Comment s'en débarrasser ?
Officiellement, il est appelé «groupe de contact». C'est la réunion de la quarantaine de pays qui s'est tenue pour la première fois hier à Londres à l'initiative de Nicolas Sarkozy et David Cameron pour traiter du dossier libyen. Ce «groupe de contact» se présente comme la vitrine politique de l'opération menée depuis maintenant plus de huit jours en Libye sous l'égide de l'ONU. Toujours très officiellement, son but est d'esquisser les contours de ce que sera la Libye d'après Kadhafi. Sauf que le colonel-dictateur est toujours là... Ce qui ramène la conférence de Londres à des considérations plus immédiates.
La réunion d'hier aura donc été largement dominée - moins officiellement, évidemment... - par les différents scénarii permettant de répondre à la question qui hante depuis maintenant depuis le début des bombardements les esprits des alliés: comment se débarrasser de Kadhafi ? Par un bombardement ciblé ? Si on a pu y penser au début des bombardements après qu'on ait appris qu'un missile avait touché un bâtiment à moins de cent mètres du lieu où Kadhafi plante habituellement sa tente, il ne faut plus désormais compter sur le moindre effet de surprise pour continuer à l'envisager. Par un raid commando ? L'opération est risquée, militairement, mais surtout politiquement.
Par une victoire rapide de la rébellion ? Même si celle-ci doit recevoir une aide en armes - mais cela est sans aucun doute le cas depuis le début de la guerre civile... - les forces de Kadhafi ont montré encore hier en contre-attaquant et en reprenant plusieurs villes qu'elles étaient loin d'être laminées. En envisageant une opération terrestre alliée ? Obama tirant la leçon de la malheureuse expérience de son prédécesseur en Irak, l'a une nouvelle exclue très fermement hier. La coalition peut-elle miser sur une révolution de palais ? C'est l'espoir nourri et exprimé tout haut par le couple franco-britannique. Nicolas Sarkozy n'est-il pas allé jusqu'à envisager la semaine dernière une issue favorable au cas où le fils du colonel pousserait son père vers la sortie ?
Une autre hypothèse a été avancée hier par l'Italie avant d'être relayée par d'autres pays comme l'Espagne: l'exil vers un pays où Kadhafi ne risquerait pas l'expulsion au cas où la rébellion arrivée au pouvoir continuerait à vouloir le faire comparaître devant la Cour pénale internationale de La Haye... Bien des fers sont donc actuellement au feu. Kadhafi est-il en mesure de comprendre qu'il a intérêt à vite accepter une porte de sortie «honorable» ? Il semble en tout cas que les bombardements d'un côté et l'affichage d'unité faite hier à Londres par la coalition commencent à produire leurs effets. Hier, même si le colonel a donné dans la provocation dont il est coutumier en assimilant les alliés à Hitler, il n'en a pas moins réclamé la fin des bombardements. C'était la première fois.