La droite marque son territoire
Valérie Pécresse, François Baroin, Patrick Ollier, tous ministres, Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée, Yvan Lachaud, président des députés Nouveau Centre, Jean-François Copé, président de l’UMP, et enfin, last but not least, le président Sarkozy en personne: la troupe de Hollande avait à peine sorti sa première proposition concrète des tranchées d’une campagne encore bien molle que la droite défouraillait comme un seul homme, et au canon, général en tête.
Touche pas à mon quotient familial! Tire d’abord, on causera après. Il faut marquer son territoire: la famille, c’est l’affaire de la droite. Quelque chose de viscéral, qui vient de loin, de l’empreinte judéo-chrétienne, de la devise pétainiste «travail, famille patrie». La gauche, vue d’en face, c’est 1968, l’amour libre et la défense du mariage homosexuel.
L’occasion était trop belle, sous couvert de la défense de la politique familiale, d’accrocher l’électorat conservateur et la classe moyenne supérieure.
Car enfin, ce fameux quotient familial est injuste et inégalitaire. Michel Sapin et Manuel Valls, les deux lieutenants de Hollande qui ont annoncé sa réforme en cas d’élection de leur champion, ne l’ont pas dit les premiers. Un rapport du très austère Conseil des prélèvements obligatoires, en date de mai 2011, démontrait que le quotient familial «offrait un avantage fortement concentré au bénéfice des ménages disposant des revenus les plus élevés».
Lundi, le quotidien économique «Les Échos», peu connu pour ses dérives socialistes, arrivait aux mêmes conclusions. Le quotient familial qui détermine les réductions fiscales accordées aux ménages en fonction de leurs revenus et du nombre de leurs enfants date de l’après-guerre. Il a besoin d’être réformé, tout autant que la mission de l’enseignant qui date de 1950, comme le soulignait à juste titre Nicolas Sarkozy la semaine dernière à Poitiers.
Répondant brièvement hier après-midi sur son compte Tweeter qu’il ne supprimera pas mais réformera, François Hollande persiste, selon la formule de Mitterrand, à laisser du temps au temps dans cette campagne. C’est une stratégie à risques. La réforme du quotient familial est un bon sujet. Il aurait pu le vendre lui-même aux électeurs pour en tirer bénéfice. Au lieu de quoi le message est brouillé. Qu’il confie donc la promotion de ses bonnes idées à Xavier Niel !
Hier, le patron de Free n’a pas tourné autour du pot pour flinguer l’adversaire. «On vous presse comme des citrons, c’est nous les pigeons, on en a ras-le-bol de se faire arnaquer» a-t-il lancé aux consommateurs pour dénoncer les prix des opérateurs traditionnels de la téléphonie mobile. C’est clair, net, et bon pour le porte-monnaie des plus modestes. Comme la réforme du quotient familial.