de palpation. Faute de formation, ils ne sont pas habilités àcontrôler les bagages sur les écrans.

LE DÉSACCORD DES SYNDICATS DE POLICIERS

Les policiers ne sont pas ravis de devoir exercer des missions dont ils s'étaient débarrassés au profit du privé dans les années 1990. "Je peux comprendre que le gouvernement veuille faire voler tous les avions, mais il n'a qu'à recourir à la réserve civile ou à l'armée. Il y a tout de même des missions plus prioritaires pour la police que le filtrage des passagers dans les aéroports", critique Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance. Les autres syndicats de policiers ont aussi fait part de leur désaccord.

Surtout, les accusations d'instrumentalisation politique en pleine campagne électorale se multiplient, alors que plus aucun vol n'est annulé en France depuis mardi, malgré la grève. Vendredi matin, comme la veille, le trafic était normal. Un syndicaliste policier affirme même que les policiers mobilisés n'ont pas effectué de contrôle jeudi, les effectifs du privé non grévistes étant suffisamment nombreux.
 

"Le gouvernement est en pleine opération de communication ciblée sur un certain électorat en faisant croire qu'il prend des mesures extraordinaires", dénonceMichel-Antoine Thiers, du SNOP, syndicat des officiers.

"Nous ne sommes pas non plus dupes des tentatives de récupération de l'opposition qui est venue nous soutenir devant les médias jeudi", ajoute Gilles Desbordes.

Jean-Baptiste Chastand
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