Le drôle de jeu des mille euros
S’il existait un Oscar du cafouillage en communication gouvernementale, il faudrait le décerner sur le champ à celui entourant les déclarations des ministres autour de la fameuse prime de 1.000 euros! Au départ, le scénario était pourtant simple.Imaginé par Nicolas Sarkozy au moment où la crise mondiale faisait trembler la planète et vaciller la foi en un libéralisme triomphant, il se résumait en une règle des trois tiers.
A la télé, celui qui avait promis qu’il serait le «président du pouvoir d’achat» annonçait que dans les entreprises faisant des bénéfices, ceux-ci devraient être répartis à part égale entre l’investissement, les actionnaires et les salariés.Les partenaires sociaux avaient un an pour écrire l’histoire en détail. Faute de quoi, la loi viendrait le faire à leur place. C’était il y a bien longtemps.On avait fini par oublier la belle comptine... Et puis voilà que le 7 avril dernier, miné par une autre crise – de confiance, celle-ci... – et désormais en pré-campagne, Nicolas Sarkozy la remet à l’ordre du jour.
Mercredi dernier, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, est chargé d’enfoncer le clou. Voici donc le ministre du Budget qui annonce fièrement l’intention du gouvernement d’obliger les entreprises qui versent des dividendes à accorder à leurs salariés une prime d’au moins 1.000 euros. Moue des syndicats qui notent que cela ne bénéficiera qu’à une minorité de salariés. Colère du Medef qui hurle à un nouveau coup de poignard dans le dos de la compétitivité des entreprises françaises.
Et depuis, c’est à qui en rajoutera en déclarations floues, en précisions imprécises, en pilules calmantes contre les quintes de toux patronales. Bref une vraie cacophonie avec Xavier Bertrand qui annonce une loi mais explique que les modalités seront discutées au sein de chaque entreprise et Christine Lagarde qui note que 1.000 euros c’est un plafond et non un minimum. Entre l’idée que cette prime ne serait versée que si les dividendes de l’entreprise augmentent et la version où cette prime serait une simple variante de la «participation» ou encore une sorte d’«intéressement», on y perd son latin.
Les choses ne sont pas plus claires quant au nombre de salariés qui pourraient être concernés: 30%? Moins de 10 %? Personne n’en sait rien... Et voilà comment une arme de communication massive qui devait servir à neutraliser les inquiétudes des Français face à un pouvoir d’achat en panne se transforme en une pétoire tout juste bonne à se tirer des balles dans le pied. Et comme si cela ne suffisait pas, on apprend que le secrétaire d’Etat à la Fonction publique devrait annoncer ce matin que le blocage du salaire des fonctionnaires est reconduit en 2012. Un gel qui pourrait –bien plus que le cafouillage des rémunérations dans le privé...– déboucher sur un printemps chaud.