Le chèque de Liliane Bettencourt met le feu à l’Assemblée nationale

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  01 Juillet 2010 Par 



 

 

Mediapart s’est procuré, au guichet de la sous-préfecture de Senlis (Oise), les statuts de l’«Association de soutien à l’action d’Eric Woerth». Cet étonnant micro-parti, dont nous avons révélé l’existence, entièrement dédié au ministre du travail, pourrait avoir encaissé l’un des «fameux» chèques signés par Liliane Bettencourt le 4 mars 2010.

 

Agréée dans la seule région Picardie (où Eric Woerth est maire de Chantilly), cette structure était jusqu’ici restée dans l’ombre, insoupçonnée des élus locaux (à l’exception de la garde rapprochée du ministre). En 2008 (unique année dont les comptes sont accessibles), ce parti politique à part entière (doté d’une association de financement ad hoc pour récolter des fonds), bizarrement sans adhérent, avait touché 66.650 euros de subventions de la part de l’UMP.

Ce qui signifie qu’Eric Woerth, trésorier du parti présidentiel, avait <<autofinancé  >> ses activités ! En parallèle, l’«Association» avait bénéficié de 19.650 euros de «dons de personnes physiques».

 

Le nom de Liliane Bettencourt apparaît-il parmi les généreux donateurs ? Sa présence sur la liste serait embarrassante pour le ministre: elle signifierait qu’il a collecté, auprès de l’employeur de son épouse, de quoi financer son parti «maison»...

 

Faute de pouvoir accéder au registre (non public), Mediapart a posé la question au cabinet d’Eric Woerth, qui n’a toujours pas répondu. Mercredi, cependant, l’entourage de Patrice de Maistre (le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt) a confié, au Nouvel Observateur, que ce «parti de poche» avait bien été destinataire de 7.500 euros de la part de la milliardaire.

 

Dès lors, que sait-on sur ce parti «woerthien» ? Qui tient aujourd’hui les rênes ? Le ministre du travail, évidemment, ne figure pas parmi les trois membres du bureau. D’après les statuts, la présidence de l’association a été confiée à l’une de ses plus proches collaboratrices : Manoëlle Martin, conseillère régionale UMP de Picardie et adjointe au maire de Gouvieux (Oise). Cette élue, que les socialistes locaux voient accompagner le maire de Chantilly sur tous les marchés, ancienne assistante parlementaire d’Eric Woerth de 2002 à 2007, n’est autre que sa «conseillère aux affaires réservées» au ministère du travail (où elle a son secrétariat, bien qu’elle n’apparaisse pas dans l’organigramme du cabinet).

Dans le jargon, cette «casquette» signifie qu’elle gère les dossiers locaux et privés du ministre. En clair : elle, c’est lui. Sollicitée mercredi par Mediapart, elle n’a pas rappelé.

 

Le trésorier, à l’inverse, a bien voulu s’exprimer ? un peu. Interrogé sur l’existence, dans son registre, d’un chèque signé Liliane Bettencourt, PatrickWallut a répondu : «Je ne peux rien vous dire. Je reçois des quantités de dons, de tout montant, de toutes origines,  de gens qui sont de toute la France. »

 

A quoi sert précisément le parti ? «A expliquer le travail d’Eric Woerth et du  gouvernement, à travers des réunions» , a-t-il précisé. Avec quelle régularité celles-ci se déroulent-elles ? «Il n’y a pas de périodicité» A quand remonte la dernière activité ? «Je ne sais pas ; voyez avec la présidente. »

 

François Fillon à l’attaque

Confrontés à tant de flou, les socialistes sont montés au créneau, mercredi à l’Assemblée nationale, pour réclamer d’Eric Woerth qu’il confirme - ou démente - l’existence d’un versement de Liliane Bettencourt à l’«Association». «En cas de réponse positive, il ne s’agit plus seulement d’une regrettable confusion des genres, mais d’une dérive dont le gouvernement doit très vite tirer les conséquences , a grondé le député Christian Paul. En effet, quels intérêts sert réellement un ministre du budget, (...) quand il est trésorier de l’UMP et par ailleurs bénéficiaire direct de financements de la première fortune de France, aujourd’hui soupçonnée d’évasion massive de capitaux ?»

 

Au banc des ministres, Brice Hortefeux, ami de Nicolas Sarkozy, a pris le micro, épargnant cette peine à Eric Woerth : «La vérité, c’est que vous n’arriverez jamais à salir (son) honneur , a-t-il lancé. La vérité, c’est que vous faites preuve d’amnésie : avezvous oublié pourquoi, par qui, et dans quelles conditions, le financement de la vie politique a dû être encadré à la fin des années

1980 ?» Sur le fond, zéro réponse.

Dix minutes plus tard, un autre socialiste est parti à l’assaut : «Oui ou non (l’Association de soutien à l’action d’EricWoerth) a-t-elle reçu un chèque de Liliane Bettencourt ?» , a répété Bernard Roman.

 

Cette fois, le premier ministre en personne s’est levé, dans une ambiance survoltée, pendant que Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée, hurlait aux uns et aux autres de s’asseoir.

«Il n’y a pas un membre du gouvernement qui soit en mesure de répondre (...), parce que ce n’est pas son rôle !» , a tancé FrançoisFillon, en rappelant que les comptes des «300 partis » de Franceétaient contrôlés par une Commission nationale. «De la même façon, je ne vous demande pas si Monsieur (Pierre) Bergé finance la campagne de Madame Royal, ou qui finance les campagnes du PS !» , a-t-il attaqué, sous les bravos des travées de droite.

Quelques heures auparavant, Nicolas Sarkozy avait reçu les députés UMP à déjeuner, pour donner le ton : «On se fait donner des leçons de morale par des parangons de vertu !», s’était agacé le président de la République, dont la fin d’année est définitivement plombée, et qui a confirmé un remaniement gouvernemental pour octobre.

Sur France 2, enfin, le ministre du budget François Baroin a annoncé qu’il saisissait l’Inspection générale des finances (IGF), pour «tout mettre sur la place publique» d’ici «une dizaine de jours » , et surtout tenter de désamorcer la bombe à fragmentation de l’affaire Woerth-Bettencourt.

 

 

 




 

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