En mettant en examen Renaud Donnedieu de Vabres, la semaine dernière, pour complicité d'abus de biens sociaux, les juges de l'affaire Karachi ont ouvert la voie à d'éventuelles poursuites contre François Léotard.
De 1993 à 1995, période visée par l'enquête, Donnedieu était en effet le conseiller de Léotard au ministère de la Défense. Or, les magistrats ont recueilli, le 13 décembre, les confidences de Dominique Castellan, ex-P-DG de la DCNI, fournisseur des fameux sous-marins Agosta au Pakistan.
Mis en examen en toute discrétion (pour "abus de biens sociaux"), l'industriel a raconté avoir reçu deux appels téléphoniques de Donnedieu : pour "imposer" l'intermédiaire Ziad Takieddine dans la négociation du contrat ; puis pour abréger les discussions sur le montant de sa commission.
"J'ai considéré qu'il s'agissait d'un ordre", a-t-il expliqué, soulignant que la DCNI était alors contrôlée par l'État.
Les juges suspectent qu'une part des sommes aurait bénéficié à des politiques français, voire à la campagne d'Édouard Balladur - que soutenait Léotard. Ce dernier ne peut plus être questionné sur l'affaire que par la Cour de justice de la République.
Les juges devraient en demander la saisine au début de l'année prochaine.