L’omerta sur l’affaire Merah
par Lautréamont
La décision est tombée comme un couperet. Claude Guéant et Gérard Longuet, ministres de l’Intérieur et de la Défense ont refusé que les patrons des services de renseignements français soient auditionnés par la commission sénatoriale sur le contrôle de l’application des lois.
Ainsi, les députés sénateurs ne pourront pas entendre Erard Corbin de Mangoux, directeur de la DGSE et Bernard Squarcini, patron du Renseignement Intérieur.
Le motif invoqué dépasse toute mesure dans le faux argument. Le pays entant en période pré-électorale, ces grands flics ne sont pas habilités à parler. On rappellera à nos deux ministres que l’on a entendu qu’eux la semaine dernière, notamment Squarcini dans Le Monde et Frédéric Péchenard dans le JDD.
Les élus de la République seront donc privés d’explications claires sur l’affaire Merah qui, au fil des jours, devient de plus en plus trouble.
L’on aurait aimé entendre le patron de la dCRI sur le pedigree de Merah, ses contacts qui lui ont permis de pénétrer en Israël. Lorsqu’on connaît l’obsession sécuritaire de l’Etat hébreu et le contrôle absolu à l’aéroport de Ben Gourion, on se demande bien comment Merah, black listé par les USA a pu passer en Israël pour rejoindre Gaza et les territoires.
François Fillon nous explique qu’il était sur écouté téléphonique. Soit. S’il l’était c’est donc qu’il était repéré pour ses états de services. Repèré mais pas suffisamment pour avoir été soupçonné des 3 premiers meurtres de Montauban.
Que savons-nous également sur les discussions menées entre le RAID et lui lorsque le corps d’élite le cerne pendant 31 heures. Son avocat n’a pas pu lui parler. Il a seulement conversé avec le RAID. Quels ont été ses échanges ? Sur quoi portaient ils ?
Par ailleurs, au delà de l’affaire, quel est le sens du coup de filet spectaculaire dans les milieux islamistes ? Pourquoi pas avant ?
Qui est Mohamed Merah ? Avait-il des complices et si oui combien ? Connaissait-il les services secrets français ?
Tout tourne désormais autour de la personnalité de ce tueur et de ses leçons, au Pakistan, en Afghanistan et en France.
Cette affaire est grave et on ne comprend pas pourquoi la Défense et l’Intérieur interdisent l’audition des patrons de renseignements .
Le gouvernement a-t-il quelque chose à cacher, si oui, quoi ?
Il aura donc fallu attendre la barbarie de Montauban et de Toulouse, 7 personnes froidement abattu et 31 heures d’assaut au ralenti du RAID pour que la police procède à des coups de filets spectaculaires et que le gouvernement interdise la venue sur le sol français de 4 prédicateurs particulièrement virulents au prochain congrès de l’UOIF du Bourget.
On rappellera d’abord que c’est Nicolas Sarkozy Président qui fronce les sourcils sur ces prédicateurs et sur l’UOIF mais c’est Nicolas Sarkozy, Ministre de l’intérieur et donc des cultes qui se rendit lui-même à ce même congrès de l’UOIF, légitimant ainsi cette Union des Organisations Islamiques de France, souvent mise sur le sellette.
Sarkozy organisateur du communautarisme à des fins électorales avant 2007 et pourfendeur de ce même communautarisme en 2012.
Il y a ensuite ces coups de filets dans les milieux islamistes. On aurait même trouvé des kalachnikovs dans les lieux où 19 personnes ont été interpellées.
Question : pourquoi si tard ? S’agit-il d’individus déjà repérés depuis longtemps et interpellés aujourd’hui à des fins de communications et d’électoralisme ?
Quant aux zones d’ombres de l’affaire elles persistent ? Qui était exactement le tueur ? Pourquoi n’a-t-il pu parler pendant ces 31h d’assaut qu’à son “officier traitant” ? Comment lorsqu’on connaît la sécurité israélienne a-t-il pu voyager dans l’Etat Hébreu ? A-t-il des complices ? Qui l’a réellement entraîné ?
Autant de question qui pour le moment ne trouvent pas de réponses et que le candidat UMP espère voir disparaître dans les écrans de fumée qu’il allume chaque jour.
