La gauche peut-elle (et veut-elle) vraiment remporter le Sénat?

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Jamais un homme de gauche n'a posé son séant dans le fauteuil de président du Sénat. Mais cette fois, au lendemain des élections du 25 septembre, le siège pourrait échapper à la droite et au centre.«Ce serait assez sismique», admetGérard Larcher, l'actuel occupant UMP, interrogé par l'AFP.

Mathématiquement, c'est possible; mais le groupe PS s'est récemment tiré des balles dans le pied, et en rafales, en refusant de condamner publiquement les sénateurs Mahéas (convaincu d'agression sexuelle), Pastor (rattrapé par des fausses factures), puis Guérini (mis en examen pour «association de malfaiteurs»). Au point qu'on finit par s'interroger: les socialistes veulent-ils vraiment l'emporter? Et surtout, avec quel projet de rénovation pour cette coûteuse institution (346 millions d'euros)?

«L'enjeu, ça n'est pas d'avoir un président qui roule en Smart, lance Bernard Frimat (PS), vice-président, qui ne se représente pas.C'est de faire sauter un verrou historique, qui a entravé l'action de la gauche à chaque fois qu'elle a gouverné». Entre 1997 et 2002, majoritaire à l'Assemblée, minoritaire au Sénat, Lionel Jospin en a bavé. Cette fois, la gauche peut rêver d'avoir en 2012 les deux chambres derrière elle, les deux mains libres pour légiférer.

  • Quelles sont ses chances ?

A lire la Constitution, la victoire devrait être mécanique: le Sénat est censé «représenter les collectivités territoriales», or le PS et ses alliés dirigent 21 régions métropolitaines sur 22, 61 départements sur 101, et une majorité des villes de plus de 3.500 habitants. En réalité, la gauche est depuis toujours handicapée par le mode de scrutin: les petites entités rurales, historiquement favorables à la droite, sont sur-représentées dans le corps électoral (composé à 95% de délégués des communes). «Le combat est inégal», dénonce urbi et orbi Jean-Pierre Bel, le patron des sénateurs socialistes. Quelque 72.000 «grands électeurs» sont appelés aux urnes.

Pour devenir majoritaire dans l'hémicycle, la gauche doit empocher un gain net de 22 sièges, sur les 170 fauteuils remis en jeu. «On est raisonnablement optimiste, confie l'entourage de Jean-Pierre Bel, qui prédit une progression dans une dizaine de départements ainsi qu'outre-mer, mais des pertes dans le Loiret, la Manche ou encore le Morbihan. En voulant re-étatiser, la droite s'est attiré le ressentiment des élus; ils digèrent mal la suppression de la taxe professionnelle, le gel de leurs dotations, la fermeture de services publics, et la réforme des collectivités qui autorise les préfets à créer des intercommunalités au forceps.» Le hic? Gérard Larcher, lui aussi, se voit gagnant: l'actuel président parie que l'UMP, associée aux centristes, conservera «6 à 12 sièges» de majorité.

L'arithmétique électorale, de fait, n'est pas une science exacte: dans les petits départements où persiste le scrutin majoritaire à deux tours entrecoupés d'un déjeuner, des deals improbables se concluent à l'heure du digestif. Quant aux gros départements, où règne le scrutin proportionnel, les dernières places sont réparties «à la plus forte moyenne». En clair? Le dernier fauteuil peut basculer à quelques voix près.

Conscients d'être au coude à coude, les deux camps se sont démenés pour éviter les dissidences. Au final, «il y a quand même plus de listes à droite qu'à gauche», se félicite l'entourage de Jean-Pierre Bel. Pour l'UMP, c'est notamment la cacophonie en Ile-de-France: à Paris, l'ancien conseiller de l'Elysée, Pierre Charon, rivalise avec la liste officielle de Chantal Jouanno; dans les Hauts-de-Seine, le sortant Jacques Gautier marche sur les plates-bandes de Roger Karoutchi, qui a l'imprimatur du parti; dans le Val-d'Oise, l'étiquette UMP a été accordée à deux candidats en même temps! La guerre fratricide n'a été évitée qu'en Seine-Saint-Denis, et de justesse: le sortant Christian Demuynck, qui prétendait rempiler aux dépens du candidat officiel, s'est vu offrir une mission auprès du gouvernement.

Autre épine dans le pied de l'actuelle majorité: ses différentes écuries centristes (Morin, Borloo, Bayrou) s'affrontent ici ou là pour se jauger, au risque d'une dispersion des voix.

En comparaison, la gauche a limité les dégâts – même si l'ancien président PS du conseil général de l'Essonne persiste à défier la liste d'«Union de la gauche» menée par l'écologiste Jean-Vincent Placé, ou que deux communistes s'entretuent dans le département du Nord. Longtemps menaçant, le parti de Jean-Luc Mélenchon est ainsi rentré dans le rang, après avoir négocié des circonscriptions aux législatives de juin prochain.

En bref, la droite n'a jamais été aussi menacée. Si elle s'autorise à y croire, c'est aussi qu'elle a opportunément modifié le mode de scrutin dans les départements qui désignent trois sénateurs: à la place de la proportionnelle, elle a rétabli le scrutin majoritaire, moins favorable à la gauche. Ça n'a l'air de rien, mais dans le Loiret, ce «détail» devrait coûter son mandat au socialiste Jean-Pierre Sueur. Et si dimanche, ce petit siège faisait toute la différence?

  • Quelles chances de conquérir la présidence ?

Si la victoire est large dimanche, les socialistes délogeront Gérard Larcher dans la foulée. Mais en cas de majorité étriquée, à deux ou trois sièges près, le «plateau» peut très bien leur échapper. Cette élection clef se jouera en effet en décalé, le samedi 1er octobre, à bulletins secrets: un sénateur de gauche aura tout loisir de s'abstenir, voire de voter contre son camp, sans risquer les foudres de son parti.

«L'Elysée ne va pas rester les deux pieds dans le même sabot, s'inquiète le socialiste Bernard Frimat. Pendant ces six jours, ils vont chercher à débaucher les élus un par un.» Depuis des mois déjà, Gérard Larcher courtise les socialistes des circonscriptions d'outre-mer, où pas moins de 14 sièges sont renouvelables – «il les travaille au corps!», s'agace même l'entourage de Jean-Pierre Bel.

«Dans un tel scrutin, rien n'est garanti pour personne, prévient cependant Bernard Frimat. Les vengeances et les inimitiés s'expriment dans les deux camps. Ça peut s'équilibrer.» Gérard Larcher, qui avait emporté en 2008 la présidence au détriment de Jean-Pierre Raffarin (UMP), peut craindre que l'ancien premier ministre et ses partisans n'expriment leur ressentiment.

Mais la plus grosse inconnue réside dans l'attitude du groupe RDSE, composé pour l'essentiel de radicaux de gauche, aux côtés de Jean-Pierre Chevènement ou Jean-Marie Bockel: ces derniers seront-ils tous derrière le candidat socialiste, sans exception? Au PS, certains craignent que Gérard Larcher, pour faire pencher la balance, n'aille jusqu'à «vendre» une présidence de commission à l'un d'entre eux, pourquoi pas Jean-Pierre Chevènement. «Pour les radicaux de gauche, qui sont en train de passer des accords avec le PS sur les législatives, c'est quand même compliqué de jouer à ça», note la communiste Eliane Assassi, qui se représente en Seine-Saint-Denis. La réponse dépend aussi de la personnalité du candidat socialiste.

Jean-Pierre Bel, bien sûr, est sur les rangs, mais cet ancien conseiller général de l'Ariège, soutien de François Hollande comme la majorité des sénateurs, manque de charisme, de l'avis de nombre de ses collègues. Même Martine Aubry ne le voit pas grimper au «plateau»: «(Ce) n'est pas l'homme de la situation, lâche-t-elle dans La Bataille du Sénat, un essai des journalistes Françoise Cariès et Suzette Bloch (qui sort chez Robert Laffont). C'est un opportuniste.» D'autres sénateurs PS sont du coup tentés de se lancer, à l'image de l'ancienne ministre de la Culture, Catherine Tasca.

  • Quelle ambition pour le Sénat

La gauche n'a jamais eu besoin, jusqu'à présent, de se pencher sur la question. Et ça se sent: quand on la pose au groupe socialiste, certains se grattent la tête. Pire: «Quelques-uns se disent qu'il serait plus confortable de ne pas gagner, glisse la communiste Eliane Assassi. Parce qu'une victoire les mettrait au pied du mur: nous, au groupe communiste, on déposerait nos propositions de loi sur la retraite à 60 ans ou le vote des étrangers. A huit mois de la présidentielle, ça obligerait le PS à quelques éclaircissements.»Et d'ironiser: «A titre personnel, j'attends ça avec impatience.»

Dans un petit livre programmatique, Le Sénat à l'heure du changement, Jean-Pierre Bel expose tout de même son plan de bataille, en cas de victoire: pour tenir jusqu'à la présidentielle, il imagine des «Etats généraux des élus locaux», des «audits»  sur les politiques publiques menées «depuis 10 ans», etc. «Jusqu'à l'élection de mai 2012, (...) le Sénat constituerait le dernier contre-pouvoir», écrit-il.

Mais dans l'hémicycle, le PS opterait-il pour une guérilla systématique, afin de freiner les dernières réformes du gouvernement Fillon? Repousserait-il le budget dans son entier? Se montrerait-il «raisonnable» et conciliant? Un président socialiste userait-il de son pouvoir de nomination pour promouvoir ses amis politiques? Le bureau rendrait-il enfin transparentes les données sur le système de retraite des sénateurs? Bizarrement, les sénateurs socialistes ne semblent pas prêts à répondre à ces questions.

Surtout, qu'est-il prévu pour le Sénat dans son ensemble dans l'hypothèse d'une victoire totale de la gauche en 2012? Jean-Pierre Bel, d'emblée, repousse l'idée d'une suppression (avancée par l'Assemblée constituante en 1945), comme d'une fusion avec le Conseil économique, social et environnemental (tentée par le général de Gaulle en 1969). Le patron des sénateurs socialistes imagine plutôt «moderniser» la maison, «pas condamnée à être une institution dépassée, inutile ou ringarde»... tout en défendant le cumul des mandats («non exagéré»). Les bases institutionnelles, en clair, ne bougeraient pas – tout juste le mode de scrutin serait-il corrigé pour gommer la sur-représentation des communes rurales.

Jean-Pierre Bel se déclare ainsi «convaincu de l'intérêt, de la nécessité même du bicamérisme (ndlr - l'existence de deux chambres au sein du Parlement), garant d'un démocratie et d'un travail législatif équilibrés». Le rôle du Sénat? Voler au secours d'élus locaux «infantilisés» par la droite et «fonctionnarisés», mijoter «un acte III de la décentralisation», défendre chaque année «une proposition de loi de simplification des normes imposées aux collectivités locales»...

On insiste: à quoi servirait une seconde chambre, si les socialistes dirigent le gouvernement et légifèrent déjà à l'Assemblée? Un proche de Jean-Pierre Bel finit par lâcher: «En 2012, les députés socialistes devront composer avec beaucoup de communistes, d'écologistes... Si ces derniers font de la surenchère, on pourra gommer leurs excès au Sénat, où le groupe PS sera plus fort. Le Sénat jouera le rôle de modérateur et de régulateur qu'il a toujours eu.» Une réponse qui a le mérite de la franchise.

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Publié dans Gauche

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L
<br /> Je vous remercie pour votre article. Celui-ci est très bien fourni et donne un éclairage nécessaire à l'appréciation de cette échéance politique.<br /> <br /> Bonne continuation.<br /> Amitiés socialistes !<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Vous êtes la bienvenue sur notre blog et je vous remercie d'avoir pris le temps de nous lire, inscrivez-vous sur le site, c'es un conseil d'ami socialiste<br /> <br /> <br /> Serge PASTOR<br /> <br /> <br /> serge.pastor@gmail.com<br /> <br /> <br /> <br />