DOUCHE ÉCOSSAISE
Jacque Guyon
Il y a dans la requête que le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a adressé hier un côté «j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous monsieur le ministre. Par laquelle voulez-vous que je commence»?
Pour Eric Woerth, ce nouvel épisode judiciaire a en effet tout de la douche écossaise. D'un côté, il peut pousser un «ouf» de soulagement car l'un des plus hauts magistrats de France juge - en toute indépendance, à la fois de par son statut et sa réputation - que les éléments qui ont été mis à sa disposition ne sont pas de nature - pour l'instant - à justifier la saisine de la Cour de Justice de la République.
D'un autre côté, la requête est bien loin (et c'est plutôt l'inverse) de disperser les nuages qui n'ont cessé de s'accumuler depuis le début de l'été au-dessus de la tête de l'ancien ministre du Budget, ancien trésorier de l'UMP, époux de l'ex-salariée de Liliane Bettencourt.
En effet, si l'actuel ministre du Travail peut trouver en cette requête une sorte de certificat en présomption d'innocence qui devrait lui permettre de continuer à gérer l'épineux dossier des retraites, il sait bien qu'il ne s'agit en fait pour lui que d'un simple sursis. Sursis suspendu à des investigations supplémentaires.
Car - et c'est là sans doute la plus mauvaise nouvelle et pas seulement pour Eric Woerth... - le procureur Nadal réclame fermement et en prenant bien soin de transmettre une déclaration aux agences de presse, qu'on nomme un juge d'instruction en raison de «l'ampleur des investigations à mener».
En clair, le procureur Nadal met les pieds dans le plat en estimant qu'il faut sortir au plus vite d'une enquête préliminaire menée par le seul juge Courroye. Juge lié au pouvoir à la fois par son statut qui le relie directement au ministre de la Justice mais aussi par la vieille amitié qu'il entretient avec Nicolas Sarkozy.
Cette fois-ci ce n'est pas l'opposition, de Martine Aubry à François Bayrou en passant par Dominique de Villepin, qui dénonce une telle situation mais un magistrat dont l'autorité morale est incontestée. Même si la demande de confier l'enquête à un juge n'est en aucune manière comminatoire, on voit difficilement comment cette fois-ci le juge Courroye pourrait faire la sourde oreille plus longtemps.
Du coup, l'enquête pourrait s'accélérer et prendre une tout autre ampleur. A l'évidence, cette nouvelle donne n'a pas échappé à tout le monde. A commencer par l'avocat d'Eric Woerth.
Hier, celui-ci se disait très «réservé» sur l'ouverture d'une information judiciaire. Au prétexte que son souci «était que la justice aille vite» et qu'il «n'avait pas envie que l'on reparte à zéro avec un nouvel interlocuteur». Un argument qui en dit long. A la fois sur la situation actuelle. Et sur les craintes de la voir changer de braquet.