Journalistes espionnés : plaintes de Guéant et Squarcini

Publié le par DA Estérel 83

Rue89-copie-1  Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 06/11/2010

 

« C'est la première fois de ma vie que je porte plainte », a confié Claude Guéant au Journal du Dimanche, qui révèle que le secrétaire général de l'Elysée et le patron du contre-espionnage, Bernard Squarcini, vont porter plainte en diffamation respectivement contre Mediapart et Le Canard enchaîné.

L'hebdomadaire satirique avait publié une bombe ce mercredi en affirmant que Nicolas Sarkozy supervisait personnellement l'espionnage de journalistes par le biais de Squarcini, patron de la DCRI.

Le lendemain, Mediapart affirmait que Claude Guéant était l'homme qui organisait la surveillance. Deux de ses journalistes enquêtant sur les affaires Karachi etBettencourt auraient été « géolocalisés » par les services français lors de leurs déplacements pour rencontrer leurs informateurs.

Claude Guéant a rencontré son avocat vendredi soir, selon le JDD, qui le cite :

« On ne peut pas laisser dire n'importe quoi, il y a des limites à tout. Et puis il y a tellement de journalistes disant du mal du Président, je le déplore, que cette tâche que l'on m'impute serait gigantesque ! Tout cela est absurde. »

 

Une tentative de diversion selon Squarcini

De la même façon, Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), bouillonne. Accusé d'être au cœur du cabinet noirde l'Elysée, il attaque sur un autre front et y voit une tentative de diversion :

« On tente de déstabiliser la boutique à un moment où la menace terroriste n'a jamais été aussi forte. »

 

Se posant en patron solide d'une maison attaquée, l'homme insiste sur le fait que son « seul vrai métier » est de déjouer les complots terroristes. Accompagné de son supérieur, le directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Péchenard, il a fait l'objet d'une audition à huis clos, jeudi, par la délégation parlementaire au renseignement.

Le Canard devra donc se défendre devant la justice des accusations qu'il a publiées. L'article qui a mis le feu aux poudres est signé Claude Angeli, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire, qui cite des sources anonymes au sein de la DCRI et dit avoir les preuves de ce qu'il affirme.

On peut se demander pourquoi la décision a été prise, au Palais, de porter plainte. En effet jeudi, l'Elysée, joint par Le Point.fr, qualifiait l'article du Canard de « farfelu » :

« Le Canard enchaîné n'est pas le Washington Post ou le New York Times. Claude Angeli n'est ni Bob Woodward ni Carl Bernstein. […] Pour autant, nous n'attaquerons pas Le Canard enchaîné en diffamation, comme il est de tradition. »

 

Pas d'intérêt pour les journalistes mais pour les sources

Les soupçons d'espionnage de journalistes ou de leurs sources n'en sont pas à leur premier épisode. Rappelons les précédents :

  • Rachida Dati est persuadée d'avoir été mise sur écoute pour avoir alimenté en avril des « rumeurs » sur le couple Sarkozy. L'ancienne garde des Sceaux est « en train de regarder » si elle portera plainte ou pas. En attendant, elle s'est vue supprimer tous ses avantages.
  • Le Monde a porté plainte contre X pour violation du secret des sources parce que, selon le journal, « les services du contre-espionnage ont été utilisés pour rechercher l'informateur d'un de nos reporters », en l'occurence David Sénat, conseiller de Michèle Alliot-Marie, muté depuis. Squarcini avait déclaré à ce propos :

« Je ne m'intéresse pas aux journalistes mais aux sources lorsqu'elles sont haut placées dans les cabinets ministériels. »

 

  • Les vols d'ordinateurs se sont multipliés au mois d'octobre : deux concernent des journalistes de Mediapart travaillant sur l'affaire Bettencourt-Woerth, un chez le journaliste du Monde chargé de la même affaire, et un autre au Point, encore en lien avec le même dossier.
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Publié dans Politique

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