La guerre de Libye va-t-elle être un échec de plus?

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-copie-1  Elie Arié - Tribune

 

 

Ceux qui déclenchent des guerres le justifient toujours par de bonnes raisons. Elie Arié considère l'intervention militaire en Libye à l'aune des ratés historiques de la guerre d'Algérie et du conflit israélo-palestinien...


Au moment du déclenchement de la guerre d’Algérie, je me suis dit : « bon, nous avons maintenant  compris que l’époque des empires coloniaux était terminée, nous n’allons pas recommencer l’erreur d’une guerre coloniale de 8 ans en Indochine ( 1946-1954) » ; or, nous avons fait exactement l’inverse, et pour la même durée de 8 ans  (1954-1962)...avec les mêmes résultats.

J’étais trop jeune pour avoir une opinion au moment de la création de l’Etat d’Israël (j’avais 10 ans) ; lorsque j’ai été en âge d’y réfléchir, je me suis dit : « bon, nous sommes maintenant entrés, en Europe, dans la phase du dépassement des Etats-nations en guerre perpétuelle entre eux par la création d’un espace supra-national, plus vaste dont la forme reste à inventer(fédération ? confédération ?) et destiné à assurer la paix ; c’est ce que fera Israël, qui renoncera à l’expansionnisme sans issue d’un Etat-nation en guerre perpétuelle avec tous ses voisins par la création d’une entité supra-nationale israélo-palestinienne plus vaste  et dont la forme reste à inventer (fédération ? confédération ?) et destinée à assurer la paix » : c’est exactement l’inverse qui s’est passé et continue à se passer. 

Au moment de l’intervention militaire en Libye, je me suis dit : « bon, nous avons maintenant compris qu’on n’installe pas une démocratie par des interventions militaires ; nous allons nous contenter d’éviter que Khadafi ne massacre ses révoltés sans recommencer les erreurs d’Irak » : or, les buts officiellement proclamés du début de notre intervention étaient bien de mettre fin au régime de Khadafi, voir à Khadafi lui-même, et d’instaurer par la force une démocratie à l’occidentale en Libye.

À l’époque de l’Union Soviétique, je pensais « bon, nous savons maintenant que le développement économique est incompatible, à la longue, avec le maintien d’une dictature, parce qu’il est tenu de développer l’éducation et  l’esprit critique qui en découle et qui, tôt ou tard, s’exercera aussi dans la sphère politique : on l’a vu chez Pinochet, chez Franco, chez Salazar, etc. ; les soviétiques, s’ils ne veulent pas s’effondrer, instaureront la démocratie avant la chute finale » ; c’est exactement l’inverse qui s’est passé, et qui continue de se passer en Chine et en Russie.

Il est tout à fait étonnant de constater comment ces analyses, très simples, à la portée du citoyen lambda que je suis, et, a fortiori, encore plus à la portée des dirigeants des Etats, ne les ont absolument pas amenés à en tirer les conclusions logiques ni à les freiner dans leur marche inéluctable  vers l’échec, voire, dans certains cas, dans leur course vers l’abîme.

Depuis, je m’interroge sur les raisons de ces rapports si ténus entre action politique et rationalité :

-    est-ce l’exercice du pouvoir qui, même dans des démocraties, enferme les dirigeants dans un monde irréel et limité à l’instantanéité? 

-    est-ce l’exercice du pouvoir qui limite les dirigeants au seul objectif stratégique de le conserver, en renonçant à toute autre finalité ?

-     ou bien (et je crains fort que ce ne soit la bonne réponse) l’action politique n’est-elle déterminée que par les rapports de force du moment, dont les dirigeants ne sont que le jouet passif et individuellement interchangeables, réduisant à néant toutes velléités d’actions supplémentaires qui pourraient leur être aussi inspirées par leurs analyses, leur intelligence et leur raison, et dont, en pleine conscience des désastres vers lesquels ils courent, ils n’arrivent pas à faire usage dans un jeu qui les dépasse ?
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Publié dans Etranger

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V
<br /> Et pourtant l'exemple des USA un peu de partout oû ils sont allés faire la guerre au nom de la liberté des peuples ont été des échecs. la guerre ne peut amener que régression et désordre, imposer<br /> quoi que ce soit à l'autre se retourne toujours contre vous, même l'idée de démocratie !!!<br /> <br /> <br />
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