L'Etat de peur totale
Les événements de Toulouse ont donné lieu à une débauche de récits dans la presse qui n'avaient d'autre but que d'alimenter, ce que j'appellerai «l'Etat de Peur Totale». Sidération. Stupeur.
Aux lendemains de l'attaque de l'école juive, Le Monde titrait"La traque" et l'envoyé spécial du journal citait à plusieurs reprises des auteurs de polar qui reprennaient l'antienne déjà entendue lors du 11 septembre 2001 de la réalité qui dépasse la fiction. "C'est l'homme invisible qui apparaît et qui disparaît" frissone le romancier Chritian Authier..." "le tueur qui bondit comme sorti d'un jeu vidéo"...et de citer un roman celui de Frederic Fajardie "Tueur de flics". Un auteur de polars toulousain cité dans le reportage du Monde en rajoute dans la romantisation du drame: "Un malade mental dans la ville, c'est un scénario tout droit sorti d'un roman noir. sauf que là ce n'est pas du roman."
Inutile de souligner à quel point ces formules sont inopérantes pour éclairer ce qui s'est passé et dont la trame (tristement banale) se fait jour avec l'identification du coupable. Rien de romanesque, "juste un allumé revenu d'Afghanistan qui veut venger ses frères palestiniens". Pourtant on aura vécu quatre jours de psychodrame national, orchestré par le président des effrois successifs, l'ordonnateur de nos peurs nationales. Un interminable "suspense", une supension non seulement de la campagne mais du sens, de la capacité à débattre et à symboliser. Le storytelling de la peur se donne à lire pour ce qu'il est: un déni de démocratie ....
Afin de participer au débat qui doit s'ouvrir sur la question du terrorisme et de son traitement médiatique et journalistique, j'ai décidé de republier sur mon blog de Mediapart un texte écrit à l'occasion du premier anniversaire du 11 septembre 2001 qui s'intitulait "Le ground zero du récit" (pour le lire, cliquer sur le lien)…