Denis Robert réclame 3,7 millions d'euros à Clearstream
L'écrivain Denis Robert, qui a été blanchi le 3 février par la Cour de cassation de trois procès en diffamation qu'il avait perdus contre la société Clearstream (lire un précédent article ici), se retourne maintenant contre la chambre de compensation luxembourgeoise. Son avocat, Michel Zaoui, vient d'adresser à Clearstream un jeu de conclusions datées du 16 mai, dans lesquelles il demande pour son client un total de 3,72 millions d'euros de dommages et intérêts. L'affaire, qualifiée de «procédure abusive», doit être plaidée devant la cour d‘appel de Lyon le 13 septembre.
Dans ses livres Révélations et La Boîte noire (publiés par les Arènes en 2001 et 2002), et le documentaire Les Dissimulateurs (diffusé par Canal + en 2001), Denis Robert avait décrit Clearstream comme un outil de dissimulation de flux financiers et une gigantesque lessiveuse d'argent sale. S'était ensuivie une rafale de procès contre l'écrivain, procès qui se sont étalés sur une dizaine d'années.
Denis Robert «a subi un lourd préjudice moral, d'image professionnel et financier, au cours de ces onze années de procédure, du fait du comportement fautif de la société Clearstream», écrit Me Zaoui dans ses conclusions (auxquelles Mediapart a eu accès). Selon l'avocat, la chambre de compensation luxembourgeoise a exercé «une capacité de nuisance extraordinaire» face à «un homme seul», qu'elle a «cherché à salir, démoniser, ridiculiser», en jetant «un discrédit radical sur son travail».
Me Zaoui estime que la chambre de compensation internationale a, dans cette affaire, fait preuve «d'acharnement» contre Denis Robert, et a ainsi tenté de «l'impliquer comme étant un des responsables, voire le pivot» de la seconde affaire Clearstream, qui a démarré en 2006 avec la mise en cause de personnalités en vue dans des listings truqués, et fait actuellement l'objet d'un procès en appel à Paris (on y rejuge Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin et Dominique de Villepin ; Denis Robert et Florian Bourges ayant été relaxés en première instance).
Enfin l'avocat note que cet «acharnement» est «réservé exclusivement à Denis Robert», Clearstream n'ayant pas poursuivi ses témoins, co-auteurs ou producteur (Régis Hempel, Ernest Backes, Franck Eskenazi et Pascal Lorent). Quant à la multiplication des procédures judiciaires, «seule une intention de nuire et de faire taire M. Denis Robert pouvait justifier une telle attitude», tranche Me Zaoui.
En conclusion, après avoir exposé «l'atteinte constante à son image», les conséquences professionnelles, morales, personnelles et familiales de ces procédures, «avec l'angoisse de succomber à de lourdes condamnations financières», et dénoncé «l'amalgame entre son enquête et la falsification des listings», Me Zaoui demande, dans chacune des trois affaires, un million d'euros de dommages et intérêts «en réparation des préjudices subis», 200.000 euros «pour procédure abusive», et 40.000 euros pour frais de procédure. Soit un total de 3,72 millions d'euros pour son client.
Sollicité par Mediapart, l'avocat de Clearstream, Christophe Belloc, déclare ceci: «Je suis sidéré par ces demandes, car selon les propres déclarations de Denis Robert, j'avais compris que ses procédures judiciaires avaient été financées par son comité de soutien».