L’affaire DSK illustre les clivages
Ça y est, c’est l’overdose. La fatigue ou l’énervement. L’affaire DSK tourne les esprits. Jean-François Kahn, ancien patron de Marianne, évoquait un « troussage de domestique » plutôt qu’une tentative de viol, lundi sur France Culture. Jeudi, il s’excuse et déclare au Nouvel Observateur « Cette formule, c’est une connerie. En fait, j’ai voulu dire que j’osais espérer qu’il n’avait pas commis quelque chose d’horrible, qu’il avait juste essayé de l’embrasser ».
L’affaire DSK fait écran, mais elle rejoint surtout d’autres évènements, comme l’affaire Polanski, ou le rejet du traité constitutionnel européen en juin 2005 qui illustrent une cassure que l’on décrirait sans doute imparfaitement en la résumant contre l’opposition de la France d’en haut contre la France d’en bas. Il faut lire certains commentaires, rageurs ou rageants, sur la retenue perçue des « élites médiatico-politique » à l’encontre de l’ex-directeur général du FMI. On retrouve les mêmes accents, la même incompréhension. Le scandale portant cette fois-ci sur une tentative d’agression sexuelle, il s’y ajoute une dimension machiste attendue mais moins assumée. Mais l’essentiel de la cassure me semble à nouveau culturelle et sociale. Une fois de plus, les puissants excuseraient plus facilement les travers de l’un d’entre eux.
Tout récemment, le think-tank Terra Nova a tenté de transformer ce clivage en ciblage électoral. Les fameuses classes populaires dont le Front National, l’UMP et la gauche se disputent les faveurs, seraient trop inquiètes pour leur avenir pour entendre un discours progressiste. Employés ou ouvriers, les simples exécutants interchangeables de la mondialisation, ne seraient plus le levier nécessaire et suffisant pour défendre les causes sociales et écologiques. Il faudrait se concentrer sur les jeunes, l’immigration (rebaptisée « la diversité »), les cadres et les professions intellectuelles, toutes celles et tous ceux qui envisagent l’avenir avec davantage d’enthousiasme ou d’énergie que la moyenne.
Je rejoins parfaitement les critiques contre ce mauvais ciblage de Terra Nova (et vous invite à lire celles, très complètes, de Variae). La conquête du pouvoir suppose de viser large et de parler juste. Viser large, c’est au contraire recouvrer l’ancrage populaire qui fait défaut à la gauche depuis lustres. Parler juste, c’est utilser les mots qui fâchent quand il le faut, sans fausse pudeur ni dérapage.