Karachi: la mission cachée des services secrets français

Publié le par DA Estérel 83

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Interrogé comme témoin lundi 27 septembre, le général Philippe Rondot a révélé au juge Marc Trévidic avoir mené à Karachi, en juin 2002, quelques semaines après l'attentat qui a coûté la vie à onze Français, une mission conjointe de la DGSE, les services secrets extérieurs, et de la DST, le contre-espionnage (aujourd'hui DCRI). Le juge n'avait jamais été informé de ces investigations confidentielles, malgré ses demandes répétées auprès du ministère de la défense de communication de toutes les informations classifiées en rapport avec l'attentat de Karachi. 

 

Le président de la commission de la défense à l'Assemblée nationale, Guy Tessier (UMP), a par ailleurs refusé, pendant l'été, de communiquer au juge Trévidic le contenu des auditions réalisées par la mission d'information parlementaire sur l'attentat, selon des informations recueillies par Mediapart de sources concordantes.

 

Ces deux nouveaux éléments viennent accréditer l'idée que le pouvoir fait manifestement tout pour faire obstruction au travail de la justice dans une affaire dont certains développements pourraient directement mettre en cause Nicolas Sarkozy.

 

Conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales (CROS) auprès du ministre de la défense de 1997 à 2005, le général Rondot, dont les fameux carnets sont passés à la postérité grâce à l'affaire Clearstream, s'était naturellement intéressé aux circonstances ayant entouré l'attentat commis le 8 mai 2002 à Karachi, qui a provoqué la mort de quinze personnes, dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN, rebaptisée depuis DCNS). Les victimes travaillaient à l'exécution d'un contrat d'armement – la vente de trois sous-marins au Pakistan – conclu en 1994 par le gouvernement d'Edouard Balladur.

 

Après avoir écarté la piste menant initialement à Al-Qaïda, le juge antiterroriste Marc Trévidic privilégie désormais l'hypothèse d'un possible lien entre l'attentat et les troubles dessous financiers du marché des sous-marins pakistanais, le contrat Agosta.

 

Cette «réorientation» de l'enquête, opérée à l'automne 2008, est vue d'un très mauvais œil à l'Elysée, où l'on redoute que la justice s'intéresse de trop près aux dessous inavouables du financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995, dont Nicolas Sarkozy était l'un des acteurs principaux, après avoir été une pièce maîtresse de son gouvernement, comme ministre du budget, entre 1993 et 1995.

 

Jusqu'alors, on savait que certaines notes du général Rondot, saisies dans le cadre de l'affaire Clearstream, faisaient état, dès la fin du mois de mai 2002, de ses «interrogations» sur le rôle joué par l'Inter-Services Intelligence (ISI, les redoutables services secrets pakistanais) dans l'attentat et mentionnaient un déplacement effectué par le général, à Karachi, en juin 2002.

En revanche, le magistrat ignorait que Philippe Rondot avait été chargé d'«encadrer» sur place une enquête menée conjointement par les deux services secrets français, la Direction de la surveillance du territoire (DST) et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Et pour cause: dans les quarante documents déclassifiés fournis au juge par la DGSE – pour la plupart sans aucun intérêt –, il n'était fait à aucun moment allusion à une mission menée sur place avec le contre-espionnage.

 

Devant le juge Trévidic, Philippe Rondot, manifestement désireux de minimiser son rôle – une constante chez le militaire – a d'abord déclaré: «Mon intérêt pour le Pakistan ne s'est manifesté que brièvement.»

 

«Qu'appelez-vous brièvement?», l'a relancé le magistrat.

«Je n'ai pas été missionné spécifiquement pour suivre l'attentat», a répondu le général, avant de préciser: «J'ai effectué une mission au Pakistan du 18 au 21 juin 2002 pour diriger une délégation commune DGSE/DST dans le but d'entrer en contact avec l'ISI et l'IB (l'Intelligence Bureau, NDLR). Puis j'ai suivi à distance cette affaire, à travers les notes que la DGSE me communiquait à l'intention du ministre (de la défense, NDLR). La DST m'informait épisodiquement de l'état d'avancement de l'enquête.»

 

Et le militaire de conclure, à propos du prédécesseur de Marc Trévidic, l'ex-juge Bruguière: «Je n'ai pas eu de contact avec Jean-Louis Bruguière à ce sujet. En revanche, j'ai rencontré une fois Michel Debacq (alors chef de la section antiterroriste du parquet de Paris, NDLR)autour du 28 juin 2002 pour l'informer du résultat de ma mission.» Impossible de savoir, pour l'heure, quel fut ce«résultat».

 

Le général Rondot a aussi indiqué avoir rencontré sur place, le 19 juin 2002 précisément, l'un des responsables de l'ISI, dont il a livré le nom au juge.

Les déclarations du militaire vont, à l'évidence, attiser la curiosité de Marc Trévidic, déjà convaincu que, dans cette affaire, les services secrets français font de la rétention d'informations.

 

Ils ne sont pas les seuls. En effet, selon nos informations, le juge Trévidic a également reçu durant l'été une fin de non-recevoir émanant du président de la commission de la défense de l'Assemblée nationale, Guy Tessier (UMP), à qui il avait réclamé la communication des auditions réalisées par la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi.

 

La mission a certes rendu publiques ses conclusions, le 12 mai 2010, mais n'a pas publié le contenu des nombreuses auditions auxquelles elle avait procédé à huis clos. Autant de dépositions émanant d'anciens ministres, d'hommes d'affaires, d'agents secrets ou de militaires, susceptibles de contenir des «pépites» pour le juge d'instruction.

 

Ce dernier en a donc logiquement demandé une copie au président de la commission de la défense nationale et des forces armées. Las, Guy Tesssier vient de faire savoir par courrier au magistrat qu'il s'opposait à la transmission de ces documents, invoquant curieusement dans sa missive «la séparation des pouvoirs».

 

Une refus qui met en lumière une nouvelle fois l'attitude du pouvoir qui semble désireux, dans cette affaire, de freiner les différentes investigations. Au terme de son enquête, le rapporteur (PS) de la mission d'information, Bernard Cazeneuve, en guerre ouverte avec le président de la mission, le député Yves Fromion (UMP), avait d'ailleurs dénoncé l'«obstruction» de l'exécutif et une «véritable entrave au travail du parlement», affirmant n'avoir «jamais rencontré autant de difficultés» pour mener à bien une enquête. Un constat que le juge Marc Trévidic pourrait aussi faire sien.

 

Contacté mardi 28 septembre, le député Guy Tessier n'a pas donné suite à nos sollicitations.

 

 

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Publié dans Nation

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D
<br /> Le jour où la cours constitutionnel a étonnement validé les compte de Chirac, Balladur ...<br /> <br /> C'est le même jour où la cours constitutionnel n'a pas validé les compte de campagne de Jacques Cheminade !<br /> <br /> http://www.cheminade2012.fr/Quinze-ans-apres-la-verite-s-invite-dans-la-presidentielle<br /> ...<br /> Mobilisons nous pour connaitre la vérité !<br /> <br /> David CABAS<br /> david.cabas.over-blog.fr<br /> <br /> <br />
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