La dernière cartouche du président
La dramatisation est devenue la dernière cartouche d’un président acculé par la crise. Nicolas Sarkozy en a abondamment joué samedi 31 décembre 2011 lors de ses vœux aux français, qualifiant la crise d’« inouie », « sans doute la plus grave depuis la seconde guerre mondiale ». Desservi par la conjoncture marquée par la récession, la montée du chômage et le risque de perte du triple A, Nicolas Sarkozy sait que ses réserves de popularité sont faibles.
A quatre mois de la présidentielle , sa seule carte de futur candidat est de miser sur la réforme, autrement dit sur l’action jusqu’au bout , afin de creuser la différence avec ses adversaires qui ne disposent que du magistère de la parole . C’est ainsi que le président a érigé le sommet social du 18 janvier 2012 en grand rendez- vous de l’avant présidentielle , celui où « des décisions importantes » devront être « prises et assumées » .
Nicolas Sarkozy va tenter d’enrôler les partenaires sociaux dans la croisade contre le chômage qui a atteint son plus haut niveau depuis 1999 et est redevenu la préoccupation numéro un des français . Il va reléguer dans le camp du conservatisme tous ceux qui s’opposent à ses réformes . Mais après quatre années d’exercice du pouvoir, son jeu s’annonce compliqué .
Les syndicats gardent un très mauvais souvenir de la réforme des retraites qu’ils ne sont guère parvenus à infléchir malgré les dizaines de milliers de manifestants descendus dans la rue. Ils seront des partenaires indociles et comptabiliseront les errements du quinquennat : promesses non tenues sur le pouvoir d’achat et défaut de continuité sur l’emploi. L’idée de TVA sociale qui vient de refaire surface sous l’appellation de « TVA anti délocalisation » avait déjà été évoquée pendant la campagne des élections législatives de juin 2007 mais abandonnée sitôt après car jugée trop impopulaire. Jean- Louis Borloo , le ministre qui l’avait défendue avec le plus de vigueur parce, disait- il, « la France a un problème de délocalisations » n’appartient plus au gouvernement.
Si le pari de Nicolas Sarkozy est de rester dans l’histoire comme le président qui aura le plus réformé le pays, il devra lutter contre le sentiment de versatilité qui aura marqué son action . C’est ainsi que la réforme de la dépendance, présentée lors des vœux du 31 décembre 2010 comme le grand chantier de la fin du quinquennat a disparu de l’agenda. Un sujet chasse l’autre, au gré de la conjoncture.