L'affaire Squarcini s'invite à l'Assemblée

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Trois questions précises. Toujours les mêmes. Posées à trois reprises à Claude Guéant lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Et qui n’ont trouvé aucune réponse.

Ce mercredi 25 janvier, les députés PS Jean-Jacques Urvoas, Delphine Batho et Olivier Dussopt se sont emparés des révélations du livre L'Espion du Président (éd. Robert Laffont) dans lequel trois journalistes décrivent comment la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dirigée par Bernard Squarcini, a été dévoyée au service d'un camp et d'intérêts privés.

Coutumiers des «esquives» du gouvernement sur ce type de«questions sensibles», les trois élus socialistes avaient pris le soin de formuler des questions fermées, auxquelles il aurait été aisé de répondre par un simple «oui» ou «non».

  • «Que sont devenues les 50.000 fiches sur la presse et sur la vie politique que détenaient les Renseignements généraux ?»
  • «Existe-t-il au sein de la DCRI un groupe des opérations spéciales composé d’une quinzaine de fonctionnaires et dirigé par un commissaire divisionnaire ?»
  • «Des équipes de la DCRI organisent-elles des écoutes téléphoniques, procèdent-elles à des interceptions d’emails en dehors de tout cadre légal ?»

 

C'est pourtant à un bel exercice d'évitement que l'on a assité aujourd'hui. Le ministre de l’intérieur n’étant pas présent - il accueillait au même moment le président ivoirien Alassane Ouattara -, c’est le ministre des collectivités territoriales, Philippe Richert, qui s’est chargé de répondre à sa place. Répondre étant un bien grand mot tant les arguments avancés par M. Richert n’ont apporté aucun élément de réponses à chacune des trois questions posées.

Qualifiant L'Espion du président de «brûlot», le ministre des collectivités territoriales a vu dans «l'orchestration» des révélations du livre par les journalistes et les élus de l'opposition, une «remise en cause intolérable de la loyauté républicaine d’une institution et des fonctionnaires exemplaires qui y travaillent». Rappelant, sans vraiment les nommer, l’affaire des écoutes opérées sous la présidence de François Mitterrand ou encore le dossier «classé» de la compagne de François Hollande, la journaliste Valérie Trierweiler, M. Richert a estimé que le gouvernement n’avait pas de «leçons de morale à recevoir».

«Claude Guéant est le vizir d'un clan»

«Diffamations»«allégations»«calomnies»«présomption d’innocence», «chasse à l’homme»… Les arguments, bien souvent entendus dans ce type de remises en cause, ont de nouveau été martelés par la majorité. Mais comme toujours, une telle défense évite avant tout une explication claire. Ni la répétition des questions par les élus PS, ni même les «Répondez !» fusant à travers l’hémicycle, n’ont suscité de véritables réponses de la part du gouvernement.

«L’absence de réponse à nos questions est très frappante, estime Jean-Jacques Urvoas. Le seul fait que l’on ne nous réponde pas, nourrit une suspicion encore plus inquiétante. Notre marge de manœuvre sur ce dossier est faible puisque malheureusement la DCRI est hors cadre légal, il n’y a pas de loi qui fonde son action. Nous n’avons aucun moyen de contrôler ce qu'elle fait, nous n’avons même aucune capacité à aller nous déplacer à Levallois-Perret, où se trouve son siège, puisqu’elle est classifiée secret défense et donc opposable à des juges comme à des parlementaires. Il ne nous reste que la répétition. La persévérance va être une de nos qualités.»

«Nous ne pouvons malheureusement rien faire d’autre que de poser et de reposer les questions. Et de prendre à témoins les citoyens de ce refus de répondre, confirme de son côté Delphine Batho, qui s'étonne que le gouvernement choisisse toujours soit«l’évitement» soit «l’intimidation» - comme ce fut le cas, selon elle, lorsque Claude Guéant a menacé le député PS Bruno Le Roux d’une plainte en diffamation après que ce dernier eut mis en cause le ministre de l’intérieur dans l’affaire de l’IGS

Se gardant bien de faire un procès d’intention au ministre de l’intérieur, les députés PS ont toutefois regretté son absence dans l’hémicycle: «Il ne faut jamais annoncer les questions à l’avance. Ce fut le cas aujourd’hui, mais le ministre avait autre chose à faire que de venir répondre à nos questions…, poursuit Mme Batho. Ça arrive dans les protocoles qu’un ministre doive accueillir un chef d’État. Les hasards du calendrier font parfois bien les choses.»

Sans remettre en cause l’ensemble des fonctionnaires de la DCRI - contrairement à ce qu’affirmait le ministre des collectivités locales -, les trois députés PS se sont attachés à pointer du doigt l’éventuelle responsabilité de Claude Guéant dont le nom revient, selon les propres mots d’Olivier Dussopt, «à chaque fois qu’on évoque des affaires de financements de la vie politique, Djouhri, Takieddine, Bourgi, (...) ou que l’on parle de secret de sources journalistiques, de fadettes, d’écoutes téléphoniques…»

«Il y a une instrumentalisation de la police et de la gendarmerie par Claude Guéant qui nous inquiète, conclut Jean-Jacques Urvoas. Claude Guéant n’est pas un ministre de la République, c’est le vizir d’un clan.»

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Publié dans Affaires

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